La Villa Majorelle est l’un des lieux les plus fascinants à visiter à Nancy lorsqu’on s’intéresse à l’Art nouveau, à la Belle Époque, ou tout simplement aux maisons qui ont une âme.
Et dans mon cas, cette maison a longtemps eu quelque chose de mystérieux.
Quand j’étais petit, ma grand-mère habitait Nancy et elle me parlait parfois de la Villa Majorelle. Je connaissais donc son nom avant même de pouvoir y entrer.
Mais à l’époque, la maison n’était pas encore vraiment accessible au public. Elle existait, bien sûr. Elle faisait partie du décor nancéien. Mais elle restait un peu à part, presque secrète.
La Villa Majorelle a ouvert au public en 1997. Puis, après une importante campagne de restauration, elle a rouvert en février 2020 dans une forme beaucoup plus immersive.

Réouverture de la Villa Majorelle le 15 février 2020 © French Moments
C’est dans ce contexte que je l’ai visitée pour la première fois, en octobre 2020, à l’invitation de Destination Nancy. J’y suis retourné fin mai 2026, toujours avec le même plaisir, et peut-être même avec un regard encore plus attentif.
Car la Villa Majorelle n’est pas seulement une belle maison. C’est un voyage dans le Nancy des années 1900, une plongée dans l’intimité d’une famille d’artistes et d’industriels, et l’un des plus beaux témoignages de l’Art nouveau à Nancy.
Villa Majorelle à Nancy : pourquoi cette maison est-elle si importante ?
La Villa Majorelle est souvent présentée comme la première maison entièrement Art nouveau de Nancy.
Construite en 1901-1902, elle fut conçue pour Louis Majorelle, grand ébéniste, décorateur et industriel nancéien, figure majeure de l’École de Nancy.

Louis Majorelle
À l’époque, Nancy vit une période extraordinaire. Depuis l’annexion de l’Alsace-Moselle par l’Allemagne en 1871, la ville a accueilli de nombreux industriels, artistes, commerçants et intellectuels venus des territoires annexés.
Nancy grandit, s’enrichit, se transforme. C’est dans ce contexte que l’Art nouveau nancéien prend son essor.
Louis Majorelle, l'artiste nancéien
Louis Majorelle n’est pas seulement un propriétaire qui commande une belle demeure. Il est lui-même artiste, créateur de mobilier, patron d’une entreprise prospère et acteur central de ce mouvement. Sa maison doit donc refléter son univers.
Pour la construire, il fait appel à Henri Sauvage, un jeune architecte parisien.
Le choix est audacieux. Sauvage n’a pas encore derrière lui une longue carrière de bâtisseur célèbre, mais il apporte une vision nouvelle.
À ses côtés, on retrouve plusieurs grands noms : Jacques Gruber pour les vitraux, Alexandre Bigot pour les grès flammés, Francis Jourdain pour les peintures décoratives, Henri Royer pour certains décors, Lucien Weissenburger pour le suivi du chantier, et bien sûr Louis Majorelle lui-même pour les ferronneries, les boiseries et le mobilier.

Jacques Gruber

Lucien Weissenburger

Henri Sauvage
C’est ce qui fait de la Villa Majorelle une “œuvre d’art totale”. Ici, l’architecture, les meubles, les vitraux, les ferronneries, les poignées, les cheminées, les motifs végétaux et les couleurs ne sont pas pensés séparément. Tout dialogue. Tout se répond.
La maison portait aussi le nom de Villa Jika, en référence à Jeanne Kretz, l’épouse de Louis Majorelle. Ce petit nom donne déjà une autre tonalité au lieu.
On n’est pas seulement dans un manifeste artistique. On est aussi dans une maison de famille.
Une villa Art nouveau née presque à la campagne
Ce qui surprend quand on arrive aujourd’hui devant la Villa Majorelle, c’est son environnement.
La maison se trouve dans le quartier du Sacré-Cœur, à l’ouest du centre-ville de Nancy.
Ce n’est pas le Nancy monumental de la place Stanislas. Ce n’est pas non plus le Nancy touristique où l’on croise les visiteurs dès le matin, carte à la main et appareil photo prêt à dégainer.

Rue Louis Majorelle Nancy © French Moments
Ici, on est dans un quartier résidentiel. Et au premier regard, la Villa Majorelle peut même sembler un peu coincée, presque parachutée entre des bâtiments plus récents.
On pourrait s’attendre à un grand jardin, à une perspective dégagée, à un recul majestueux permettant d’admirer la maison comme sur une carte postale ancienne.
Mais ce n’est plus vraiment possible.
À l’origine, la villa était installée dans un environnement beaucoup plus ouvert. Le quartier était alors en pleine transformation, mais la maison bénéficiait encore d’un grand jardin arboré. À l’arrière se trouvaient les ateliers Majorelle.
La demeure était donc à la fois proche du lieu de travail et suffisamment entourée de verdure pour donner l’impression d’une maison de maître à la campagne.
Au fil du temps, le terrain a été rogné. Le parc a été loti. La rue Louis Majorelle a modifié la perception du lieu.
Aujourd’hui, l’espace autour de la maison paraît étroit. Je comprends que certains visiteurs puissent être un peu déçus par cette première impression.
Mais il ne faut surtout pas s’arrêter là.
Car dès que l’on observe la villa de plus près, les détails commencent à parler.

Villa Majorelle vue des jardins © French Moments
Comment aller à la Villa Majorelle depuis la gare de Nancy ?
Lors de ma visite de mai 2026, je logeais à l’Hôtel Stanley by HappyCulture, non loin de la gare de Nancy. J’aurais pu prendre le bus, mais j’ai préféré marcher.
Depuis la gare, il faut environ 15 minutes à pied pour rejoindre la Villa Majorelle. Ce n’est pas une longue marche, et elle permet de découvrir un autre visage de Nancy.
En chemin, on peut admirer quelques belles demeures, notamment du côté de l’avenue Foch.

Avenue Foch, Nancy © French Moments
On passe aussi non loin de la tour de la Commanderie, souvent présentée comme l’un des plus anciens bâtiments de Nancy.

La commanderie Saint-Jean à Nancy © French Moments
Puis, en rejoignant le secteur de la rue des Goncourt, on découvre de jolies maisons mitoyennes, avec leurs petits jardinets.
Ce n’est pas spectaculaire au sens classique du terme, mais c’est agréable. On sent un Nancy plus intime, plus résidentiel, moins connu des visiteurs pressés.
Et puis, après la visite, on peut prolonger cette promenade en rejoignant le musée de l’École de Nancy, situé à environ 10 minutes à pied. C’est même, à mon avis, une excellente idée : la Villa Majorelle donne à voir l’Art nouveau dans une maison, tandis que le musée permet de replacer ce mouvement dans un ensemble plus vaste.

Le perron du Musée de l'Ecole de Nancy © French Moments
Avant d’entrer : admirer l’extérieur de la Villa Majorelle
Même privée de son grand jardin d’origine, la Villa Majorelle attire immédiatement le regard.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’absence de symétrie classique. La maison ne cherche pas à être parfaitement équilibrée selon les règles académiques. Elle semble au contraire suivre la logique de la vie intérieure.
Les volumes, les toitures, les fenêtres, la terrasse, la cage d’escalier, les ouvertures : tout paraît organisé selon les usages de la maison.

Détail de la Villa Majorelle © French Moments
C’est l’un des charmes de l’Art nouveau. La forme n’est pas seulement décorative. Elle accompagne la fonction.
On remarque aussi les matériaux, les contrastes, les ferronneries, les grès flammés, les boiseries, les courbes, les motifs végétaux. La Villa Majorelle n’est pas immense, mais elle est expressive. Elle ne cherche pas à écraser le visiteur. Elle l’invite plutôt à regarder attentivement.
C’est une maison de détails. Et cela tombe bien, car l’Art nouveau adore les détails.
Entrer chez les Majorelle : le début du voyage dans le temps
Avant de commencer la visite intérieure, il faut enfiler des sur-chaussures pour protéger les parquets. C’est un petit geste très simple, mais il change déjà l’atmosphère.
On n’entre pas ici comme dans un grand musée où l’on traverse des salles anonymes. On entre dans une maison fragile, précieuse, restaurée avec soin. Les sur-chaussures rappellent que les sols, les boiseries, les tissus, les meubles et les décors appartiennent à un univers qui a traversé plus d’un siècle.
Et soudain, le Nancy des années 2020 s’efface un peu.
On n’est plus dans un quartier résidentiel moderne. On est chez les Majorelle.
C’est précisément ce qui rend la visite si intéressante. On ne vient pas seulement regarder des objets. On traverse des pièces qui furent pensées pour vivre, recevoir, se reposer, travailler, manger, monter à l’étage, regarder le jardin.
La Villa Majorelle n’est pas une maison figée. C’est une maison qui a retrouvé une voix.

La porte d'entrée de la villa © French Moments
Le vestibule et l’escalier : la nature entre dans la maison
Dès l’entrée, le décor donne le ton.
Le vestibule est marqué par le motif de la monnaie du pape, cette plante aux capsules rondes et argentées qui évoquent de petites pièces.

Miroir et porte-parapluie dans le vestibule © French Moments
Dans l’univers de l’École de Nancy, la nature est partout, mais elle n’est pas copiée de manière naïve. Elle est stylisée, transformée, intégrée à l’architecture et au mobilier.
Ici, le motif végétal devient décor, rythme, symbole et fil conducteur.
J’aime particulièrement cette idée que l’utile et le beau se mêlent sans cesse. Un porte-manteau, un miroir, un porte-parapluie, un siège : dans une maison Art nouveau, les objets pratiques ne sont jamais seulement pratiques. Ils participent à l’ambiance générale.
Puis le regard est naturellement attiré par l’escalier.

L'escalier © French Moments

L'escalier © French Moments
C’est l’un des grands moments de la visite. La rampe, dessinée par Henri Sauvage et exécutée par Louis Majorelle, évoque la croissance du lierre. Plus on monte, plus le motif semble se transformer.
Les vitraux de Jacques Gruber ajoutent une lumière colorée qui donne à la cage d’escalier une dimension presque théâtrale.

Vitraux de Jacques Gruber © French Moments
À cet endroit, on comprend très bien ce que signifie l’idée d’unité de l’art. L’escalier n’est pas seulement un moyen de passer d’un étage à l’autre. Il devient une expérience visuelle.

Le lampadaire de l'escalier © French Moments
La salle à manger : le cœur chaleureux de la Villa Majorelle
La salle à manger est l’une des pièces qui m’ont le plus marqué.
C’est une pièce chaleureuse, vivante, presque gourmande. Elle donne envie d’imaginer les conversations, les repas, les odeurs de cuisine, les voix autour de la table.
Ici, la Belle Époque devient concrète. Elle cesse d’être une période un peu lointaine dans les livres d’histoire pour redevenir un quotidien.
Au centre de l’espace, la cheminée en grès flammé d’Alexandre Bigot impose sa présence. Elle structure la pièce, mais sans l’alourdir.

La salle à manger et la cheminée © French Moments
Autour, les décors peints de Francis Jourdain déploient un joyeux cortège d’animaux de ferme. C’est une touche que j’aime beaucoup : dans une maison aussi raffinée, on aurait pu imaginer un décor plus solennel. Mais non. Il y a là quelque chose de vivant, presque espiègle.

Détail des peintures de Francis Jourdain © French Moments
Le mobilier “Les Blés”, conçu par Louis Majorelle, complète l’ensemble. Les vitraux de Jacques Gruber, avec leurs motifs de coloquintes, prolongent cette atmosphère inspirée par la nature, les fruits, les plantes et les saisons.

Vitraux de Jacques Gruber © French Moments
Tout semble avoir été pensé pour créer une harmonie. Pas une harmonie froide ou parfaite, mais une harmonie habitée.
C’est peut-être cela qui me plaît le plus dans la Villa Majorelle : elle est artistique, bien sûr, mais elle reste profondément humaine.
Le salon, la terrasse et les traces du temps
Le salon raconte une autre histoire : celle du temps qui passe, des transformations et des pertes.

Le salon © French Moments
Le décor d’origine n’a pas entièrement survécu. La villa a été touchée par un bombardement en 1916, pendant la Première Guerre mondiale, et certains éléments ont disparu, notamment un vitrail de Jacques Gruber dans le salon. Ce que l’on voit aujourd’hui est donc aussi le résultat d’une histoire mouvementée.

Détail de la cheminée du salon © French Moments
C’est là que la restauration est intelligente. Elle ne cherche pas à faire croire que rien ne s’est passé. Elle ne transforme pas la villa en décor neuf, trop parfait, presque artificiel. Elle redonne une cohérence, une ambiance, une lisibilité, tout en laissant sentir que cette maison a vécu.
La terrasse, elle aussi, est émouvante. On l’imagine autrefois ouverte sur le jardin, avec une vue beaucoup plus dégagée qu’aujourd’hui. Les Majorelle y prenaient le repos, peut-être des repas, des moments de calme.

La terrasse et les céramiques © French Moments
Aujourd’hui, le jardin a presque disparu, mais l’on devine encore l’intention première : faire entrer la nature dans la maison, et prolonger la maison vers l’extérieur.
C’est peut-être dans cette partie de la visite que l’on ressent le plus une forme de mélancolie. La Villa Majorelle a retrouvé sa beauté, mais pas son monde d’origine.
À l’étage : la chambre des Majorelle et l’intimité familiale
À l’étage, la visite prend une tonalité plus intime.
La chambre à coucher des Majorelle est l’un des espaces les plus touchants de la maison. On quitte les pièces de réception pour entrer dans un univers plus personnel.

La chambre à coucher © French Moments
Le mobilier, en bois clair, avec ses incrustations de nacre et de laiton, est remarquable. Il donne à la pièce une atmosphère douce, presque apaisante.
Ce qui est fascinant, c’est de se rappeler que cette maison fut habitée. Derrière les noms célèbres, derrière les grands principes de l’Art nouveau, il y avait Louis Majorelle, son épouse Jeanne, surnommée Jika, et leur fils Jacques.
Jacques Majorelle deviendra plus tard célèbre pour son lien avec Marrakech, mais ici, à Nancy, on le retrouve dans un autre décor : celui de son enfance, de sa famille, de cette maison pleine de courbes, de bois, de lumière et de motifs végétaux.
C’est ce qui rend la Villa Majorelle si différente d’un simple musée d’arts décoratifs. Les meubles ne sont pas seulement exposés. Ils retrouvent un cadre, une atmosphère, un récit.
Une restauration qui redonne vie à la Villa Majorelle
Après la mort de Louis Majorelle en 1926, la villa a connu plusieurs vies. Elle a quitté le monde familial, a été utilisée par l’administration, puis a progressivement retrouvé sa valeur patrimoniale.
La Ville de Nancy en est devenue propriétaire en 2003. Les grandes campagnes de restauration, notamment celles des années 2016-2020, ont permis de lui redonner une place majeure dans la découverte de l’Art nouveau nancéien.

La Villa Majorelle en 2013 avant la période de restauration 2016-2020 © French Moments
Ce que j’apprécie dans cette restauration, c’est le choix de ne pas tout refaire comme si la maison venait d’être livrée en 1902. Cela aurait pu donner un résultat trop neuf, trop lisse, presque sans émotion.
Au contraire, la Villa Majorelle actuelle conserve une part de fragilité. On sent les recherches, les restitutions, les choix prudents, les limites aussi. On comprend qu’il a fallu parfois retrouver des pièces, restaurer des décors, recomposer une ambiance à partir d’archives, de photographies, de mobilier conservé et de traces anciennes.

Maquette de la Villa Majorelle © French Moments
C’est une restauration qui ne cherche pas seulement à montrer. Elle cherche à faire ressentir.
Et c’est réussi.
Conseils pratiques pour visiter la Villa Majorelle à Nancy
Pour visiter la Villa Majorelle, il est préférable de réserver son billet à l’avance, car les visites se font par créneaux et le nombre de visiteurs est limité. C’est d’ailleurs une bonne chose : la maison n’est pas immense, et l’expérience serait moins agréable si l’on s’y retrouvait trop nombreux.
Sur place, prévoyez de prendre votre temps. La Villa Majorelle peut se visiter assez rapidement, mais ce serait dommage de la traverser trop vite. Il faut regarder les détails : les vitraux, les ferronneries, les poignées, les décors végétaux, les cheminées, les meubles, les panneaux peints, les jeux de lumière.

Le grand escalier de la villa © French Moments
Pensez aussi aux sur-chaussures, fournies pour protéger les parquets. Et évitez les chaussures peu adaptées, notamment les talons trop fins.
Depuis la gare de Nancy, la villa se rejoint facilement à pied en une quinzaine de minutes. C’est l’option que je conseille si vous aimez découvrir les quartiers moins touristiques. Le trajet par l’avenue Foch, la rue des Goncourt et les rues résidentielles environnantes offre une belle transition entre le centre-ville et ce Nancy Art nouveau plus discret.
Enfin, si vous avez le temps, combinez la visite avec le musée de l’École de Nancy. Les deux lieux se complètent parfaitement.
Pourquoi la Villa Majorelle m’a marqué
Pour moi, la Villa Majorelle n’est pas seulement un monument à visiter à Nancy.
Elle est liée à un souvenir d’enfance, à ma grand-mère, à cette maison dont j’entendais parler sans pouvoir y entrer. Elle est aussi liée à mes deux visites récentes, en octobre 2020 puis en mai 2026, à deux moments différents de ma redécouverte de Nancy.
J’aime la Villa Majorelle parce qu’elle raconte une ville à son apogée créative. Une ville où des artistes, des artisans, des architectes et des industriels ont travaillé ensemble pour inventer un art nouveau, inspiré par la nature, tourné vers la modernité, mais encore profondément attaché au geste de la main.

Villa Majorelle © French Moments
Oui, son jardin a presque disparu. Oui, son environnement actuel ne permet plus de la contempler comme on pouvait le faire au début du 20e siècle. Mais cela ne diminue pas son pouvoir d’évocation.
Au contraire, cette fragilité la rend peut-être encore plus émouvante.
Visiter la Villa Majorelle, c’est entrer dans une maison qui a traversé le temps, perdu une partie de son décor, retrouvé une part de sa voix, et qui continue de raconter Nancy comme peu de lieux savent le faire.

La villa vue de la rue Louis Majorelle © French Moments
Un grand merci à Destination Nancy pour m’avoir invité à visiter la Villa Majorelle et à redécouvrir l’un des plus beaux trésors Art nouveau de Nancy. Ce fut un vrai plaisir de franchir à nouveau les portes de cette maison remarquable.

