La vallée de la Thur fait partie de ces vallées alsaciennes que l’on croit connaître parce qu’on les a traversées en voiture. Erreur classique.
On la remonte depuis la plaine, on passe Thann, puis Saint-Amarin, puis Kruth, et l’on finit par comprendre que cette vallée n’est pas seulement une route vers les Vosges. C’est un monde à part.
Avec sa voisine, la vallée de la Doller, elle incarnait pour moi la vallée vosgienne par excellence lorsque j’habitais adolescent dans le sud de l’Alsace. Presque chaque semaine, nous partions randonner sur les hauteurs : tantôt vers le Thanner Hubel, le Rossberg ou le lac des Perches ; tantôt vers le Molkenrain, le Grand Ballon ou les hautes-chaumes.

Vue sur la vallée de la Thur et la plaine d'Alsace du Thanner Hubel © French Moments
À l’époque, je n’avais pas d’appareil photo. Grave erreur stratégique, surtout quand on grandit entouré de paysages pareils. Les images sont donc restées dans ma mémoire plus que dans mes archives.
La vallée de la Thur, c’est une rivière, des villages, une histoire ancienne, une aventure textile, des routes de passage, des sites touristiques majeurs et des accès magnifiques vers les Hautes-Vosges alsaciennes.
Où se trouve la vallée de la Thur ?
La vallée de la Thur se situe dans le Haut-Rhin, au sud de l’Alsace, entre la vallée de la Doller au sud et la vallée de la Lauch au nord.
Elle forme l’un des grands couloirs naturels qui permettent de passer de la plaine d’Alsace aux Hautes-Vosges. Depuis Cernay et Thann, la vallée s’enfonce vers l’ouest en direction de Saint-Amarin, Oderen, Kruth, Wildenstein, puis vers les cols et les crêtes.
C’est cette progression qui fait son intérêt. On ne passe pas brutalement de l’Alsace de plaine à la montagne. La vallée prépare le regard. Elle resserre peu à peu le paysage, rapproche les pentes, assombrit les forêts, puis ouvre les portes des hautes-chaumes.
![River Thur at Kruth © Railwayfan2005 - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons La Thur à Kruth © Railwayfan2005 - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons](https://mon-grand-est.fr/wp-content/uploads/2026/07/River-Thur-at-Kruth-©-Railwayfan2005-licence-CC-BY-SA-4.0-from-Wikimedia-Commons.jpg)
La Thur à Kruth © Railwayfan2005 - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons
La vallée vosgienne entre Wildenstein et Thann
Dans cet article, je m’intéresse surtout à la partie vosgienne de la vallée de la Thur, entre Wildenstein et Thann.
C’est là que la vallée prend son caractère le plus montagnard. En amont, vers Kruth et Wildenstein, on se trouve déjà dans l’ambiance des Hautes-Vosges. En aval, vers Thann, la vallée s’ouvre progressivement vers la plaine d’Alsace, le vignoble et la région mulhousienne.
Thann joue ainsi le rôle de porte d’entrée. Wildenstein, au contraire, donne l’impression d’un fond de vallée, d’un seuil vers les montagnes.
![Bassin Versant de la Thur © Rémiparmentelat - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons Bassin Versant de la Thur © Rémiparmentelat - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons](https://mon-grand-est.fr/wp-content/uploads/2026/07/Bassin-Versant-de-la-Thur-©-Remiparmentelat-licence-CC-BY-SA-4.0-from-Wikimedia-Commons.jpg)
Bassin Versant de la Thur © Rémiparmentelat - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons
La rivière Thur, des Vosges à l’Ill
La Thur prend sa source dans les Vosges à 1195 m d'altitude, sur les hauteurs de Wildenstein, avant de descendre la vallée et de rejoindre l’Ill près d’Ensisheim.
![Source de la Thur © Rémih - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons Source de la Thur © Rémih - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons](https://mon-grand-est.fr/wp-content/uploads/2026/07/Source-de-la-Thur-©-Remih-licence-CC-BY-SA-4.0-from-Wikimedia-Commons.jpg)
Source de la Thur à 1195 m d'altitude © Rémih - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons
Comme souvent dans les vallées vosgiennes, la rivière donne son unité au territoire. Sans elle, les communes seraient simplement alignées entre montagne et plaine. Avec elle, elles forment une histoire au fil de l’eau.
La Thur a façonné les paysages, accompagné les villages, alimenté les activités humaines et joué un rôle important dans l’industrialisation de la vallée. Elle n’est donc pas seulement un cours d’eau. Elle est la colonne vertébrale du lieu.
Vallée de la Thur, vallée de Saint-Amarin ou vallée de Thann ?
Les noms peuvent parfois prêter à confusion.
On parle de vallée de la Thur pour désigner l’ensemble de la vallée parcourue par la rivière. Mais on utilise aussi les expressions vallée de Saint-Amarin ou vallée de Thann selon les secteurs.
La vallée de Saint-Amarin, cœur montagnard
La vallée de Saint-Amarin correspond plutôt à la partie amont, plus montagnarde.
On y trouve Saint-Amarin, bien sûr, mais aussi Moosch, Malmerspach, Ranspach, Husseren-Wesserling, Fellering, Oderen, Kruth et Wildenstein. Ici, la montagne est plus présente. Les routes montent vers le Markstein, le Grand Ballon, le lac de Kruth-Wildenstein et les hautes-chaumes.
C’est une vallée de forêts, de pentes, d’anciennes usines, de villages serrés et de départs de randonnées.
La vallée de Thann, porte d’entrée
La vallée de Thann désigne plutôt la partie aval, autour de Thann, Vieux-Thann et Cernay.
C’est là que la vallée rencontre la plaine d’Alsace. Thann occupe une position remarquable : à la fois ville de montagne, cité historique, porte des Vosges et point de contact avec le vignoble alsacien.

Thann à l'entrée de la vallée de la Thur © French Moments
Il y a peu de villes qui annoncent aussi bien une vallée. Avec sa collégiale Saint-Thiébaut, Thann ne se contente pas d’ouvrir la route : elle donne le ton.
La vallée de la Thur, un ancien axe de passage
La vallée de la Thur a aussi joué un rôle important comme axe de passage.
Par le col de Bussang, elle permet de relier l’Alsace à la Lorraine, puis plus largement aux routes vers le nord-ouest de l’Europe. Ce n’est pas un hasard si cette vallée a été un couloir de circulation, de commerce, d’industrie et de contacts.
Aujourd’hui encore, on le sent lorsqu’on la remonte. La vallée n’est pas seulement touristique. Elle reste une vallée de passage, avec une vraie fonction de liaison entre plaine, montagne et régions voisines.
Les communes de la vallée de la Thur
La vallée de la Thur ne se résume pas à un seul lieu. Elle se comprend par ses communes, chacune apportant sa nuance.
Thann marque l’entrée. Bitschwiller-lès-Thann et Willer-sur-Thur annoncent la montée vers l’intérieur de la vallée. Moosch, Saint-Amarin, Ranspach, Husseren-Wesserling, Fellering, Oderen, Kruth et Wildenstein donnent ensuite à la vallée son caractère plus vosgien.
Ce ne sont pas toujours des villages de carte postale comme sur la Route des Vins. Ici, l’Alsace est plus montagnarde, plus industrielle parfois, plus discrète aussi.
Mais c’est précisément ce qui la rend intéressante.
Thann, grande porte de la vallée de la Thur
Thann est l’une des plus belles portes d’entrée des Vosges alsaciennes.
Sa collégiale Saint-Thiébaut, visible de loin, donne immédiatement une dimension monumentale à la ville. On arrive depuis la plaine, et soudain la montagne commence.

Thann au bord de la Thur © French Moments
Thann est à la fois alsacienne, vosgienne et viticole. Elle possède cette position rare entre vignes, rivière et relief. C’est une ville de seuil, et les villes de seuil ont toujours quelque chose de particulier : elles regardent dans deux directions à la fois.
Saint-Amarin et les villages de la haute vallée de la Thur
Plus haut dans la vallée, Saint-Amarin joue un rôle de centre historique et local.
![Saint-Amarin. Photo by Patschw [Public Domain via Wikimedia Commons] Saint-Amarin. Photo by Patschw [Public Domain via Wikimedia Commons]](https://mon-grand-est.fr/wp-content/uploads/2026/07/Saint-Amarin.-Photo-by-Patschw-Public-Domain-via-Wikimedia-Commons.jpg)
Saint-Amarin. Photo by Patschw [Public Domain via Wikimedia Commons]
La haute vallée possède une atmosphère différente de celle de Thann. Les villages sont plus proches des pentes. L’héritage industriel se devine encore. Les départs de randonnées se multiplient. On sent que les crêtes ne sont plus très loin.
Oderen, Kruth et Wildenstein évoquent déjà un autre monde : celui des forêts profondes, des lacs, des cols et des routes qui montent vers les hauteurs.
L’histoire de la vallée de la Thur
La vallée de la Thur a une histoire riche, mais elle n’a pas toujours formé un territoire homogène.
La vallée entre Murbach et les Habsbourg
La haute vallée, autour de Saint-Amarin, a longtemps été liée à l’influence de l’abbaye de Murbach, l’une des grandes puissances religieuses et seigneuriales d’Alsace.

L'abbaye de Murbach © French Moments
Thann, de son côté, s’inscrit davantage dans l’histoire des Habsbourg et de la Haute-Alsace.

Le blason de Thann sur une clé de voûte de la collégiale © French Moments
Cela montre bien que la vallée n’a pas toujours été un simple bloc administratif. Elle a été traversée par des appartenances différentes, des pouvoirs variés, des logiques politiques et économiques complexes.
Sous ses airs de vallée tranquille, la Thur porte donc une histoire de frontières, d’influences et de pouvoirs.
Du monde rural à la vallée textile
À partir de l’époque moderne, et surtout avec l’industrialisation, la vallée se transforme profondément.
Le textile joue un rôle majeur dans cette évolution. Les eaux, les voies de communication, la main-d’œuvre et la proximité de Mulhouse favorisent le développement de manufactures et d’activités industrielles.
Cette histoire a laissé des traces visibles dans les paysages : bâtiments, cités ouvrières, friches transformées, mémoire sociale. La vallée de la Thur n’est pas seulement une vallée de montagne. C’est aussi une vallée ouvrière et industrielle.
Et cela lui donne une identité très différente des vallées purement touristiques.
Que voir dans la vallée de la Thur ?
La vallée de la Thur offre plusieurs grands sites à découvrir, mais aussi des paysages qui se dévoilent progressivement.
Le lac de Kruth-Wildenstein dans la vallée de la Thur
Tout au fond de la vallée, le lac de Kruth-Wildenstein constitue l’un des grands paysages d’eau des Vosges alsaciennes.

Coups de cœur dans le Haut-Rhin - le lac de Kruth- Wildenstein © French Moments
C’est un lac de barrage, mais son décor a quelque chose de profondément naturel : eau, forêts, pentes abruptes, routes qui montent vers les hauteurs. Il mérite à lui seul une visite, et même un article complet.
Pour moi, il représente l’une des portes les plus spectaculaires vers cette Alsace montagnarde que l’on oublie parfois quand on résume la région aux vignes et aux maisons à colombages.
Le Parc de Wesserling, entre patrimoine textile et jardins
Déjà évoqué pour son rôle dans l’histoire textile de la vallée, le Parc de Wesserling mérite aussi une visite pour lui-même.
![Jardins de Wesserling © Parcdewesserling - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons Jardins de Wesserling © Parcdewesserling - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons](https://mon-grand-est.fr/wp-content/uploads/2026/07/Jardins-de-Wesserling-©-Parcdewesserling-licence-CC-BY-SA-4.0-from-Wikimedia-Commons.jpg)
Jardins de Wesserling © Parcdewesserling - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons
Installé sur le site d’une ancienne manufacture textile, il associe patrimoine industriel, mémoire ouvrière, musée textile et jardins. C’est l’un des lieux les plus intéressants pour comprendre comment la vallée a changé au fil des siècles.
Ce n’est pas seulement un site à visiter “quand il pleut”, comme on dit parfois pour les musées. C’est un vrai résumé de la vallée : industrie, paysage, créativité, transmission et reconversion.
Le Grand Ballon, le Markstein et les hautes-chaumes au-dessus de la vallée de la Thur
Depuis la vallée de la Thur, on accède facilement aux grands espaces des Hautes-Vosges.
Le Grand Ballon, plus haut sommet du massif vosgien, domine le secteur. Le Markstein constitue un carrefour de montagne bien connu, à la fois station, point de passage, site de randonnée et lieu de grands événements sportifs.

Le Grand Ballon vu de la Route des Crêtes des Vosges © French Moments
Et puis il y a les hautes-chaumes, ces paysages ouverts d’altitude qui font tout le charme des Vosges : prairies, crêtes, vents, vues lointaines, fermes-auberges et sentiers qui semblent toujours inviter à aller un peu plus loin.
Randonnées dans la vallée de la Thur
La randonnée est l’une des plus belles manières de comprendre la vallée de la Thur.
On peut marcher dans les fonds de vallée, bien sûr, mais c’est souvent en prenant de la hauteur que le paysage révèle sa vraie force.
Mes souvenirs de randonnée dans la vallée de la Thur
Pour moi, la vallée de la Thur est inséparable des randonnées familiales de mon adolescence.
Nous partions presque chaque semaine dans les Vosges. D’un côté, il y avait le Thanner Hubel, le Rossberg, le lac des Perches. De l’autre, le Molkenrain, le Grand Ballon et les crêtes qui dominaient la vallée.

La vache vosgienne © French Moments
Ces noms ne sont pas seulement des repères géographiques. Ils évoquent des dimanches, des chemins forestiers, des pauses au sommet, des pique-niques, des vues soudaines sur la plaine d’Alsace, et parfois cette fatigue heureuse que seuls les bons sentiers savent offrir.
Les hautes-chaumes au-dessus de la vallée de la Thur
Les hautes-chaumes sont l’un des grands trésors de la vallée.
Elles donnent une impression d’espace et de liberté que l’on n’attend pas toujours dans les Vosges. Après la montée en forêt, le paysage s’ouvre soudain. Les arbres se font plus rares, le vent arrive, les vues s’élargissent.

Le Col du Haag vu depuis le Grand Ballon © French Moments
C’est là que les Vosges deviennent presque aériennes. Pas besoin d’altitudes alpines pour ressentir la montagne. Il suffit parfois d’un sentier, d’une chaume, d’un horizon dégagé et d’un bon sandwich dans le sac.
La vallée de la Thur à vélo et le Tour de France
La vallée de la Thur est aussi un terrain important pour le vélo.
La vallée de la Thur, porte d’accès aux cols vosgiens
La vallée permet de rejoindre plusieurs grands secteurs cyclistes des Vosges : le Grand Ballon, le Markstein, le Hundsruck, le col de Bussang ou encore les routes qui montent vers les crêtes.
Pour les cyclistes, c’est une vallée d’approche, mais aussi une vallée d’effort. Les pentes ne sont jamais loin, et les sorties tranquilles peuvent rapidement prendre un air beaucoup plus sérieux.
Dans les Vosges, les routes savent se montrer aimables. Puis elles se cabrent. C’est leur petite spécialité.

Col Amic © French Moments
Le Tour de France 2026 dans la vallée de la Thur
En 2026, le Tour de France remettra la vallée de la Thur et les Hautes-Vosges sous les projecteurs avec l’étape Mulhouse – Le Markstein Fellering.
Cette étape de montagne passera par plusieurs ascensions majeures du massif et se terminera au Markstein. Pour les téléspectateurs, ce sera une belle vitrine des paysages vosgiens. Pour les coureurs, ce sera sans doute une autre histoire.
La vallée de la Thur n’a pas besoin du Tour pour exister. Mais lorsque la Grande Boucle y passe, elle rappelle à toute la France que les Vosges peuvent être magnifiques… et redoutables.
Mon regard sur la vallée de la Thur
La vallée de la Thur garde pour moi une place très particulière.
Elle appartient à ces paysages familiers que l’on croit posséder parce qu’on les a beaucoup parcourus. Puis, des années plus tard, on réalise qu’il manque des photos, des traces, des images précises.
Quand j’y randonnais adolescent, je ne pensais pas à documenter ces sorties. Je les vivais. C’était déjà beaucoup. Mais aujourd’hui, j’aimerais parfois pouvoir retrouver davantage de photos de ces crêtes, de ces sentiers, de ces hautes-chaumes et de ces vues sur la vallée.
Heureusement, quelques visuels libres de droit permettent de compléter l’illustration de cet article. Mais ce n’est pas tout à fait pareil.
Lors de mon dernier séjour en Alsace, basé à Turckheim, j’aurais beaucoup aimé revenir dans la vallée de la Thur. Le temps m’a manqué. C’est toujours ainsi : on croit avoir plusieurs jours devant soi, puis l’agenda se contracte comme un soufflé sorti trop tôt du four.

Randonnée des les Vosges © French Moments
Il faudra donc que j’y retourne. Cette fois, avec mon appareil photo.
Car la vallée de la Thur mérite mieux qu’un simple souvenir. Elle mérite d’être parcourue à nouveau, regardée avec attention, photographiée et racontée.
C’est une grande vallée des Hautes-Vosges alsaciennes : une vallée de rivière et de routes, de villages et d’usines, de lacs et de crêtes, de patrimoine textile et de randonnées.
Une vallée qui ne se donne pas tout entière au premier regard.
Mais quand on prend le temps de la remonter, de la comprendre et de marcher sur ses hauteurs, elle révèle l’une des plus belles facettes de l’Alsace montagnarde.


