La Route Joffre fait partie de ces routes vosgiennes qui semblent tranquilles au premier abord. On l’emprunte en voiture, on regarde les virages, les forêts, les panneaux de col, et l’on se dit que tout cela est simplement joli.
Puis on s’intéresse un peu à son histoire.
Et là, surprise : la jolie route de montagne devient soudain une route stratégique, une route de guerre, une route de mémoire, puis une route de randonnée, de cyclisme et de panoramas.
Entre la vallée de la Doller et la vallée de la Thur, elle traverse un secteur des Vosges alsaciennes qui m’est particulièrement familier. Le col du Hundsruck, notamment, fut pour moi le point de départ de nombreuses randonnées familiales lorsque j’habitais adolescent dans le sud de l’Alsace.
Nous garions régulièrement la voiture au col, puis nous partions vers le massif du Rossberg, le Thannerhubel et les chaumes. À l’époque, je n’avais pas encore d’appareil photo. Grave erreur stratégique, surtout quand les paysages vous offrent des vues pareilles. Les images sont donc restées dans ma mémoire plus que dans mes archives.
Où se trouve la Route Joffre ?
La Route Joffre se situe dans le sud des Vosges alsaciennes, dans le Haut-Rhin.
Elle relie le secteur de Masevaux, dans la vallée de la Doller, à celui de Bitschwiller-lès-Thann, dans la vallée de la Thur. Autrement dit, elle fait le lien entre deux vallées vosgiennes majeures de l’Alsace du Sud.
Ce n’est pas une route très longue. Elle mesure environ 15 kilomètres. Mais elle concentre beaucoup de choses : des forêts, des cols, des villages de montagne, des points de vue, des lieux de mémoire et des départs de randonnée.
C’est souvent le cas dans les Vosges. Les distances sont raisonnables, mais les paysages n’ont pas besoin de kilomètres interminables pour devenir intéressants.
Un itinéraire entre vallée de la Doller et vallée de la Thur
Depuis Masevaux, la Route Joffre grimpe en direction de Houppach, puis rejoint le col du Schirm. Elle poursuit ensuite vers Bourbach-le-Haut, avant d’atteindre le col du Hundsruck.
De là, elle bascule vers Bitschwiller-lès-Thann et la vallée de la Thur.
Sur une carte, cela peut sembler simple : une route qui passe d’une vallée à l’autre. Sur le terrain, c’est beaucoup plus parlant. On quitte l’ambiance de la Doller, on traverse un paysage de moyenne montagne, puis l’on redescend vers la Thur, avec le Grand Ballon qui n’est jamais très loin dans l’imaginaire vosgien.
La Route Joffre n’est donc pas seulement une liaison pratique. C’est une route de transition entre deux univers.
La route Joffre de Masevaux à Bitschwiller-lès-Thann
L’un des charmes de cet itinéraire tient à ses étapes :
- Houppach garde l’ambiance de la vallée de la Doller. On y trouve la chapelle Notre-Dame de Houppach. Il s'agit d'un lieu de pèlerinage marial qui abritait à l'origine une Vierge noire.
- Le col du Schirm annonce déjà la montée vers un monde plus forestier.
- Bourbach-le-Haut, perché sur les hauteurs, offre cette sensation de village vosgien retiré, à l’écart des grands axes.
- Puis le col du Hundsruck ouvre l’accès aux randonnées, aux chaumes et aux panoramas.
- Enfin, la descente vers Bitschwiller-lès-Thann ramène vers la vallée de la Thur, plus industrielle par endroits, mais aussi profondément liée aux Hautes-Vosges.
![Houppach © Espirat - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons Houppach © Espirat - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons](https://mon-grand-est.fr/wp-content/uploads/2026/07/Houppach-©-Espirat-licence-CC-BY-SA-4.0-from-Wikimedia-Commons.jpg)
La chapelle de Houppach © Espirat - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons
En quelques kilomètres, on traverse donc une belle variété de paysages. Et l’on comprend pourquoi cette route est devenue, avec le temps, un itinéraire apprécié des automobilistes, des cyclistes et des marcheurs.
La Route Joffre, une route née de la Première Guerre mondiale
La Route Joffre ne doit pas seulement son intérêt à ses paysages.
Elle est née dans un contexte historique très particulier : celui de la Première Guerre mondiale.
Comme la Route des Crêtes, elle répondait à un besoin militaire. Dans un massif vosgien devenu zone de front, il fallait pouvoir circuler rapidement, ravitailler, déplacer des hommes, relier des positions et contrôler les hauteurs.
Aujourd’hui, on la parcourt pour le plaisir. Mais son origine rappelle que ces routes de montagne n’ont pas toujours été des routes de loisirs.
Une route stratégique dans les Vosges
Pendant la Grande Guerre, les Vosges occupent une position sensible.
L’Alsace est alors annexée à l’Empire allemand depuis 1871, et les crêtes vosgiennes deviennent un espace militaire de première importance. Les routes ne sont pas seulement des voies de passage. Elles deviennent des instruments stratégiques.
La Route Joffre s’inscrit dans cette logique. Elle permet de mieux circuler entre les vallées, de gagner du temps, d’assurer des communications et de faciliter l’accès aux secteurs de montagne.
Son nom rend hommage au général Joseph Joffre, figure majeure de l’armée française au début du conflit.

Portrait du général Joffre en 1915 par Henri Jacquier
Lorsque l’on roule aujourd’hui sur cette route paisible, il faut donc imaginer un tout autre contexte : celui d’un massif surveillé, organisé, militarisé. La forêt, les cols et les crêtes que nous associons maintenant au grand air furent aussi des lieux de tension, d’effort et de guerre.
Le col du Hundsruck, un passage clé de la Route Joffre
Le col du Hundsruck est l’un des points importants de la Route Joffre.
Il culmine à environ 748 mètres d’altitude et marque le passage entre le secteur de Bourbach-le-Haut et celui de Bitschwiller-lès-Thann.
Il n’a pas l’altitude des grands cols vosgiens comme la Schlucht mais sa situation le rend particulièrement intéressant.
C’est un col de liaison, mais aussi un point de départ. Et pour beaucoup de randonneurs, c’est surtout cela qui compte.
![Col du Hundsruck © Rauenstein - licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons Route Joffre - Col du Hundsruck © Rauenstein - licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons](https://mon-grand-est.fr/wp-content/uploads/2026/07/Col-du-Hundsruck-©-Rauenstein-licence-CC-BY-SA-3.0-from-Wikimedia-Commons.jpg)
L'arrivée au Col du Hundsruck © Rauenstein - licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons
Un col entre Bourbach-le-Haut et Bitschwiller-lès-Thann
Le col du Hundsruck relie la vallée de la Doller à la vallée de la Thur par un itinéraire forestier et montagnard.
Il se situe dans un environnement qui annonce déjà les chaumes du Rossberg et du Thannerhubel. On n’est pas encore sur les grands espaces ouverts, mais on sent qu’ils ne sont pas loin.
Le site est assez modeste en apparence. Un col, une route, quelques panneaux, des départs de sentiers. Rien de spectaculaire au premier regard.
Mais c’est justement ce qui fait le charme de certains lieux vosgiens. Ils ne cherchent pas à impressionner immédiatement. Il faut les connaître, marcher un peu, quitter le bord de la route, et soudain le paysage prend toute sa dimension.
![Col du Hundsruck © Smatu - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons Route Joffre - Col du Hundsruck © Smatu - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons](https://mon-grand-est.fr/wp-content/uploads/2026/07/Col-du-Hundsruck-©-Smatu-licence-CC-BY-SA-4.0-from-Wikimedia-Commons.jpg)
Col du Hundsruck © Smatu - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons
Le Monument national des Troupes de Choc
Près du col du Hundsruck se trouve également le Monument national des Troupes de Choc.
![Monument National des Troupes de Choc © Smatu - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons Route Joffre - Monument National des Troupes de Choc © Smatu - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons](https://mon-grand-est.fr/wp-content/uploads/2026/07/Monument-National-des-Troupes-de-Choc-©-Smatu-licence-CC-BY-SA-4.0-from-Wikimedia-Commons.jpg)
Monument National des Troupes de Choc © Smatu - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons
Il rappelle l’histoire militaire la plus récente du secteur, notamment les combats de la Libération et le rôle de ces unités dans les opérations de la Seconde Guerre mondiale.
Ce monument ajoute une dimension de mémoire à un lieu que l’on pourrait réduire, trop vite, à un simple départ de randonnée. Dans les Vosges, les paysages sont souvent beaux, mais ils ne sont jamais complètement innocents. Ils portent des traces, des souvenirs, des noms, des combats.
La Route Joffre raconte la Première Guerre mondiale. Le monument, lui, rappelle un autre conflit. Le col devient ainsi un point où la nature, le passage et la mémoire se rencontrent.
Randonnées au départ du col du Hundsruck
Pour moi, le col du Hundsruck évoque d’abord les randonnées.
C’était l’un de nos points de départ réguliers lorsque nous partions marcher en famille dans les Vosges du Sud. On garait la voiture au col, puis l’on suivait les sentiers vers les hauteurs.
À partir de là, le massif du Rossberg s’ouvre progressivement. Les forêts laissent place aux chaumes, les vues se dégagent, et l’on comprend vite que ce secteur offre certains des plus beaux panoramas de l’Alsace méridionale.

Vue du Grand Ballon en hiver depuis le massif du Rossberg © French Moments
Vers le Thannerhubel et le Rossberg
Les randonnées vers le Thannerhubel et le Rossberg sont parmi les plus belles du secteur.
Le Thannerhubel (1183 m), avec ses chaumes et sa ferme-auberge, offre un magnifique balcon sur les Vosges.
Le Rossberg (1191 m), plus vaste, donne cette impression d’espace ouvert que j’associe profondément aux Hautes-Vosges alsaciennes.

Sur les hauteurs du massif du Rossberg © French Moments
On marche d’abord en forêt, puis le paysage s’élargit. Les arbres se font plus rares, le vent arrive, les horizons s’ouvrent. C’est l’un de ces moments que les randonneurs connaissent bien : après l’effort de la montée, la montagne finit par récompenser.
Et dans les Vosges, la récompense n’est pas toujours spectaculaire au sens alpin du terme. Elle est plus douce, plus ample, plus arrondie. Mais elle peut être tout aussi émouvante.
Fermes-auberges et pauses sur les hauteurs
Le secteur est aussi associé aux fermes-auberges.
Thanner-Hubel, Gsang, Belacker : ces noms font partie de l’expérience vosgienne. On ne parle pas seulement ici de se restaurer. On parle d’une manière de vivre la montagne.
Après une marche sur les chaumes, une ferme-auberge vosgienne prend des allures de récompense officielle. Il y a la vue, l’air plus frais, les tables en bois, les plats généreux, les fromages, les tartes, les pommes de terre, parfois le repas marcaire.

Une part de Tarte aux Myrtilles des Vosges © French Moments
On peut toujours prétendre que l’objectif de la randonnée était le panorama. Mais soyons honnêtes : lorsque la ferme-auberge apparaît au bout du chemin, la motivation prend soudain un parfum très concret.
Panoramas sur les Vosges, l’Alsace et les Alpes
Les hauteurs du Rossberg et du Thannerhubel offrent des vues remarquables.
Par temps clair, le regard porte sur les Vosges, les vallées de la Thur et de la Doller, le Grand Ballon, la plaine d’Alsace, le Sundgau, la Forêt-Noire et le Jura. Et lorsque les conditions sont vraiment favorables, les Alpes apparaissent à l’horizon.

Vue sur Thann et plaine d'Alsace du Thannerhubel © French Moments
C’est ce genre de panorama qui donne toute sa valeur au secteur.
On comprend alors que le col du Hundsruck n’est pas seulement un point de passage sur une route historique. C’est aussi une porte d’accès vers l’un des plus beaux belvédères naturels des Vosges du Sud.
Les vues depuis ces hauteurs ont quelque chose de très alsacien : elles réunissent en un seul regard la montagne, la plaine, les vallées, les forêts et parfois même les grands horizons lointains.
On marche dans les Vosges, mais le regard voyage beaucoup plus loin.
La Route Joffre à vélo et le Tour de France
La Route Joffre est aussi un beau terrain pour les cyclistes.
Elle n’a pas la notoriété du Ballon d’Alsace ou du Grand Ballon, mais elle offre une ascension sérieuse, variée et très intéressante.
Entre Masevaux et Bitschwiller-lès-Thann, les profils changent, les pentes se succèdent, les replats sont trompeurs et les virages rappellent que les Vosges ne sont jamais totalement plates, contrairement à ce que peuvent croire certains visiteurs optimistes.
![Bourbach le Haut © Michielverbeek - licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons Route Joffre - Bourbach le Haut © Michielverbeek - licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons](https://mon-grand-est.fr/wp-content/uploads/2026/07/Bourbach-le-Haut-©-Michielverbeek-licence-CC-BY-SA-3.0-from-Wikimedia-Commons.jpg)
Bourbach le Haut © Michielverbeek - licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons
Le col du Hundsruck à vélo
À vélo, le col du Hundsruck peut se monter par plusieurs versants.
Depuis la vallée de la Thur, l’ascension par Bitschwiller-lès-Thann est plus courte, mais assez soutenue. Depuis Masevaux, le parcours est plus long et passe par Houppach, le col du Schirm et Bourbach-le-Haut avant d’atteindre le col.
C’est ce qui rend cette route intéressante : elle n’offre pas seulement une montée unique, mais un enchaînement. Les jambes n’ont pas forcément le temps de s’ennuyer.
Pour les cyclistes qui aiment les routes vosgiennes, la Route Joffre possède ce mélange typique de forêt, de pente, de villages, de virages et de vues soudaines. Ce n’est peut-être pas le col le plus célèbre du massif, mais il sait se faire respecter.
![Col du Hundsruck © Espirat - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons Route Joffre - Col du Hundsruck © Espirat - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons](https://mon-grand-est.fr/wp-content/uploads/2026/07/Col-du-Hunsruck-©-Espirat-licence-CC-BY-SA-4.0-from-Wikimedia-Commons.jpg)
Le Col du Hundsruck vu de Bourbach-le-Haut © Espirat - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons
Le Tour de France sur la Route Joffre
Le col du Hundsruck possède aussi sa petite histoire dans le Tour de France.
La Grande Boucle l’a franchi en 1952, 1972, 1997 et 2019, et doit y repasser en 2026. Les premiers passages étaient répertoriés au classement de la montagne : 3e catégorie en 1952, puis 2e catégorie en 1972, 1997 et 2019.
En 2026, le Tour de France emprunte de nouveau ce secteur lors de l’étape Mulhouse – Le Markstein Fellering. Le col du Hundsruck y joue surtout un rôle de transition entre la vallée de la Doller et la vallée de la Thur, avant les grandes difficultés de la fin d’étape vers les hauteurs du Markstein.
Ce n’est peut-être pas le col le plus médiatique des Vosges. Mais il revient régulièrement dans l’histoire cycliste de la région. Et lorsqu’on connaît la route, on comprend pourquoi : la pente, les virages, la forêt et l’enchaînement avec les autres reliefs en font un passage bien plus sérieux qu’il n’en a l’air sur une carte.
Mon souvenir de la Route Joffre et du col du Hundsruck
Le col du Hundsruck garde pour moi une place particulière.
Il ne représente pas seulement un point sur la Route Joffre, ni même un col entre deux vallées. Il évoque surtout des départs de randonnée, des dimanches en famille, des chemins vers le Rossberg, des montées en forêt, des chaumes, des fermes-auberges et des panoramas qui surgissaient après l’effort.
À l’époque, je ne pensais pas à photographier ces paysages. Je les vivais. C’était déjà beaucoup. Mais aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir davantage d’images de ces lieux familiers. Heureusement, quelques visuels libres de droit permettent de compléter l’illustration de cet article. Mais ce n’est pas tout à fait pareil.
Lors de mon dernier séjour en Alsace, basé à Turckheim, j’aurais beaucoup aimé revenir vers la Route Joffre et le col du Hundsruck. Le temps m’a manqué. C’est toujours ainsi : on croit avoir plusieurs jours devant soi, puis l’agenda se contracte comme un soufflé sorti trop tôt du four.

Les hautes-chaumes du massif du Rossberg © French Moments
Il faudra donc que j’y retourne. Cette fois, avec mon appareil photo.
Car la Route Joffre mérite mieux qu’un simple passage en voiture. Elle mérite que l’on s’arrête, que l’on marche, que l’on regarde et que l’on comprenne son histoire.
C’est une route militaire devenue route touristique, un lien entre la Doller et la Thur, une porte vers les chaumes du Rossberg et du Thannerhubel, un itinéraire de cyclistes et un territoire de mémoire.
Et pour moi, c’est aussi l’un de ces lieux discrets où les Vosges du Sud parlent doucement, mais longtemps.

