A la découverte des 8 portes de Nancy

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Nancy est une ville de portes. On connait les magnifiques portes en grilles forgées s’ouvrant sur la place Stanislas. Mais la cité ducale abrite également d’autres portes, héritage de son passé. Celles-ci m’ont laissé de nombreux souvenirs d’enfance. Passer sous leurs baies était pour moi une étape fascinante lorsque ma grand-mère m’emmenait dans le centre-ville. C’est bien plus tard que j’ai compris l’importance de ces monuments. Les portes de Nancy n’avaient (presque) plus de secret pour moi. J’avais appris pour quelles raisons on les avait édifiées, à quoi elles servaient. Sans vouloir creuser trop loin dans les profondeurs de l’Histoire, voici un petit compte-rendu de ces 8 portes de Nancy. Les découvrir vous permettra de compléter votre visite de la Ville aux Portes d’Or.

Les portes d'or de la place Stanislas à Nancy © French Moments

Les portes d’or de la place Stanislas à Nancy © French Moments

Et restez avec moi car à la fin de cet article, je vous dévoilerai la 9e porte oubliée (aujourd’hui disparue)…


Quid des portes de Nancy

Vous les trouverez complètement insérées dans le tissu urbain, souvent aux limites avec les anciens faubourgs de Nancy. Elles font figures de points de repère.

La plupart ont bénéficié de campagnes de restauration. Ainsi, vous ne les découvrirez pas dans l’état de mes souvenirs d’enfance. C’est-à-dire des façades noircies par la pollution, des passages dans lesquels parfois les mauvaises odeurs d’urine vous lèvent le cœur…

Aujourd’hui, ces témoins du passé nancéien méritent qu’on s’y attarde un instant. Mais, comme toujours, la découverte s’avère bien plus passionnante quand on prend le temps de comprendre.

Comprendre le pourquoi du comment.

Pourquoi a-t-on édifié ces portes ?

A quoi servaient-elles ?

Allez, on va jouer au détective !

Des arcs de triomphe post-romains

Les portes les plus anciennes de la ville avaient un but défensif. Elles sont les vestiges des anciens remparts de la ville. Il s’agit des portes de :

  • la Craffe
  • la Citadelle
  • Saint-Georges
  • Saint-Nicolas

En revanche, les portes construites à Nancy au 18e siècle étaient des portes monumentales. Des arcs de triomphe post-romains, c’est-à-dire construits à une époque postérieure à celle de l’Empire romain.

Arc Héré à Nancy © French Moments

L’Arc Héré sous la neige © French Moments

Pour cela, Nancy fait figure d’exception en France. Elle est, à ma connaissance, une des rares villes de province qui ait su conserver intact autant d’arcs de triomphe. Il existe quatre portes :

  • Stanislas
  • Sainte-Catherine
  • Désilles
  • Héré (Arc de Triomphe)

Pourquoi a-t-on édifié de tels monuments ?

Pour les Romains, l’édification d’un arc de triomphe servait à glorifier les empereurs ou à commémorer des événements importants :

  • des victoires remportées par des généraux,
  • le décès d’un membre de la famille impériale,
  • l’accession au trône d’un nouvel empereur,
  • les fondations de nouvelles colonies,
  • la construction d’une route ou d’un pont…
L'arc de triomphe romain d'Orange © French Moments

L’arc de triomphe romain d’Orange © French Moments

A partir du 17e siècle, les rois et empereurs ont repris la mode romaine pour se glorifier ou commémorer leurs victoires. La plupart des arcs de triomphe post-romains construits dans les grandes villes de France datent du 17e au 19e siècles.

Où sont situés les arcs de triomphe en France ?

A Paris, vous connaissez l’Arc de Triomphe de l’Etoile, dominant les Champs-Elysées. Puis l’Arc de Triomphe du Carrousel près du Louvre. Il y a également deux arcs situés dans les grands boulevards : la Porte Saint-Martin et la Porte Saint-Denis. A Paris, ça en fait 4. Autant qu’à Nancy !

L'Arc de Triomphe du Carrousel à Paris © French Moments

L’Arc de Triomphe du Carrousel à Paris © French Moments

A Dijon, la Porte Guillaume est un monument à part entière, ouvrant l’accès à la zone commerçante du centre-ville.

La Porte Guillaume à Dijon © French Moments

La Porte Guillaume à Dijon © French Moments

A Bordeaux, la Porte de Bourgogne fait face au pont de pierre et la Porte d’Aquitaine se situe au bout de la rue Sainte-Catherine. Il existe aussi la porte Dijeaux… où se trouve Baillardran, ma confiserie préférée pour ses délicieux canelés !

La Porte de Bourgogne à Bordeaux © French Moments

La Porte de Bourgogne à Bordeaux © French Moments

D’autres arcs furent édifiés à Montpellier (Arc de Triomphe), à Marseille (Porte d’Aix), à Lille (Porte de Paris), à Metz (Porte Serpenoise), à Nevers (Porte de Paris)…

Serpenoise Metz © French Moments

La Porte Serpenoise © French Moments

Voyez-vous, l’arc de triomphe n’est pas l’apanage de Nancy. Mais force est de constater que la présence de l’ex-roi de Pologne Stanislas, beau-père de Louis XV et dernier duc de Lorraine, a contribué à faire de notre cité lorraine une exception en la matière.

Pourquoi les portes de Nancy du 18e s. se ressemblent toutes ?

Les portes de Nancy du 18e siècle partagent un certain nombre de caractéristiques :

  1. comme on l’a dit, elles ont été édifiées sur le modèle des arcs de triomphe de l’époque romaine.
  2. elles respectent des proportions et une symétrie propres à l’Antiquité,
  3. elle présentent toutes trois ouvertures, les baies latérales étant plus basses que la baie centrale.
  4. la décoration de la façade extérieure (côté campagne) porte sur la puissance militaire de la ville,
  5. la décoration de la façade intérieure (côté ville) célèbre un personnage important ou des idées.

Découvrons les Portes de Nancy

Partons maintenant à la découverte de ces fameuses portes. On l’a dit, il en existe huit.

Lorsque vous vous trouvez devant une des portes de Nancy, essayer d’analyser son environnement :

  • Dans quel endroit de la ville la-dite porte a-t-elle été implantée ?
  • Pouvez-vous deviner l’existence des remparts ou autres fossés qui n’existent plus aujourd’hui ?
  • Les bâtiments se trouvant à proximité peuvent-ils vous donner un indice ?

Observez ces monuments avec attention (et si besoin avec des jumelles !) Franchissez-les, tantôt côté ville, tantôt côté campagne. Comparez les façades… Il n’y a rien de plus fun que de jouer au détective, n’est-ce-pas ?

Lorsque vous vous trouvez sur la place Stanislas, longez l’Hôtel de Ville côté rue des Dominicains. L’entrée à l’arrière du bâtiment est encadrée de huit médaillons représentant les fameuses portes de Nancy :

Les portes de Nancy à l'arrière de l'Hôtel de Ville © French Moments

Les portes de Nancy à l’arrière de l’Hôtel de Ville © French Moments

Commençons par la plus ancienne – mais aussi la plus imposante : la Porte de la Craffe.


La porte de la Craffe

De toutes les portes de Nancy, il s’agit de la plus massive. Elle prend la forme d’un châtelet, un petit château. La porte de la Craffe est le monument emblématique de la Ville-Vieille.

Porte de la Craffe © French Moments

La Porte de la Craffe © French Moments

Cet imposant édifice est tout ce qui reste des fortifications médiévales de la vieille-ville de Nancy. C’est-à-dire la muraille d’enceinte antérieure aux fortifications que Vauban dressera au 17e siècle. La porte de la Craffe, c’est en quelque sorte un vestige unique du 14e siècle à Nancy. Un souvenir historique et archéologique aujourd’hui encerclé de maisons.

La porte de la Craffe au printemps © French Moments

La porte de la Craffe au printemps © French Moments

Mais comme nous allons le voir, la porte de la Craffe n’a pas toujours eu la même physionomie. Ainsi, les tours jumelles couvertes de toitures en poivrière sont des ajouts du 16e siècle.

Les tours de la porte de la Craffe © French Moments

Les tours de la porte de la Craffe © French Moments

Pourquoi s’appelle-t-elle ainsi ?

Il règne un certain mystère autour de l’origine du nom « Craffe » :

  • s’agit-il d’un hommage à un gentilhomme napolitain Caraffa, ingénieur qui conçu ses plans
  • vient-il du mot allemand Kraft qui signifie porte fortifiée
  • est-ce le mot employé pour désigner les grosses agrafes métalliques assemblant des pierres appareillées ou
  • dérive-t-il du vieux français « escraiffe » désignant un dépotoir aux limites de la ville ?

La porte Nord de la Ville-Vieille

Vieille Ville de Nancy © French Moments

Porte de la Craffe, Nancy © French Moments

Quoiqu’il en soit, la porte marquait l’entrée nord de la Ville-Vieille, en provenance de Metz. Sa construction permettait d’englober dans les limites de la Ville-Vieille les quartiers du Grand et Petit Bourgets. Avant 1380, elle était connue sous le nom de porte des Bordes. En effet, les bordes étaient ces masures qui abritaient les malades contagieux… qu’on avait tôt fait rejeter hors des remparts de Nancy.

Lors de sa construction, elle avait l’apparence d’une simple tour carrée percée pour permettre l’entrée dans la ville (ou la sortie !)

Le 22 mai 1453, le duc Jean II de Lorraine (1425-1470) fit son entrée solennelle à Nancy. Il vint prêter serment de conserver les privilèges et franchises de l’église Saint-Georges.

Le duc fit construire en 1463 les deux grosses tours destinées à défendre la porte fortifiée.

En 1633-1634, Nancy fut occupée par les troupes françaises et Louis XIII décora la façade d’un porche de style néo-classique (fronton triangulaire et piliers doriques).

Le commandant du génie Trancart le transforma en 1861 pour lui redonner une apparence de style gothique.

Côté Ville

Vieille Ville de Nancy © French Moments

Porte de la Craffe (côté ville) © French Moments

La porte centrale en forme d’ogive permettait le passage des carrosses. Remarquez de chaque côté les murs en pierre de tailles ornées de briques rouges. A cet endroit, ils ont une épaisseur de trois mètres !

L’architecte nancéien Prosper Morey perça les deux portes piétonnes en 1870 à la base des tours rondes.

Porte de la Craffe © French Moments

Détail de la façade de la Porte de la Craffe © French Moments

Au-dessus de la porte centrale, deux fenêtres encadrent une niche. Elle abrite une petite statue de la Vierge à l’Enfant (14e ou 15e siècle ?) qui avait été retirée à la Révolution. Les deux bas-reliefs de chaque côté représentent les profils casqués des ducs de Lorraine Raoul (à gauche) et Jean (à droite).

Au sommet de la niche se trouve un chardon lorrain, suivi d’une croix de Lorraine. Deux bas-reliefs flanquent celle-ci. Ce sont les effigies des ducs de Lorraine Charles II et René II.

Tous ces détails sont des ajouts de la restauration de la porte en 1861.

L’ensemble se termine par une ceinture de mâchicoulis en accolades. Sur le toit de la tour, un petit dôme supporte un lanternon (un ajout de 1616). Une cloche sonnait les heures et permettait au guetteur de déclencher l’alarme en cas d’attaque.

Les tours

Les massives tours rondes aux toits coniques étaient crénelées à l’origine. De petites ouvertures sont disposées de façon alternée pour permettre des tirs dans toutes les directions. Elles sont aujourd’hui coiffées de lanternons qui culminent à environ 37 m. 

Les lanternons de la porte de la Craffe © French Moments

Les lanternons de la porte de la Craffe © French Moments

Côté campagne

La face opposée est de style Renaissance. Sa décoration est très sobre.

Porte de la Craffe (côté campagne), Nancy © French Moments

Porte de la Craffe (côté campagne), Nancy © French Moments

Le passage-tunnel voûté

Le passage couvert, voûté en plein cintre, est éclairé grâce à des puits de lumière. La voûte est ornée de briques rouges, en alternance avec des arches de pierres blanches. Elle a fait l’objet d’une remarquable restauration en 2013.

Porte de la Craffe © French Moments

Le passage voûté de la Craffe © French Moments

La légende raconte que si vous passez la nuit sous la voûte de la porte, vous pourriez entendre les gémissements des malheureux prisonniers…

Porte de la Craffe © French Moments

Le passage voûté de la Craffe © French Moments

Mais heureusement pour nous, nous ne les entendrons pas car l’accès au passage voûté est fermé aux piétons pendant la nuit.

Porte de la Craffe, Nancy © French Moments

Puits de lumière dans le passage voûté © French Moments

La terrasse

Si vous visitez le monument, vous arriverez à la terrasse au-dessus du passage voûté. Vous y trouverez une échauguette carrée en brique rouges qui est invisible depuis la rue.

L’intérieur a servi de prison jusqu’après la Révolution. On peut y voir les cachots dont les murs sont couverts d’inscriptions gravées par les prisonniers. Par ailleurs, on y trouve également des sculptures du Moyen Age et une collection… d’instruments de supplice !


La porte de la Citadelle

La porte de la Citadelle © French Moments

La porte de la Citadelle © French Moments

Au début du 17e siècle, le duc Henri II protégea l’entrée nord de la ville (la porte de la Craffe) de deux bastions : les bastions le Duc et le Marquis. La porte extérieure devint la porte Notre-Dame, aujourd’hui connue sous le nom de porte de la Citadelle.

Construite en 1598 par Florent Drouin le Jeune, la porte marque encore aujourd’hui la limite entre la Ville-Vieille du Moyen Age et le Faubourg des Trois Maisons.

Portes de Nancy

Plan-relief de Nancy montrant le site de la citadelle entre les portes de la Citadelle et de la Craffe

Les bastions, quant à eux, ont été démolis et leurs fossés nivelés entre 1880 et 1906.

Le bâtiment de la porte comprend un étage noble où logeaient les officiers, un étage supérieur pour les soldats et des greniers. Il semblerait que les murs de ces derniers portent encore la marque de graffitis en allemand. En effet, la porte de la Citadelle fut occupée par des soldats de la Wehrmacht en 1940. 

Les décorations de la porte de la Citadelle

Côte Campagne
La Porte de la Citadelle à Nancy © French Moments

La Porte de la Citadelle à Nancy © French Moments

L’édifice comprend trois portes aux pieds-droits vermiculés : une porte principale flanquée de deux plus petites.

Au-dessus de chaque porte latérale figurent des hauts-reliefs montrant des trophées d’armes puis deux inscriptions. A gauche : “Scutum inexpugnabile aequitas” (L’équité est un bouclier que l’on ne saurait vaincre) et à droite, la date de l’édification de la porte en chiffre romain (MDXCVIII – 1598).

Au niveau supérieur, deux niches abritent des statues allégoriques – à gauche, l’Equité, à droite la Tempérance. Au centre, un cartouche vide contenait les armoiries des Salm et de Lorraine… auraient-elles disparues à la Révolution ?

La statue de Charles III

Le monument est couronné d’un fronton orné de trophées d’armes. Ceux-ci encadrent depuis 1863 une statue de Charles III due à Giorné Viard. Avec des jumelles, vous remarquerez que le duc de Lorraine tient un document. Il s’agit peut-être de la charte de fondation de l’Université de Pont-à-Mousson dont il fut le bienfaiteur. Ou du plan de Nancy avec ses fortifications, ce qui expliquerait la mention se trouvant sur le socle de la statue :

Charles III, duc de Lorraine el de Bar, fondateur de la Ville-Neuve de Nancy, fortifiée par lui suivant un système perfectionné qu’il appliqua à la Ville-Vieille, en construisant sa première enceinte bastionnée“.

Le duc Charles III sur la porte de la Citadelle © French Moments

Le duc Charles III sur la porte de la Citadelle © French Moments

De part et d’autre de la statue figurent des trophées d’armes comprenant armures, canons, boucliers, tonneaux à poudre, casques, lances, etc.

Avant la Révolution, l’espace était occupé par une statue de la Vierge, d’où l’ancien nom de la porte dite porte Notre-Dame.

Côté Ville
La porte de la Citadelle, Côté Ville © French Moments

La porte de la Citadelle, Côté Ville © French Moments

La façade est beaucoup plus sobre que la face extérieure. Elle présente un décor Renaissance par Florent Drouin. C’est la porte principale qui est la plus ouvragée, avec ses pierres à bossages vermiculés et floraux.

Porte de la Citadelle © French Moments

Détail de la façade Côté Ville © French Moments

Remarquez au niveau des montants de la porte deux Hercules assis sur les volutes qui brandissent une massue !

L’entablement comprend les petites représentations de deux cavaliers avec lance et épées et deux fantassins en position de combat. Ils sont vêtus à l’antique et symbolisent les vertus que devaient incarner les ducs de Lorraine.

Enfin, le fronton contient un cartouche vide qui contenait des armoiries – mais je n’ai pas trouvé lesquelles…

Le passage voûté

Le passage voûté est similaire à celui de la Craffe. Il est orné de briques rouges disposées en losanges, en alternance avec des arcs de pierres blanches.

Le Jardin de la Citadelle

Un escalier depuis le 47 rue Henri Deglin (ou le 3 rue Sellier) permet d’accéder sur l’ancien rempart. Vous y trouverez un paisible jardin suspendu d’inspiration médiévale. Dans de petits carrés cernés de buis poussent des plantes médicinales ou aromatiques.

Jardin de la Citadelle, Nancy © French Moments

Le jardin de la Citadelle à Nancy © French Moments


La porte Saint-Georges

La porte Saint-Georges est l’une des quatre portes de Nancy qui permettaient l’accès à la Ville-Neuve.

L’accès côté est de la Ville-Neuve

La Ville-Neuve est un quartier créé de toute pièce à la fin du 16e siècle par le duc Charles III. Cette ville nouvelle, avec son plan en damier, se situe au sud de la Ville-Vieille moyenâgeuse

Sur la route de Vic, la porte Saint-Georges ne date donc pas du Moyen-âge. Ses travaux commencèrent en 1606 pour se terminer en 1619.

Aujourd’hui, la porte est entourée d’immeubles qui ont été édifiés sur les anciens remparts et leurs fossés. Cette photographie colorisée donne une idée de l’aspect de la porte avant leur construction :

Portes de Nancy : Porte Saint-Georges

Ancienne photographie colorisée de la Porte Saint-Georges montrant ses fossés

Les décorations de la porte Saint-Georges

Côté campagne
Porte Saint-Georges, Nancy © French Moments

Porte Saint-Georges (Côté Campagne) © French Moments

Le rez-de-chaussée est d’ordre toscan (un ordre architectural utilisé par les Romains et employé par les artistes de la Renaissance). Il est percé de trois baies (les baies latérales n’ont été ouvertes qu’en 1843).

Au niveau supérieur, deux Atlantes barbus sans bras ni jambes se tiennent de part et d’autre de l’attique. Un cartouche tristement vide (car martelé en 1792) comprenait à l’origine les armoiries du duc de Lorraine Charles III (1545-1608).

L’attique est de même largeur que la baie centrale, conférant au monument une silhouette qui lui est propre. De chaque côté de l’attique se trouvent deux sphinges aux ailes déployées (le pendant féminin du sphinx dans la mythologie grecque) vues de profil. Aux extrémités de l’entablement figurent deux statues allégoriques qui semblent être la Guerre et la Paix.

Porte Saint-Georges à Nancy © French Moments

Détail de la porte Saint-Georges à Nancy © French Moments

Enfin, un fronton couronne l’entablement. Une statue équestre de Saint-Georges terrassant le dragon se dresse au sommet du monument, entourée de pots à feu. Elle est l’œuvre du sculpteur nancéien Florent Drouin (1540-1612).

Côté ville

La façade est très simple et ressemble à un petit pavilion à deux niveaux de style Renaissance. La grande baie centrale en plein cintre est flanquée de pilastres accouplés. L’étage est percé de deux grandes fenêtres à meneaux à frontons triangulaires.

Porte Saint-Georges (Côté Ville) © French Moments

Porte Saint-Georges (Côté Ville) © French Moments

Les deux façades sont reliées par une longue voûte en parement de briques.

Une démolition programmée

La porte a bien failli être démolie dans les années 1870 pour permettre le passage du tramway (en fait un hippomobile).

Emile Gallé, fondateur de l’Ecole de Nancy, créa un comité de sauvegarde du patrimoine afin d’empêcher sa démolition.

Une célébrité de l’époque a notamment soutenu cette initiative en écrivant :

« Toutes les villes de France seraient fières d’un pareil monument. Il est impossible que la noble Nancy songe à s’en priver (…). Je demande sa conservation ».

Cet homme, c’est Victor Hugo en personne !

Porte Saint-Georges, Nancy © French Moments

Porte Saint-Georges (Côté Ville) © French Moments

Les raisons du soutien

Pourquoi le grand écrivain s’est impliqué de la sorte à Nancy ? Certainement à cause de ses origines familiales. En effet, son père, Joseph Léopold Sigisbert Hugo, vit le jour le 15 novembre 1773 au numéro 29 de la rue des Maréchaux à Nancy.

D’ailleurs, une plaque fixée sur la façade rappelle l’intervention de Victor Hugo en 1878 pour sauver la porte Saint-Georges de la démolition.

La porte a fait l’objet d’une grande restauration entre 2013 et 2015.


La porte Saint-Nicolas

Portes de Nancy : Porte Saint-Nicolas © French Moments

Vue d’ensemble de la porte Saint-Nicolas © French Moments

Vue du ciel, la porte Saint-Nicolas a la forme d’un parallélogramme. Si si, regardez Google Earth (ou Maps version satellite) et vous vous en apercevrez.

De toutes les portes de Nancy, la porte Saint-Nicolas est certainement la plus étrange de par sa physionomie. De plus, cette porte a la particularité d’être… sans toit !

Un nom qui prête à confusion

Tout comme la porte Saint-Georges, la porte Saint-Nicolas marquait la limite de la Ville-Neuve de Charles III.

Cet accès sud fut construit de 1603 à 1608, quelques années avant la porte Saint-Georges.

On lui donna le nom de « Saint-Nicolas » parce qu’elle s’ouvrait sur la route de Saint-Nicolas-de-Port. Mais voilà, il existait déjà une porte Saint-Nicolas. Elle donnait accès au sud de la Ville-Vieille de Nancy. Celle-ci fut donc rebaptisée « Vieille-Porte Saint-Nicolas » ou « Porte Saint-Nicolas entre les Deux Villes ». Vous me suivez ?

Une entrée d’honneur à Nancy !

La Porte Saint-Nicolas au début du 20e siècle

La Porte Saint-Nicolas au début du 20e siècle

C’est par la porte Saint-Nicolas que les ducs de Lorraine faisaient leur entrée dans leur capitale. Ils y venaient prêter serment de maintenir les droits et privilèges de la noblesse, du clergé et du tiers-état.

Sous ses arches sont passées des célébrités historiques :

  • en 1619, Henri II (le premier duc de Lorraine à avoir franchi la porte)
  • le duc Léopold en 1698
  • le duc François III en 1730
  • l’ex-roi de Pologne et dernier duc de Lorraine, Stanislas en 1738
  • la future reine de France, Marie-Antoinette d’Autriche en 1770
  • et son frère, l’empereur du Saint-Empire et archiduc d’Autriche, Joseph II en 1773

A la Révolution, la porte changea de nom pour celui de porte de la Constitution.

De profonds changements aux 19e et 20e siècles

L’espace intérieur de la porte Saint-Nicolas a été démoli en 1848, seules les façades furent conservées. Mais la porte n’en avait pas fini avec les amputations…

Pendant la moitié du 19e siècle, la porte se trouvait malencontreusement sur le chemin du premier tramway hippomobile de Nancy. Prosper Morey prit soin de réaménager la porte et ses alentours.

A l’origine, la façade extérieure comprenait une baie centrale en plein cintre et deux passages latéraux pour les piétons. En ceci, elle ressemblait à la porte Saint-Georges. En 1865, ces trois ouvertures originelles furent ramenées à deux grandes baies en plein cintre séparées par un pilier central. Tout ça pour faire passer… le tramway !

A l’aube des années 1980, avec l’accroissement du trafic, le site était devenu un véritable goulot d’étranglement. Pour faciliter le passage des bus, on créa une voie de contournement en détruisant des bâtiments adjacents à la porte. Puis l’espace entre les deux façades de la porte Saint-Nicolas fut transformé en banal parking. Mais heureusement, comme on va le voir, une grande réhabilitation de la porte a commencé en 2018.

Portes de Nancy : Porte Saint-Nicolas © French Moments

La cour intérieure de la porte Saint-Nicolas en mars 2020 après la restauration © French Moments

Les décorations de la porte Saint-Nicolas

Côté campagne
Portes de Nancy : Porte Saint-Nicolas © French Moments

Côté campagne de la porte Saint-Nicolas de Nancy © French Moments

De chaque côté de la porte se dressent deux obélisques. Ce sont des ajouts de 1865 – il était prévu à l’origine de poser sur leurs socles des statues.

L’attique est orné d’un haut-relief représentant deux alérions couronnés tenant un écu aux armes du duc de Lorraine René II. Celui-ci se termine par un heaume sur lequel se tient un autre alérion couronné aux ailes déployées. L’heaume du chevalier évoque la fameuse Bataille de Nancy de 1477.

L'attique de la Porte Saint-Nicolas, côté Campagne © French Moments

L’attique de la Porte Saint-Nicolas, côté Campagne © French Moments

Avec des jumelles, observez l’alérion supérieur…  à ses pieds vous pouvez y lire la devise « Priny, Priny », le cri de guerre de la Maison de Lorraine.

La face arrière présente les armoiries du duché de Lorraine (les trois alérions) et un chardon lorrain. Le tout est surmonté d’un heaume entouré de drapeaux sur lesquels un alérion s’apprête à s’envoler.

Portes de Nancy : Porte Saint-Nicolas © French Moments

La face arrière Côté campagne, porte Saint-Nicolas © French Moments

Côté ville
Portes de Nancy : Porte Saint-Nicolas © French Moments

Côté Ville, Porte Saint-Nicolas © French Moments

La façade ressemble à s’y méprendre à un arc de triomphe façon 18e siècle. Rien d’étonnant à cela puisque la façade datant de la Renaissance fut remaniée sous Stanislas. En effet, en 1761, devant se rendre en cure à Plombières, les filles de Louis XV, Adélaïde et Victoire passèrent à Nancy pour rendre visite à leur grand-père. C’est de cette année que datent les vases et puttis placés sur l’entablement.

La Porte Saint-Nicolas, côté Ville © French Moments

La Porte Saint-Nicolas, côté Ville © French Moments

La réhabilitation de la porte Saint-Nicolas

Pendant longtemps, la porte ne fut pas vraiment un site très attrayant. Mais tout va très bientôt changer grâce à la grande réhabilitation engagée depuis août 2018 visant à « ennoblir » l’entrée sud de la ville.

La Porte Saint-Nicolas, côté Campagne © French Moments

La Porte Saint-Nicolas, côté Campagne pendant la restauration © French Moments

Cette réhabilitation comprend :

  • la restauration des sculptures et maçonnerie,
  • la réfection et piétonnisation de la cour intérieure (en lieu et place du parking),
  • la requalification de la place des Vosges,
  • la plantation d’arbres dans les rues adjacentes,
  • l’aménagement de trottoirs en granit,
  • la mise en lumière du monument…

La porte, qui avait perdu ses voûtes, sera ornée d’un toit végétal.


La porte Héré (Arc de Triomphe)

Il s’agit certainement de la plus belle des 8 portes de Nancy. La plus majestueuse aussi.

Arc de triomphe Héré à Nancy © French Moments

L’arc de triomphe Héré vu depuis la place Stanislas à Nancy © French Moments

Contrairement aux autres portes, celle-ci se situe à un emplacement idéal. Entre les places Stanislas et de la Carrière. On ne peut rêver d’une position plus centrale !

Allez, petit retour en arrière, à l’époque du bon roi Stanislas.

Lorsque le dernier duc de Lorraine souhaita créer une place royale à Nancy, il choisit de la réaliser dans l’axe de la place de la Carrière. Mais pas chance, l’espace était alors occupé par deux vieux bastions militaires : ceux de Vaudémont (à l’est) et de Haussonville (à l’ouest), eux-mêmes reliés par un rempart.

Porte Héré, Nancy © French Moments

La porte Héré vue de profil © French Moments

Entre la Ville-Vieille et la Ville-Neuve

Des fortifications séparaient ainsi les deux villes de Nancy :

  • la Ville-Vieille (d’origine médiévale) et
  • la Ville-Neuve (construite par le duc Charles III pendant la Renaissance).
Plan de Nancy en 1645

Plan de Nancy en 1645 montrant distinctement la Ville-Vieille et la Ville-Neuve séparées par un fossé et des remparts.

Stanislas repéra un architecte du coin, Emmanuel Héré (1705-1763). Aussi, pour réaliser sa place royale, Stanislas lui demanda de concevoir un plan qui n’exigeait pas la démolition des fortifications.

Ainsi, la place serait bâtie sur trois côtés. Sur le côté nord, les fossés seraient comblés pour accueillir deux pavillons bas. Ces bâtiments permettraient de fermer la place… tout en restant moins hauts que les remparts derrière eux.

Entre ces deux pavillons bas – et dans l’axe de l’Hôtel de Ville -, les remparts étaient percés d’une porte permettant le passage entre les deux villes. La porte dite Royale fut largement remaniée par Héré. Elle devint un véritable arc de triomphe à la gloire de Louis XV.

La place Stanislas © French Moments

La place Stanislas vue depuis les Salons de l’Hôtel de Ville © French Moments

Ainsi, Héré réussit un coup de maître… mais pour en savoir plus, je vous invite à lire mon article dédié tout spécialement à cet arc de triomphe. Vous y découvrirez une description du monument plus détaillée, ainsi que de nombreuses anecdotes historiques.


La porte Stanislas

En venant de la rue Raymond Poincaré ou de la gare (côté campagne), on découvre un joli arc de triomphe étrangement encastré entre deux immeubles modernes. De toutes les portes de Nancy, la porte Stanislas est la plus proche du quartier de la gare.

Des ajouts contemporains qui semblent évoquer une continuité avec d’anciens remparts. En tout cas, ils ont du faire grand bruit lors de leur construction. On peut regretter que ces édifices ne facilitent pas la mise en valeur de l’arc de triomphe. Mais bon, continuons notre analyse…

L’entrée de la ville sur la route de Toul

La Porte Stanislas Côté Campagne © French Moments

La Porte Stanislas Côté Campagne © French Moments

Symboliquement, la porte Stanislas marquait l’entrée ouest de la Ville sur la route en provenance de Toul. Elle annonçait la place royale (aujourd’hui place Stanislas). Mais pour les commerçants, elle marquait surtout l’octroi. Vous savez, la taxe sur les marchandises à l’entrée de la ville ! Un bel avant-goût avant d’entrer dans la ville aux portes d’or !

Un arc qui a connu trois noms

A son inauguration, la porte avait pour nom « Saint-Stanislas ». Sous la Révolution française, on la rebaptisa « Porte de la Montagne ». Pourquoi ? Parce qu’elle avait été effectivement édifiée au sommet d’une côte – ce que l’on peut toujours remarquer aujourd’hui (la rue Stanislas est en pente descendante jusqu’à la place Stanislas). Avant l’époque de Stanislas, le terrain accusait une pente bien plus marquée qui fut aplanie plus tard. En observant attentivement l’une des faces de son attique, vous trouverez une inscription attestant de ce nom donné par les Révolutionnaires.

Après la Révolution, la porte a pris le nom du dernier duc de Lorraine : Stanislas.

Les décorations de la porte Stanislas

Côté campagne

L’iconographie est résolument guerrière. Les deux bas reliefs sculptés représentent Mars portant un bouclier, avec à ses côtés un chien et Hercule tenant une massue. On y voit également des trophées d’armes et des bustes guerriers.

Côté ville

Deux bas-reliefs représentent Minerve assise, tenant une lance et un bouclier, et Apollon jouant de la lyre. Sur l’entablement figuraient les armoiries de Stanislas qui ont été effacées sous la révolution. Au dessus, quatre sculptures « en ronde bosse » symbolisent les arts libéraux : la musique, l’architecture, la peinture et la sculpture. Les deux bas-reliefs sculptés sont liés au même thème iconographique : les arts et les sciences.

La porte Stanislas a été restaurée en 2009-2010 (mais les mauvaises langues vont diront que les affreux bâtiments qui l’étranglent sur ses deux côtés latéraux sont malheureusement toujours debout).


La porte Sainte-Catherine

Elle affiche une blancheur surprenante depuis que sa façade a été ravalée en 2008. Elle marque l’entrée du centre-ville, sur la route en provenance de Château-Salins.

Un hommage à l’épouse défunte du roi Stanislas

Voici un monument que Stanislas a dédié à la sainte portant le nom de son épouse : Catherine Opalinska. Vous ne la connaissez pas ? Et pourtant, elle fut la belle-mère du roi de France.

Catherine Opalińska

Catherine Opalińska

Le 5 septembre 1725, Louis XV épousa sa fille Marie Leszczyńska. Le marié avait 15 ans. La mariée en avait 22.

Née à Poznan en Pologne en 1680, Catherine mourut au château de Lunéville en 1747, bien avant la construction de la place Stanislas qu’elle n’aura donc jamais vue. Elle repose aujourd’hui en l’église Notre-Dame de Bonsecours à Nancy. Tout ça valait bien un petit arc de triomphe en son honneur !

Les décorations de la porte Sainte-Catherine

Côté ville
Porte Sainte Catherine Cote Ville © M.Strīķis - licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons

Porte Sainte Catherine Cote Ville © M.Strīķis – licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons

Les bas-reliefs symbolisent le Commerce (Mercure avec son caducée, assis sur un ballot de marchandises) et l’Industrie (une femme qui tient d’une main une pyramide et, de l’autre, une couronne de laurier). L’entablement comprend au-dessus des baies latérales deux groupes de femmes symbolisant les Lettres, les Sciences et l’Agriculture.

Côté campagne
La Porte Sainte-Catherine Côté Campagne © French Moments

La Porte Sainte-Catherine Côté Campagne © French Moments

Observez l’entablement juste au-dessus des baies latérales. Vous y apercevrez de petits vaisseaux battus par les flots. Il s’agit de la barque des Opalinska, armoiries de Catherine, épouse de Stanislas. Les bateaux sont surmontés d’un trophée d’armes.

Pour la petite anecdote, la porte se trouvait à l’origine beaucoup plus proche de la place Stanislas, au niveau de la rue Godron. Lors de la construction de la caserne Sainte-Catherine en 1764-1769, on repoussa les limites de la ville. Stanislas souhaitait inclure ce nouveau complexe à l’intérieur de la ville. Ce fut d’ailleurs sa dernière construction entreprise à Nancy avant sa mort en 1766. En 1768, la porte Sainte-Catherine fut déplacée de 300 mètres pour se dresser au niveau du nouveau mur d’enceinte.

Enfin, juste derrière la Porte Sainte-Catherine (à gauche, vu du côté campagne) se trouve un street art géant, réplique de la statue de Stanislas sur la place éponyme.

Le Street-Art de Stanislas en face de la porte Sainte-Catherine © French Moments

Le Street-Art de Stanislas en face de la porte Sainte-Catherine © French Moments


La porte Désilles

Des portes de Nancy, la porte Désilles est la plus récente. Elle passe pour le plus ancien monument aux morts de France. L’édifice a fait l’objet d’une récente rénovation qui s’est terminée à temps pour la commémoration du centenaire de l’Armistice 1918, le 11 novembre 2018.

De toutes les portes de Nancy – et après la Porte Héré -, il s’agit de la plus ouvragée.

La porte Désilles à Nancy (côté Ville) © French Moments

La porte Désilles à Nancy (côté Ville) © French Moments

Le Cours Léopold

En venant de Metz, la porte Désilles s’ouvre sur un espace vert planté d’arbres que je surnomme « les Petits Champs-Elysées ». C’est le Cours Léopold qui fut ouvert sur le tracé des anciens remparts de la Ville-Vieille… ou plus précisément de leurs fossés. En 1852, cet axe long de 630 mètres a été rebaptisé en l’honneur du duc de Lorraine, Léopold 1er (Innsbruck, 1679 – Lunéville, 1729).

Le Cours Léopold au moment de la foire de printemps © French Moments

Le Cours Léopold au moment de la foire de printemps © French Moments

Le cours est ponctué de monuments : 

  • la statue du général du Premier Empire, Antoine Drouot (1774-1847),
  • l’obélisque de 20 m de haut dédié à Sadi Carnot, président de la Troisième République assassiné en 1896.
  • le monument Désilles, précisément érigé dans le prolongement du cours Léopold, sur la place du Luxembourg.

Oui, tout comme à Paris… mais en plus petit !

Mais revenons à présent au monument sur lequel aboutit la belle perspective de l’esplanade : la porte Désilles.

L’histoire de la porte Désilles

C’est le comte de Stainville qui souhaita l’édification d’un mémorial dédié aux Nancéiens morts pour l’Indépendance américaine, lors de la fameuse bataille de Yorktown (automne 1781). 

Le comte commanda à l’architecte natif de Vandœuvre, Didier-Joseph-François Mélin la construction de la porte actuelle. La construction dura deux ans, de 1782 à 1784. A son inauguration, elle prit naturellement le nom de son commanditaire : la porte Stainville.

Les noms des huit soldats nancéiens morts pour l’Indépendance des Etats-Unis ont été gravés dans la pierre du monument. C’est la raison pour laquelle on estime qu’il s’agit du plus ancien monument aux morts de France.

La plaque commémorative du Monument Désilles © French Moments

La plaque commémorative du Monument Désilles © French Moments

Mais l’histoire est pleine de rebondissements. Six ans plus tard, la porte allait être témoin des soubresauts de la Révolution française. Un événement tragique qui fera date dans l’Histoire de France : l’Affaire de Nancy.

Le « Héros de Nancy »

Le 31 août 1790, un jeune officier de Saint-Malo, André Désilles, tenta de s’interposer entre la garnison révoltée de Nancy (ils réclamaient leurs soldes depuis trop longtemps !) et des troupes loyales venues de Metz. Il y fut gravement blessé et mourut le 17 octobre de septicémie (ses plaies s’étant infectées).

Ce tableau de grand format peint par Jean-Jacques Le Barbier en 1794 est aujourd’hui exposé au musée de la Révolution française à Vizille (Isère).

Le Courage héroïque du jeune Désilles, le 31 août 1790, à l'affaire de Nancy - Peinture de Jean-Jacques Le Barbier

Le Courage héroïque du jeune Désilles, le 31 août 1790, à l’affaire de Nancy – Par Jean-Jacques Le Barbier

Une plaque du souvenir…

La plaque commémorative fixée au monument interpelle toujours le passant :

« Le 31 août 1790 les trois régiments stationnés à Nancy se mutinèrent. Lafayette envoyait contre eux les troupes du marquis de Bouillé. Le lieutenant Désilles pour éviter une effusion de sang fratricide se jetait sur la bouche d’un canon pointé par les insurgés et était mortellement blessé.

Pour le bicentenaire de cet acte d’héroïsme la ville de Nancy reconnaissante.

Depuis le 7 février 1867 cette porte édifiée en l’honneur de l’indépendance américaine porte le nom du lieutenant Désilles. »

Et voici comment aujourd’hui, tout le monde (ou presque) a oublié sa raison d’être initiale, et connait l’arc de triomphe sous le nom de porte Désilles.

Mais l’honneur américain n’est pas perdu car, vous pouvez en être sûr, il existe encore des traces dédicacées à l’Indépendance des Etats-Unis… c’est ce que nous allons voir en observant le monument de plus près.

Les dimensions de la porte Désilles

Sa hauteur est d’environ 12 mètres, soit 2,60 m de moins que l’arc de triomphe du Carrousel à Paris.

Elle présente trois ouvertures : la baie centrale fait six mètres de hauteur et les baies latérales font environ 3 mètres.

Les décorations de la porte Désilles

Côté ville

La porte est flanquée de pilastres ioniques. L’entablement supérieur est orné de bas-reliefs commémorant le traité de Versailles de 1783 signé par Louis XVI.

La porte Désilles à Nancy (côté Ville) © French Moments

Le niveau supérieur de la porte Désilles à Nancy (côté Ville) © French Moments

A gauche : la France (assise) reçoit les Etats-Unis.

La porte Désilles à Nancy (côté Ville) © French Moments

A gauche : la France (assise) reçoit les Etats-Unis, porte Désilles © French Moments

A droite : les relations franco-américaine montrant les échanges commerciaux entre les deux pays.

La porte Désilles à Nancy (côté Ville) © French Moments

A droite : les relations franco-américaine montrant les échanges commerciaux entre les deux pays, porte Désilles à Nancy © French Moments

Vous avez remarqué le petit génie indien coiffé de plumes ?

Au sommet de l’arc, l’acrotère montre un soldat (la France) et un enfant Noir (la jeune nation des Etats-Unis) tenant un médaillon. Au-dessus d’eux, la Gloire brandit une couronne de laurier. Ce médaillon aujourd’hui vide contenait l’effigie de Louis XVI. Vous pensez bien qu’à la Révolution, il ne pouvait pas faire long feu…

La porte Désilles à Nancy (côté Ville) © French Moments

L’acrotère de la porte Désilles à Nancy (côté Ville) © French Moments

Côté campagne

La porte est en bossage vermiculé et sa façade est moins ornée.

La porte Désilles à Nancy (côté Campagne) © French Moments

La porte Désilles à Nancy (côté Campagne) © French Moments

L’entablement représente la fameuse Bataille de Nancy de 1477. On y voit René II de Lorraine secourir la capitale de son duché.

Une dernière anecdote sur la porte Désilles

La porte Désilles à Nancy (côté Ville) © French Moments

La porte Désilles à Nancy (côté Ville) © French Moments

La construction d’arcs de triomphe pour commémorer des événements militaires s’était perdue en France. Elle a été ravivée par l’édification de la Porte Désilles. Ainsi, au début du 19e siècle, c’est toute une série d’arcs monumentaux qui apparut en France, et notamment à Paris :

  • l’Arc de Triomphe de l’Etoile, commencé par Napoléon 1er en 1806 et achevé sous la Seconde Restauration en 1836
  • l’arc de triomphe du Carrousel en 1808, copie à échelle réduite de l’Arc de Constantin (4e s.) à Rome.

Qui aurait cru que cette porte que je franchissais souvent dans ma jeunesse était si riche en histoire ? 


La 9e porte de Nancy

Nous voici arrivés à la fin de notre visite des neuf portes de Nancy.

Neuf ? Oui, car jadis, la Ville-Neuve de Charles III était pourvue de trois portes. Nous en avons découvert deux : la porte Saint-Nicolas et la porte Saint-Georges. A l’opposé de cette dernière se situait la 3e porte : la porte Saint-Jean.

Edifiée de 1604 à 1620, elle faisait face à l’ancien étang Saint-Jean. Elle ouvrait l’accès à la route de Toul qui conduisait également à la Commanderie Saint-Jean.

La porte se composait de deux façades reliées par une cour intérieure avec arcades.

La façade côté Campagne était monumentale.

La façade Côté Campagne de la porte Saint Jean

La façade Côté Campagne de la porte Saint Jean

Celle côté Ville ressemblait à un bâtiment Renaissance.

La façade Côté Ville de la porte Saint Jean

La façade Côté Ville de la porte Saint Jean

Une destruction dommageable

Le premier tramway hippomobile de Nancy aura eu raison de la porte Saint-Jean. Elle disparut à tout jamais du paysage nancéien en 1875, d’abord par la façade extérieure (1868-1869) puis la façade intérieure (1874). On avait promis d’en remonter les façades un peu plus loin… une promesse qui ne fut malheureusement pas tenue.

Où se trouvait la porte Saint-Jean ?

La façade côté Ville de la porte Saint-Jean se trouvait à hauteur de l’intersection de la place Maginot et de la rue Poirel, entre le bâtiment L’Est républicain (qui abrite Søstrene Grene) et les anciens Magasins réunis (aujourd’hui Printemps-FNAC). Mais ne cherchez pas de traces de la porte, il n’y en a plus !

La place maginot, Nancy

La Place Maginot au 19e s. La Porte Saint Jean (à gauche) et l’actuel Temple protestant (à droite)

Toutefois, certaines sculptures de la porte ont été sauvées de la destruction et se trouvent au Musée lorrain. Nous aurons peut-être l’occasion de les découvrir lors de la réouverture du musée après travaux (horizon 2023).

Ironie de l’histoire, le site de la porte (en tout cas pour sa façade intérieure) est un espace piétonnier sur lequel les bus ne passent plus depuis longtemps… si on avait su !


Pour en savoir plus sur les fortifications et les portes de Nancy

Mes articles sur Nancy :

Quelques sites sur les fortifications et portes de Nancy :

Les portes de Nancy : la porte de la Craffe à Nancy © French Moments

Les portes de Nancy : la porte de la Craffe à Nancy © French Moments


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Découvrez l'arc Héré à Nancy © French Moments


 

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About Author

Pierre a grandi en Alsace, en Lorraine et en Allemagne avant de s’établir en Australie. Passionné de la France et de sa culture, il a fondé French Moments, une organisation initialement basée à Sydney qui promeut notre beau pays au public anglophone. En 2014, il est revenu s’installer en Europe avec son épouse Rachel et sa petite fille Aimée. Professeur d’économie et de management en BTS, Pierre est également formateur de français en langue étrangère et guide touristique. Après avoir résidé quelques années en Ile de France et en Savoie, il promeut aujourd'hui la France depuis l'East Sussex en Angleterre.

12 commentaires

  1. Quel superbe reportage, ça permet de rêver, Nancy est un de mes prochains objectifs de voyage.
    Merci pour ce blog si vivant.

  2. HENRY Martine on

    Quel bel article ! Comme tous les autres d’ailleurs. J’aime être le dimanche pour pouvoir lire vos beaux reportages. Continuez, c’est magnifique.

  3. JOSEPH BADINO on

    Toujours aussi désireux de partager ses sorties. C’est super Pierre, continue à nous faire visiter tous ces beaux coins de France; ce soir je m’endormirai un peu plus instruit. Merci.

  4. Martine Vette on

    Bonjour Pierre heureusement qu’on a vos beaux reportages tous les dimanches, surtout en ces temps difficiles et compliqués.
    Ils nous mettent du baume au cœur.
    Oui on a aussi dû annuler un séjour en Alsace.
    Mais il n’est que reporté d’ici quelques semaines, ça devrait aller mieux avec le Covid-19.
    Très belle ville Nancy.
    A votre prochain article.
    Martine

    • Merci Martine, je suis vraiment désolé pour votre voyage en Alsace annulé. Je pense que lorsque nous serons sortis de cette crise, nous allons doublement apprécier de (re)-découvrir nos belles régions !

  5. Merci beaucoup pour la qualité de votre article.
    Je suis née à Nancy et je vis depuis 40 ans à Colmar. J’ai toujours grand plaisir à rendre visite à ma ville natale et la prochaine fois, ce sera avec un tour des portes.
    Bonne continuation à vous dans vos visites et recherches.
    Meilleures salutations d’Alsace.

    Jocelyne de Colmar et contributrice Archi Wiki

    • Un grand merci pour votre message et ravi d’apprendre que vous avez eu du plaisir à découvrir cet article ! Bonne journée à vous et prenez soin de vous ! 🙂

  6. Article très intéressant. En revanche je crois que la place Stanislas était conçue pour avoir 4 côtés et les bâtiments devaient tous avoir 2 étages or pour permettre les tirés d’artillerie en cas d’attaque, les bâtiments a coté de l’arc Héré reçurent seulement 1 étage (info a vérifier).

    • Merci pour cette remarque ! Voici ce que j’ai trouvé après quelques recherches supplémentaires !
      Pour border la place de quatre côtés de même hauteur, Stanislas se serait heurté à l’opposition du maréchal de Belle-Isle, intendant du roi de France qui gérait les affaires du duché.
      D’après François Pupil, professeur d’histoire de l’art à l’université de Nancy II dans http://www2.culture.gouv.fr/culture/actualites/celebrations2002/nancy.htm, le parti adopté fut d’abord de construire sur trois côtés seulement, comme le montrent les estampes du temps.
      Il semblerait que Stanislas ait pris l’initiative de faire détruire une partie des bastions pour pouvoir ériger les basses faces (les bâtiments à un étage de chaque côté de l’arc de triomphe).

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