Ces villages alsaciens aux noms imprononçables !

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Si vous suivez mon blog, vous aurez compris combien j’aime le charme coquet des villages alsaciens. Du Nord au Sud de la région, on compte un peu moins de 900 communes dont près de 80% sont des villages de moins de 2000 habitants. Beaucoup de ces villages alsaciens ont tout du cachet qui a fait leur popularité : maisons à colombages abondamment fleuries nichées autour d’une église… Mais pour le Français « de l’Intérieur » (comprenez celui qui vient de l’extérieur de l’Alsace), ce sera la galère pour prononcer certains patronymes de villages alsaciens. Et pour terminer l’article, vous trouverez une suggestion de jolis villages hors sentiers battus à découvrir dans la région.

Cet article au ton léger participe au RV #EnFranceAussi avec pour thème du mois : “Loufoque” proposé par Olivia du blog La Fille de l’encre. Le collectif inter-blogueur est une belle initiative lancée par Sylvie du blog Le coin des Voyageurs


C’est loufoque !

Vous hésitez à définir le mot “loufoque” ? C’était mon cas lorsque Olivia a justement proposé le thème “Loufoque” pour le RV #EnFranceAussi de janvier.

Allez, on ouvre le dictionnaire.

Et la définition est sans appel :

“Dont l’invraisemblance ou le côté grotesque, saugrenu est d’un gros comique.”

Me voilà à chercher des sites qui déconcertent par leur caractère étrange et plus ou moins ridicule.

Des endroits, des monuments ou des événements qui nous font sourire par leur apparence bizarre.

Même si, au fond, ils ne sont pas si insolites ou zinzins !

Et pour ce faire, j’ai choisi de vous emmener en Alsace

A la recherche de localités aux noms invraisemblables.

Imprononçables.

Incompréhensibles.

Insaisissables.

Réussirez-vous à prononcer certains villages alsaciens ? © French Moments

Réussirez-vous à prononcer correctement certains villages alsaciens ? © French Moments

Mais, rassurez-vous, nous allons clarifier tout ça et montrer au monde combien les noms de villages alsaciens peuvent même s’avérer poétiques 🙂

Et qui sait, cet article sera peut-être une source d’inspiration pour les lecteurs désirant découvrir la région !


Des quiproquos en veux-tu en voilà !

Plantons le décor. Nous sommes en 1990. Fraîchement arrivée dans le Sundgau (pays au Sud de l’Alsace), ma mère décide de rejoindre un club de peinture sur bois. Les gens se connaissent et, comme bon nombre de participantes sont âgées, on y parle naturellement l’alsacien… ou le français avec un fort accent local chou comme tout !

Mais dès qu’il s’agit de géographie, le Français de l’Intérieur (comprenez celui qui vient de l’extérieur de l’Alsace !) est complètement largué.

Ce fut le cas de ma mère lorsqu’ont fusé les noms de villages du pays. 

  • Ah vous habitez Heiwiller ? 
  • Non, ch’habite HeiDwiller.
  • Chez vous, c’est Emlingen ou Eglingen ? 
  • Yo ! Non, c’est Hindlingen. 

Et puis il y a les Ligsdorf et Liebsdorf.

Les Knœringue et Kœtzingue.

Les Werentzhouse et Werentzwiller.

Les Zillisheim et Zimmersheim.

On y perd son latin. Heureusement pour nous d’ailleurs, certaines localités ont gardé leur toponymie de langue romane : Ferrette, Courtavon, Valdieu-Lutran…

Werentzhouse Alsace Sundgau

Moulin à eau de Werentzhouse © French Moments

Bon, après une profonde inspiration, poursuivons.

Car nous n’avons pas fait mention d’autres loufoqueries locales : les -le-bas et les -le-haut.

Je m’explique. Certains villages portent le même nom mais on les différencie par les préfixes -nieder et -ober. Francisés, ils ont donné les suffixes -le-bas et -le-haut.

On trouve ainsi plusieurs paires gagnantes : Traubach-le-Bas et Traubach-le-Haut, Steinbrunn-le-bas et Steinbrunn-le-Haut, Ranspach-le-Bas et Ranspach-le-Haut, Soppe-le-Bas et Soppe-le-Haut…

Il y a bien un Muespach-le-Haut mais plus de ‘Bas’. Ne reste que le Muespach-tout-court, allez savoir !

Attention, s’il existe un Aspach-tout-court près d’Altkirch, mentionnons aussi les Aspach-le-Bas et Aspach-le-Haut près de Thann. Ah et j’allais oublier le lieu-dit du Pont d’Aspach entre Aspach-le-Bas et Burnhaupt-le-Haut. 

Vous avez la tête qui tourne avec tous ces noms ?

Ca passera avec un p’tit kirsch… allez, on continue !

Kientz ou kintz ?

Dans le vignoble, on ne compte plus les touristes qui se sont rendus à Kientzheim (Haut-Rhin) alors qu’ils cherchaient à atteindre Kintzheim (Bas-Rhin). Bon, ce n’est pas trop grave en soi car Kientzheim est un charmant village fortifié. Vous n’y perdrez pas votre temps en découvrant de fort belles maisons à colombages.

Mais si vous comptiez vous rendre à la Montagne des Singes ou à la Volerie des Aigles, vous êtes situés quelques 25 kilomètres trop loin…

Une histoire de maisons du moulin

Mais alors le pompon de la loufoquerie, c’est une erreur qu’a faite un Allemand dans une petite localité du Pays de Hanau. Cette histoire m’a été rapportée par une de mes connaissances habitant du village.

Mulhausen (480 habitants) est niché au creux d’un vallon paisible entre Saverne et Niederbronn-les-Bains. Son nom vient de deux mots allemands : die Mühle (le moulin) et die Hausen (les maisons). Il s’agit donc des maisons du moulin.

Mulhausen © French Moments

La campagne de Mulhausen © French Moments

Un beau jour, mon bon ami est accosté dans une rue du village par un automobiliste allemand visiblement pressé (la conversation est menée en allemand) :

  • « Monsieur, pouvez-vous me dire où se trouve la gare ? »
  • « La gare ? Mais c’est un petit village ici, il n’y en a pas ! »
  • « Si, si… je cherche la gare de Mülhausen. Je dois y chercher quelqu’un »

Tout d’un coup, mon ami comprend la méprise. Cet Allemand, venu de loin, cherchait en fait la gare de … Mulhouse ! 

Place de la Réunion, Mulhouse © French Moments

La place de la Réunion à Mulhouse © French Moments

Car en Allemagne, la seconde ville d’Alsace est toujours connue sous son nom d’origine « Mülhausen », les AUTRES maisons du moulin (Pour preuve, regardez la page wikipedia allemande dédiée à Mulhouse). Le GPS l’aura conduit à la mauvaise adresse. Ou plutôt aux seules maisons du moulin (Mulhausen) dont le village a conservé le toponyme allemand ! 

Ach so, grave erreur Monsieur l’Allemand. Car maintenant, vous devez parcourir 155 km pour rejoindre LA seule et unique gare de Mulhouse… (J’imagine que cet homme ne peut plus voir les moulins à eau en peinture…)


Ces charmants villages alsaciens

Pour le “Français de l’Intérieur” en visite en Alsace, certains villages possèdent des noms qui peuvent laisser pantois.

Qu’ils soient loufoques, déconcertants voire insaisissables, ces noms ont pourtant une signification claire comme de l’eau de roche. A condition de connaître un peu d’allemand. Et d’avoir effectué quelques recherches étymologiques…

Tenez, prenons par exemple Altkirch, la capitale du Sundgau au sud de l’Alsace. Il s’agit de la “vieille église” en allemand.

Et pour la petite histoire, Altkirch a perdu sa vieille église au milieu du 19e siècle pour laisser place à l’actuelle place de la République.

Altkirch Sundgau Alsace

La ville d’Altkirch © French Moments

La 6e commune la plus peuplée d’Alsace fut fondée au bord de l’Ill. Il s’agit de Illkirch-Graffenstaden, l’église de l’Ill.

Et que dire de Storckensohn dans la Vallée de la Thur ? Traduction : le fils de la cigogne !

Ou encore de Hirtzbach, le ruisseau du cerf ?

Du coup, bon nombre de ces noms ont du sens et deviennent même poétiques !

Mais la palme du loufoque revient à Brunstatt, dans la banlieue de Mulhouse. L’ancienne commune (elle a fusionné avec Didenheim en 2016) doit son nom à Burnen, une source limpide située à 1000 mètres du centre. Au fil des siècles,  le nom a subit une déformation… Et comme “brunssen“, en dialecte mulhousien, signifie uriner… Brunstatt a hérité d’un sobriquet pas très valorisant. Elle est ainsi devenue la ville du pipi, c’est-à-dire Pipisseville ! (je vous assure que cette anecdote m’a été contée par une habitante âgée de Brunstatt ! )


Le défi de prononciation des villages alsaciens

Prêts à relever le défi ?

Si vous n’êtes pas alsacien ou n’avez jamais séjourné dans la région auparavant, je vous mets au défi de prononcer (et de mémoriser !) les noms de certains villages alsaciens.

Allez, voici quelques exemples sélectionnés avec soin 🙂

  • Le trio Niederschaeffolsheim, Mittelschaeffolsheim et Oberschaeffolsheim sont des villages qui ne sont pas voisins mais qui se trouvent autour de Strasbourg. Les trois villages alsaciens partagent le mot « Schaeffolsheim ». Il signifie « le village du loup au javelot ». Du coup, Niederschaeffolsheim est le village du loup au javelot du bas, Mittelschaeffolsheim, le village du loup au javelot du milieu et Oberschaeffolsheim, le village du loup au javelot du haut. Si c’est pas du loufoque tout ça !
  • En ce qui concerne les deux villages de Niederschaeffolsheim et Mittelschaeffolsheim, ils pourraient apparaître au livre des records. Ces villages bas-rhinois alignent 20 caractères. Il s’agit des toponymes les plus longs de France (si on ne compte pas les noms avec trait d’union).
  • Gumbrechtshoffen, dans le Bas-Rhin, est un de mes favoris ! Et dire que jusqu’en 1945, il existait deux communes distinctes au patronyme encore plus long : Gumbrechtshoffen-Oberbronn et Gumbrechtshoffen-Niederbronn ! Et les habitants ? Ils se nomment tout simplement les Gumbrechtshoffenois et les Gumbrechtshoffenoises. Grumpf alors !
  • Pfaffenhoffen était jusqu’à la création de Val-de-Moder le 1er janvier 2016 la commune française dont le nom comportait le plus grand nombre de « f ». Essayez aussi de prononcer Pfastatt dans la banlieue de Mulhouse !
  • Krautergersheim, près de Strasbourg, est le “village de la choucroute” (kraut en allemand). Ses habitants sont appelés les Chouvillois et Chouvilloises… C’est tout mignon tout ça 🙂
  • Toujours près de Strasbourg, voici Breuschwickersheim et ses 1259 Breuschwickersheimois et Breuschwickersheimoises.
  • Dans la banlieue strasbourgeoise, voici Illkirch-Graffenstaden, la 6e commune la plus peuplée d’Alsace. Fondée par les Francs au bord de la rivière Ill, on raccourcit volontiers son nom à Illkirch (l’église de l’Ill).
  • On l’a déjà mentionné, dans le Sundgau au sud de l’Alsace, nombre de villages voisins possèdent le même nom. La seule façon de les différencier est d’ajouter un suffixe -le-bas ou -le-haut. Voyez plutôt : Burnhaupt-le-Bas et Burnhaupt-le-Haut. Mais aussi : Magstatt-le-Bas et Magstatt-le-Haut, Spechbach-le-Bas et Spechbach-le-Haut, Soppe-le-Bas et Soppe-le-Haut. Obermorschwiller possède sa contrepartie dans le village francisé de Morschwiller-le-Bas (en alsacien : Niedermorschwiller).
Spechbach Sundgau Alsace

Les villages de Spechbach dans le Sundgau © French Moments

  • Et le pompon revient certainement à Scharrachbergheim-Irmstett près de Molsheim (Bas-Rhin). En 1288, le village s’appelait « Berchheim »… c’était si simple !
  • Oberehnheim, vous connaissez ? Il s’agit en fait de l’ancienne toponymie de la ville d’Obernai. Utilisé par les Allemands jusqu’à la Libération, le nom a depuis subit une modification orthographique. Et franchement, c’est quand même plus facile à écrire et à prononcer 🙂


La francisation et la germanisation des localités alsaciennes

L’exemple d’Obernai cité ci-dessus m’amène à vous parler des équivalences françaises-allemandes des noms des localités alsaciennes.

Vous l’aurez compris, la vaste majorité des communes alsaciennes a gardé sa toponymie germanophone. Toutefois, après le retour de l’Alsace à la France en 1918, certaines localités ont été francisées ou leur orthographe a été modifiée afin de s’adapter à la prononciation française.

Par exemple, Haguenau s’écrivait Hagenau en allemand, le « g » allemand se prononçant « gu ».

Voici une petite sélection d’équivalence :

  • Aubure (aujourd’hui) = Altwihr (avant)
  • Bouxwiller = Buchsweiler
  • Cernay = Sennheim
  • Chalampé = Eichwald
  • Châtenois = Kestenholz
  • Colmar = Kolmar
  • Cronenbourg = Kronenburg
  • Dambach-la-Ville = Dammbach
  • Dannemarie = Dammerkirch
  • Eguisheim = Egisheim
  • Ferrette = Pfirt
  • Guebwiller = Gebweiler
  • Haguenau = Hagenau
  • La Petite-Pierre = Lützelstein
  • Lauterbourg = Lauterburg
  • Lucelle = Lützel
  • Maisonsgoutte = Meisengott
  • Marmoutier = Mauersmünster
  • Masevaux = Masmünster
  • Mulhouse = Mülhausen
  • Neuf-Brisach = Neubreisach
  • Niederbronn-les-Bains = Bad Niederbrunnen
  • Obernai = Oberehnheim
  • Rhinau = Rheinau
  • Ribeauvillé = Rappoltsweiler
  • Riquewihr = Reichenweier
  • Saint-Hippolyte = Sankt Pilt
  • Sainte-Marie-aux-Mines = Markirch
  • Saint-Louis = Sankt Ludwig
  • Saverne = Zabern
  • Sélestat = Schlettstadt
  • Souffelweyersheim = Suffelweyersheim
  • Strasbourg = Strassburg (ou Straßburg)
  • Villé = Weiler
  • Wasselonne = Wasselnheim
  • Wissembourg = Weissenburg (ou Weißenburg)

A l’inverse, les rares villages alsaciens où le français était utilisé par la majorité de la population ont été germanisés notamment pendant l’occupation allemande :

  • Bellemagny = Bronsweiler
  • Le Bonhomme = Diedolshausen
  • Magny = Menglatt
  • Montreux-Jeune = Jungmünsterol
  • Montreux-Vieux = Altmünsterol

Les villages alsaciens et leurs suffixes

A de rares exceptions (Colmar, Kembs, Largitzen), les noms des villages alsaciens sont d’origine germanique.

Ils indiquent même, pour la plupart, l’époque de leur création.

La famille des -ingen

Hirsingue Sundgau Alsace

Vue générale de Hirsingue (anciennement Hirsingen) © French Moments

Ils figurent parmi les noms les plus anciens (5e siècle). Le suffixe -ingen a été ajouté au nom d’un chef ayant fondé l’agglomération. Beaucoup de ces villages ont vu leur nom francisé en -ingue. C’est le cas de Galfingen (aujourd’hui Galfingue), Hirsingen (Hirsingue), Hüningen (Huningue).

Curieusement, certaines localités n’ont pas subit la même transformation : Felleringen dans la vallée de la Thur a donné Fellering (et non pas Felleringue).

En Moselle et au Luxembourg, les -ingen ont depuis longtemps été francisés en -ange. Voyez Hayingen (auj. Hayange), Hagendingen (Hagondange) et, au Luxembourg, la ville de Düdelingen (Dudelange).

La famille des -ach et -ig

Rouffach Haut-Rhin Alsace © French Moments

Vue générale de Rouffach © French Moments

D’origine gallo-romaine (entre les 2e et 4e siècles), le suffixe -acum a abouti en Alsace et dans les régions voisines à -ach, -ich ou -ig. Pendant ce temps, de nombreuses localités dans le Sud-Ouest de la France se terminaient en -ac (Bergerac, Beynac, Cognac, La Roque-Gageac, Souillac…)

Exemples : Altenach, Dornach, Durmenach, Kœstlach, Mœrnach, Rouffach. Dans le Pays de Bade (Allemagne), on notera aussi la ville de Breisach (Brisach).

Ajoutons Mutzig dans le Bas-Rhin.

La famille des -heim

Rue du rempart à Eguisheim © French Moments

Le village pittoresque de Eguisheim © French Moments

En allemand, Heim veut dire la maison, le foyer. Il est l’équivalent du ‘home‘ anglais, lui-même dérivé du vieil-anglais hām. Le suffixe remonte à l’établissement d’un village à l’époque du grand défrichement des forêts par les peuples germaniques au Ve siècle. 

Par ailleurs, 24% des communes alsaciennes partagent la terminaison en -heim. Elles se concentrent surtout dans la plaine du Rhin : BergheimEguisheim, Ensisheim, Molsheim, Rosheim, Schiltigheim. De plus, le suffixe se retrouve abondamment en aval du Rhin en Allemagne : Gemersheim, Hockenheim, Mannheim,  Pforzheim, Weinheim…

La famille des -hof et -hoffen

Ce suffixe signifie “cour” ou “ferme“. Il désignait un lieu-dit ou un village dans lequel existait une importante exploitation agricole.

Une concentration de localités en -hoffen se trouve dans le Pays de Hanau : Pfaffenhoffen, Uttenhoffen, Gumbrechtshoffen, Menchhoffen…

Dans le Sundgau, on retrouve d’ailleurs de grosses fermes isolées avec ce suffixe : Birkenhof, Schweighof, Windenhof, Willerhof…

La famille des -hause, -house

Place de la Réunion, Mulhouse © French Moments

La place de la Réunion à Mulhouse © French Moments

Pfetterhouse, Munchhouse, Werentzhouse mais surtout Mulhouse ! Les suffixes font référence à la maison voire un hameau isolé (comme house en anglais !). On se rappelle la légende de la création de Mulhouse ou Mülhausen (les maisons du moulin).

Vous vous souvenez de l’autre village nommé “Mulhausen” dans le Pays de Hanau ? Curieusement, il n’a pas été francisé. Mais il a toutefois perdu son Umlaut (le “u tréma”) !

La famille des -dorf

Ballersdorf Sundgau © French Moments

A l’approche de Ballersdorf dans le Sundgau © French Moments

Dorf, c’est le village en allemand. Du coup, on retrouve beaucoup de villages datant de l’époque franque : Durlingsdorf, Ballersdorf, Betschdorf, Dauendorf, Schalkendorf…

La famille des -weiler et -willer

Eschentzwiller © French Moments

Le village fleuri de Eschentzwiller © French Moments

Aux 6e et 7e siècles, la population pénétra dans de grandes étendues couvertes de forêts. De cette époque datent les villages en -weiler, dont plusieurs seront plus tard francisés en -willer.

On note de nombreux exemples en Alsace : Bouxwiller, Mertzwiller, Neuwiller-lès-Saverne, Stundwiller dans le Bas-Rhin. Bouxwiller, Eschentzwiller, Guebwiller, Obermorschwiller, Rantzwiller, Retzwiller, Rantzwiller, Willer dans le Haut-Rhin.

La famille des -wihr

Riquewihr © French Moments

Riquewihr vu du ciel © French Moments

En réalité, elle appartient à celle des -weiler et -willer. C’est une déformation qui a affecté plusieurs localités dans le Haut-Rhin, surtout dans le vignoble : Ammerschwihr, Gueberschwihr, HunawihrNiedermorschwihrRiquewihr

Certains -weiler ont même été francisés en -villé. C’est le cas du village de Villé (anciennement Weiler) et de Ribeauvillé (anciennement Rappoltsweiler).

La famille des -bourg

Wissembourg © French Moments

Le quartier romantique du Schlupf à Wissembourg © French Moments

Ce suffixe désigne primitivement un château fortifié à vocation militaire. Avant sa francisation, il apparaissait sous le terme de -burg. L’exemple le plus illustre est Strasbourg. Mais on trouve également : Cleebourg, Flexbourg, Lauterbourg, Wissembourg. Sans oublier le plus célèbre des châteaux alsaciens : le Haut-Kœnigsbourg !

La famille des -statt et -stadt

découvrir Sélestat © French Moments

Le quartier des Tanneurs à Sélestat © French Moments

Si vous avez fait un peu d’allemand, celui-ci est facile ! -statt ou -stadt renvoient à la ville. Ainsi, Hochstatt (Haut-Rhin) signifie la ville [située] en hauteur. D’autres exemples : Brunstatt (notre fameuse Pipisseville !) et Schlettstadt (aujourd’hui Sélestat).

La famille des -kirch

Dannemarie © French Moments

L’entrée de Dannemarie, anciennement Dammerkirch (Haut-Rhin) © French Moments

Kirch pour église ! A ne pas confondre avec Kirsch qui désigne la cerise !! On rencontre plusieurs localités du Sud au Nord de l’Alsace avec -kirch pour suffixe : Altkirch, Dammerkirch (auj. Dannemarie), Feldkirch, Illkirch, Markirch (auj. Sainte-Marie-aux-Mines), Thannenkirch.

La famille des -au

Châteaux-forts d'Alsace Andlau

Andlau et le Spesbourg en arrière-plan © French Moments

Au signifie un pré ou une prairie humide. Une vingtaine de localités (villes, villages ou quartiers) se terminent en -au aux environs de Strasbourg : Andlau, Haguenau, La Krutenau, La Meinau, Rhinau. On retrouve aussi dans la vallée de la Thur (Haut-Rhin) le village de Mollau (signifiant le moulin de la prairie).

La famille des -bach

Sundgau Feldbach Alsace © French Moments

L’église romane de Feldbach © French Moments

Bach, c’est le ruisseau. Un village bâti près d’un ruisseau… Pas plus simple que ça ! On retrouve des terminaisons en -bach dans une centaine de villages : Aspach, Feldbach, Hirtzbach, Lutterbach, Trimbach, Wahlbach…

La famille des -brunn et -bronn

Steinbrunn-le-Haut, Sundgau © French Moments

L’église de Steinbrunn-le-Haut © French Moments

Brunn, c’est la source et/ou la fontaine. Exemples : Heimsbrunn, Oberbronn, Steinbrunn. Bad Niederbrunnen (sources au pluriel) est devenu Niederbronn-les-Bains.

Les autres familles

Kaysersberg © French Moments

Kaysersberg, la “Montagne de l’Empereur” © French Moments

On trouve également d’autres terminaisons :

  • -berg (montagne) : Bassemberg, Heilingenberg, Kaysersberg, Kirchberg, Sternenberg, Zellenberg
  • -tal ou -thal (vallée) : Dieffenthal, Hagenthal, Katzenthal, Klingenthal, Ottersthal, Schleithal
  • -stein (rocher) : Dachstein, Erstein, Lupstein, Lützelstein (auj. La Petite-Pierre), Wilderstein
  • -wald (forêt) : Eichwald (auj. Chalampé), Le Hohwald, Ostwald
  • -matt (pré souvent en fond de vallon) : Hattmatt, Rammersmatt, Soultzmatt, Urmatt
  • -feld (champ) : Benfeld, Kertzfeld, Reichsfeld, Rossfeld

Quelques beaux villages alsaciens à découvrir dans la région

Je ne pouvais pas terminer cet article sans vous faire découvrir quelques beaux villages alsaciens !

J’ai décidé de vous dévoiler quelques localités qui se trouvent en-dehors des sentiers battus…

Hirtzbach (Haut-Rhin)

Hirtzbach Sundgau Alsace

Le village d’Hirtzbach © French Moments

[Le ruisseau du cerf]

Ce village du Sundgau est célèbre pour son fleurissement. De belles maisons à colombages bordent  le ruisseau de l’Hirtzbach. Pour en savoir plus, lisez mon article de blog.

Hirtzbach sur google maps.

Landser (Haut-Rhin)

Bourg de Landser Sundgau Alsace

Vue du bourg de Landser depuis les champs environnants © French Moments

[Castrum Landisera, mentionné en 1246]

Une commune située dans le Sundgau, entre Mulhouse et Bâle. Pour en savoir plus, lisez mon article de blog.

Landser sur google maps.

Gueberschwihr (Haut-Rhin)

Gueberschwihr Haut-Rhin Alsace

Une vieille rue de Gueberschwihr © French Moments

[Le village du pignon]

Un de mes villages préférés sur la Route des Vins entre Colmar et Thann.

Gueberschwihr sur google maps.

Zellenberg (Haut-Rhin)

Zellenberg © French Moments

Le village perché émergeant au-dessus des vignes © French Moments

[“La montagne de la cellule” (d’un ermite de l’abbaye de Luxeuil au 10e siècle)]

Un petit village viticole édifié sur une colline sous-vosgienne. Pour en savoir plus, lisez mon article de blog.

Zellenberg sur google maps.

Beblenheim (Haut-Rhin)

Beblenheim, Alsace © French Moments

Rue Jean Macé à Beblenheim © French Moments

[La maison de Bebonis]

Non loin de Zellenberg se trouve le village de Beblenheim. Tout aussi ravissant ! Pour en savoir plus, lisez mon article de blog.

Beblenheim sur google maps.

Wangen (Bas-Rhin)

Wangen © French Moments

Dans le village de Wangen © French Moments

[Nom de la ferme “Wanga” confiée à Adalbert, le frère de Sainte Odile, par le Chilpéric II, roi d’Austrasie. Wanga signifie un espace dégagé entouré de clôture]

J’ai découvert Wangen pour la toute première fois en 2018 lors de mon Voyage de Noël. Un joli village fortifié de la Route des Vins situé au nord de Molsheim.

Wangen sur google maps.

Hunspach (Bas-Rhin)

Hunspach © French Moments

La rue principale du village de Hunspach © French Moments

[Le ruisseau de Huno, guerrier franc]

C’est un des plus beaux villages de France. Situé tout au nord de l’Alsace, non loin de Wissembourg, Hunspach aligne ses maisons blanches à colombages le long de ses vieilles rues.

Hunspach sur google maps.

Seebach (Bas-Rhin)

Seebach, Alsace © French Moments

Rue des églises à Seebach © French Moments

[Le ruisseau du lac]

Un village aux maisons à colombages blanches parfaitement conservées. Un de mes villages préférés dans le nord de l’Alsace ! Pour en savoir plus, lisez mon article de blog.

Seebach sur google maps.


L’Alsace est belle ne trouvez-vous pas ?

Pays de Wissembourg © French Moments

Près de Wissembourg ce 1er décembre © French Moments


Pour en savoir plus sur la toponymie des villages alsaciens !

Pour aller plus loin, je vous conseille les sites et blogs suivants :

Merci pour avoir lu cet article sur les villages alsaciens et si vous avez des recommandations de beaux villages alsaciens à visiter, laissez un commentaire ci-dessous !


Découvrez les articles de ma participation à l’événement interblogueurs #EnFranceAussi. Cliquez sur le lien ici pour les lire !

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Découvrez les noms imprononçables de certains villages alsaciens © French Moments


 

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About Author

Pierre a grandi en Alsace, Lorraine et Allemagne avant de s’établir en Australie. Passionné de la France et de sa culture, il a fondé French Moments, une organisation initialement basée à Sydney qui promeut notre beau pays au public anglophone. En 2014, il est revenu s’installer en Île de France avec son épouse Rachel et sa petite fille Aimée. Professeur d’économie et de management en BTS, Pierre est également formateur de français en langue étrangère et guide touristique à Paris.

29 commentaires

  1. Ne connaissant pas l’Allemand, j’aurais beaucoup de mal à prononcer tous ces noms germaniques. Ma mari étant à la retraite cette année, on a prévu de revoir toute cette belle région d’Alsace. Certains noms que tu cites me rappellent de bons souvenirs, comme Eguisheim, village très pittoresque. Merci pour cet article très complet, j’en ai appris beaucoup sur cette belle région. Bonne journée !

    • Merci Martine, ravi que cet article te rappelle de bons souvenirs ! N’hésite pas à me contacter si tu as des questions de visite 🙂

  2. Pingback: La rue du Jeu-des-Enfants, la rue la plus loufoque de Strasbourg !

    • Oui je sais, il est à plaindre… mais la confusion a parfois conduit les gens à se rendre à Toulouse au lieu de Mulhouse !!! Hahaha 🙂

  3. Si c’est déjà difficile pour les français de l’extérieur, imagine pour les québécois comme moi! Délicieux cet article et tellement original!

    • Oui il faut beaucoup d’années de pratique pour en venir en bout !!! En Savoie, c’est un peu plus simple n’est-ce-pas ? (mais j’ai appris qu’il y a des pièges avec les -az et les -ix 😉 )

  4. Ah mais tu as tout donné pour ce thème. C’est tout simplement fabuleux. Instructif, drôle et toujours aussi beau.
    J’ai joué le jeu et tenté de prononcer certains noms, je dois t’avouer que ma prestation fut lamentable. Mon fils lycéen étudie et adore l’allemand je vais lui demander son aide.

    • Hahaha!!! Bravo Sabrina pour avoir essayé – c’est effectivement la grosse galère pour les non-initiés (c’est-à-dire les Françaises “de l’intérieur” qui résident à l’extérieur de l’Alsace!!!). A très bientôt pour d’autres loufoqueries 🙂

  5. Oui l’Alsace est vraiment magnifique mais pour ce qui est de tous ces noms, c’est à en perdre son latin ! Que dis-je ? A en perdre son alsacien ! J’ai beaucoup aimé l’anecdote de l’allemand cherchant la gare : oups ! Nous ça nous fait beaucoup rire certes, mais lui tout de même, le pauvre… Merci Pierre pour ce partage riche en cocasseries et loufoqueries, et très belle et heureuse année à toi et les tiens.

    • Merci Sylvie pour ton gentil message et tes vœux pour la nouvelle année. Je te souhaite également une très belle année 2019, riche en découvertes ! A très bientôt, Pierre
      ps : pour Monsieur l’Allemand, mieux valait avoir confondu Mulhausen et Mulhouse plutôt que Mulhouse et… Toulouse ! 😂

  6. Très intéressant cet article (et instructif), notamment concernant les origines familiales des noms de villages, les significations des préfixes et suffixes… mais définitivement imprononçables pour moi !! 😂

  7. Très bel article, qui m’a bien amusé. j’ai essayé de prononcer certains noms, sans trop de peine je l’avoue (j’ai grandi à… Westhalten), et en savourant l’aspect historique. On pourrait ajouter une subtilité supplémentaire: certaines lettres ou combinaisons de lettres ne se prononcent en théorie pas à la “française” mais à l’allemande. C’est par exemple le cas du ‘ch’ teminal dans Rouffach, qui ne se prononce pas comme ‘ch’ dans chien ou comme ‘k’ en Italien, mais comme un ‘r’ guttural (même si à présent presque tout le monde le prononce ‘k).
    Et si vous rencontrez des sourires moqueurs, dites vous qu’il y a trente, ans les gens qui demandaient le chemin de la place De Broglie à Strasbourg en prononçant le nom comme il se doit (à l’italienne) rencontraient de grands yeux ronds… jus’qu’à l’illumination ” Ah oui ! la place de Brog-lie!”

    • Merci beaucoup Michel ! Oui, vous avez tout à fait raison de préciser le cas des -ch. J’ai effectivement entendu des Français “de l’Intérieur” prononcer aspache pour “Aspach”. Très amusant en effet 😉 … ici en Savoie, nous avons un ‘problème’ similaire avec les -az comme La Clusaz où l’on ne prononce pas le z ! Encore merci pour le commentaire et à bientôt 🙂

  8. waouh!! mais j’en ai appris des choses avec ton article!!
    j’admire ton esprit pédagogue!
    Je me souviens d’un gros fou rire en Lorraine, nous allions à la Schlucht pas très loin de Gérardmer et nous avons du demandé notre chemin à un moment. Et là, impossible de garder mon sérieux, fou rire incontrôlable pour demander le renseignement. La pauvre dame à qui je m’adressait a du se dire que j’étais folle ou que je me moquais d’elle !!

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