Pourquoi la Tour Eiffel vient de l’Est ?

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La Tour Eiffel est sans conteste le monument de Paris le plus universellement connu. À son inauguration en 1889, la tour était, avec ses 300 mètres, le plus haut édifice du monde. On pense tout savoir de la dame de fer, si typiquement parisienne. Mais l’est-elle vraiment ? Contre toute attente, elle a aussi des accents d’Alsace et de Lorraine. Accrochez-vous, je vous explique pourquoi la Tour Eiffel vient de l’Est !


Au commencement, l’idée d’un ingénieur alsacien

Maurice Koechlin

Maurice Koechlin (1856-1946)

Contrairement à ce que l’on pense, la Tour Eiffel ne fut pas imaginée par Gustave Eiffel, mais par Maurice Koechlin, chef du bureau des études aux Ateliers Eiffel.

Né le 8 mars 1856 à Buhl près de Guebwiller, cet ingénieur fut le concepteur de la structure de la Tour Eiffel. Petit-neveu du maire de Mulhouse, André Koechlin, Maurice a étudié au lycée de Mulhouse puis à Zurich en Suisse avant d’intégrer la compagnie des chemins de fer de l’Est. Il rejoignit l’entreprise de constructions métalliques de Gustave Eiffel en 1879. Il participa également à la construction de l’ossature de la Statue de la Liberté conçue par le colmarien Frédéric Auguste Bartholdi.

C’est bien Maurice Koechlin qui, en juin 1884, suggéra à Gustave Eiffel l’idée ambitieuse de construire une tour métallique à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889 à Paris.

Tour Eiffel Maurice Koechlin

Le projet de tour métallique de Maurice Koechlin

Émile Nouguier (1840-1897), chef du bureau des méthodes, le seconda dans la conception du projet. Le brevet d’invention fut déposé en septembre 1884 et, par la suite, racheté par les Ateliers Eiffel.


Gustave Eiffel, un dijonnais aux ancêtres allemands

Gustave Eiffel

Gustave Eiffel (1832-1923)

Gustave Eiffel, celui qui a donné son nom à la tour la plus célèbre du monde, est né dans le quart nord-est de la France. Si, si ! à Dijon en Bourgogne. Quant à ces ancêtres, ils venaient de contrées encore plus à l’Est : Marmagen dans l’Eifel (sud de Cologne). L’ancêtre d’Eiffel, Leo Heinrich Bönickhausen, était instituteur entre 1680 et 1695 à Marmagen. Ce fut au début du 18e siècle que la famille Bönickhausen s’installa à Paris. On ajouta le deuxième nom « Eiffel », issu de leur contrée allemande d’origine car les Français avaient du mal à prononcer le premier.

Le 15 décembre 1880, Gustave fut autorisé par décision de justice à retirer définitivement Bönickhausen de son patronyme. Pour quelles raisons ? Eh bien, parce que porter un patronyme à « consonance allemande inspire [des]doutes sur [sa]nationalité française, et ce simple doute est de nature à [lui]causer soit individuellement, soit commercialement, le plus grand préjudice ».

En 1871, la France vaincue lors de la guerre contre la Prusse et perdait l’Alsace et le département de la Moselle qui devinrent territoires allemands. Il n’était pas de bon ton de faire des affaires sous un patronyme allemand… et puis, imaginez à ce que nous avons échappé – la dame de fer aurait pu s’appeler la Tour Bönickhausen ! achh!


La Tour Eiffel, c’est fort en fer puddlé !

Tour Eiffel Paris

Les rivets de la tour © French Moments

Pour construire sa tour, Gustave Eiffel avait besoin d’un matériau de bonne qualité et résistant. Ni la fonte, ni l’acier ne répondaient aux critères de qualité. Son choix s’est porté sur le fer puddlé. Malgré son coût élevé à l’époque, Gustave Eiffel lui trouvait bon nombre d’avantages :

« C’est en premier lieu pour sa résistance. Au point de vue des charges que l’ont peut faire supporter avec sécurité à l’un ou l’autre de ces matériaux, on sait que, à surface égale, le fer est dix fois plus résistant que le bois et vingt fois plus résistant que la pierre ». Plutôt une bonne chose quand on sait que le poids de la tour est de 9 700 tonnes !

Pour l’ingénieur, le fer puddlé avait l’avantage d’être résistant et souple à la fois : « C’est dans les grandes constructions surtout que la résistance du métal le rend supérieur aux autres matériaux. La légèreté relative des constructions métalliques permet en même temps de diminuer l’importance des supports et des fondations. »

Et pour justifier l’utilisation du fer puddlé, il cite le succès de la Tour Eiffel : « Pour ne citer qu’un exemple, celui de la Tour de l’exposition, j’ai étonné plus d’une personne qui s’inquiétait de la charge sur le sol des fondations, en disant qu’il ne serait pas plus chargé que celui d’une maison de Paris ».

Il était bien brave ce Gustave car, à l’époque, personne n’avait pu utiliser le fer puddlé dans les constructions, et encore moins dans un projet de si grande ampleur. D’ailleurs, que ce soit le fer, l’acier ou tout autre métal, l’industrie métallurgique en était encore à ses débuts.


Qu’est-ce que le fer puddlé ?

Pour en savoir plus sur le fer puddlé et les origines de la Tour Eiffel, voici quelques blogs intéressants à découvrir :


Le fer puddlé qui vient de Lorraine

Gustave Eiffel avait besoin de fer, mais pas n’importe lequel. Il prit contact avec un certain M. Prégre, le représentant parisien des forges Fould-Dupont de Pompey près de Nancy en Lorraine.

D’ailleurs, cette usine avait une histoire particulièrement intéressante. À l’origine, le directeur de l’usine, Auguste Dupont possédait une usine à Ars-sur-Moselle à proximité de Metz. Lorsque les Allemands annexèrent le département de la Moselle, il ne souhaita pas travailler pour l’occupant. En 1872, il s’associa à Alphonse Fould et déménagea ses forges à une trentaine de kilomètres au sud, côté français. Il s’agissait d’un site naturel au bord de la Moselle dans une petite commune viticole : Pompey.

Dans les années qui suivirent, des hauts-fourneaux au coke furent montés. Puis, cerise sur le gâteau, des accords financiers avec les Ateliers Eiffel furent signés. Tous les fers utilisés par Gustave Eiffel devaient provenir des forges de Pompey. Avant la construction de la Tour Eiffel, un appel d’offres fut lancé et devinez qui fut l’heureux gagnant ? Fould-Dupont de Pompey ! Et le contrat, signé en 1887, était le coup du siècle. Jugez plutôt : commande de 8.546.816 kg de fer puddlé, pour 15.000 poutres et poutrelles, et 2,5 millions de rivets.

L’usine sidérurgique de Pompey a disparu en 1986 à la suite de l’arrêt du dernier haut fourneau. Je me souviens encore de l’incroyable spectacle qui se déroulait sous mes yeux depuis l’autoroute A31 entre Metz et Nancy.

Pompey Dupont-Fould

Les aciéries de Pompey au début des années 1980

Les hauts-fourneaux, les cheminées, la fumée, les odeurs… pour le petit garçon que j’étais, c’était une vision cauchemardesque et impressionnante. Ces usines gigantesques, elles me faisaient peur. Par contre, j’étais rêveur quand on me racontait que son fer avait servi pour construire la Tour Eiffel, mon monument préféré. Voir Paris et sa tour, c’était un rêve d’enfant que j’ai réalisé en 1997, mais ça c’est une autre histoire…


Du minerai de fer qui vient d’Algérie

Car la petite histoire de la Tour Eiffel, elle, ne s’arrête pas en Lorraine. Pour honorer la commande des Ateliers Eiffel, Fould-Dupont durent employer un fer d’une certaine qualité. Et c’est en Algérie qu’on le trouva. Ce fer à l’état brut fut extrait des mines du Zaccar et de Rouïna, deux sites distincts. Ces mines se situaient près de Miliana, une ville de la région montagneuse du Dahra au nord de l’Algérie et proche de la mer (utile pour un transport du minerai par bateau). Longtemps, j’ai cru qu’il s’agissait là d’une légende urbaine… jusqu’à ce que je sois récemment convaincu de la véracité des faits !

Miliana Algérie

Le site de Miliana en Algérie © Waran18 – licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons


La construction de la Tour Eiffel

On l’a vu, Gustave Eiffel assembla sa tour à l’occasion de l’exposition universelle de 1889. Cet événement, organisé à Paris, coïncidait avec le centenaire de la Révolution française.

Récapitulons. Le fer était extrait de mines situées en Algérie. Puis il était acheminé par bateau en France métropolitaine avant d’arriver dans les hauts fourneaux lorrains de Pompey. Devenu du fer puddlé, le métal était envoyé aux ateliers d’Eiffel à Levallois-Perret. Une grande partie du travail de préparation et d’assemblage était réalisé au 48 rue Gustave Eiffel (auparavant rue Fouquet). La plupart des éléments était traitée au sol, par tronçons de cinq mètres, avec des boulons provisoires. Un à un, les rivets et les tronçons métalliques étaient finalement acheminés sur le chantier du Champ-de-Mars. C’est à ce moment qu’on remplaçait les boulons provisoires par des rivets posés à chaud.

De 1887 à 1889, trois cents monteurs acrobates ont assemblé le mécano géant comprenant deux millions et demi de rivets.

Tour Eiffel

Construction de la Tour Eiffel

À son achèvement, la tour s’élevait à 300 mètres. Depuis, les antennes de télévision ont porté sa hauteur à 324 m, ce qui en fait à ce jour l’édifice le plus haut de Paris.

Gustave Eiffel n’était pas peu fier : « La France sera la seule nation dont le drapeau aura une hampe de 300 ! ».

Tour Eiffel

La Tour Eiffel achevée en 1889

Toutefois, la tour ne fit pas que des heureux. Nombre d’artistes et d’écrivains ne l’apprécièrent guère. Ceux-ci rédigèrent une protestation, dite des « 300 », parmi eux : Charles Garnier, Gounod, Dumas fils… Quant à Maupassant, il venait régulièrement y déjeuner dans ses étages car c’était le seul endroit de Paris où il ne la voyait pas !

À la Belle Époque, d’autres artistes la célébrèrent : Apollinaire, Cocteau, Pissarro, Seurat, Utrillo… Les peintres et les premiers photographes contribuèrent à populariser sa silhouette dans tous les pays.

Tour Eiffel Georges Seurat

La Tour Eiffel peinte par Georges Seurat en 1889


La Tour Eiffel, le monument de tous les records

  • Avec plus de 8 millions de visiteurs par an, il s’agit du monument payant le plus visité au monde.
  • Pendant plus de 41 ans, la Tour Eiffel est restée l’édifice le plus haut du monde.
  • La tour a accueilli plus de 200 millions de visiteurs depuis son inauguration.
  • En 1991, la Tour Eiffel fut inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco dans le cadre des quais de la Seine.
  • Elle est ouverte tous les jours de l’année.
  • Plus de 500 personnes y travaillent.

Pour visiter la Tour Eiffel et se renseigner sur les horaires d’ouverture et les tarifs, rendez-vous sur le site officiel.

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Tour Eiffel Paris

La Tour Eiffel illuminée à la tombée de la nuit © French Moments


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About Author

Pierre a grandi en Alsace, Lorraine et Allemagne avant de s’établir en Australie. Passionné de la France et de sa culture, il a fondé French Moments, une organisation initialement basée à Sydney qui promeut notre beau pays au public anglophone. En 2014, il est revenu s’installer en Île de France avec son épouse Rachel et sa petite fille Aimée. Professeur d’économie et de management en BTS, Pierre est également formateur de français en langue étrangère et guide touristique à Paris.

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