La surprenante église de la Gedächtniskirche à Spire

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Pendant près de 10 ans, la Gedächtniskirche à Spire a fait partie de ma vie. Chaque matin, je commençais la journée en admirant sa flèche gracieuse par la fenêtre du salon. Tous les 24 décembre à minuit, son concert de cloches annonçait Noël d’une façon solennelle. C’est bien plus tard que j’ai appris le sens historique de cette église commémorative. En me plongeant dans les recherches, j’ai compris pourquoi ce temple protestant me rappelait tant les églises gothiques de France. Car la Gedächtniskirche a ce côté français qui lui sied à merveille. Dans cet article, je vous invite à 60 km de la frontière franco-allemande, dans l’ancienne ville impériale de Spire. Et nous allons faire un petit détour dans l’Histoire, en commençant par le 16e siècle, au tout début du Protestantisme… qui fut appelé ainsi pour la première fois à… Spire !


La Gedächtniskirche, une cathédrale du protestantisme

Lorsqu’on vient de France par la route de Landau, l’entrée dans la ville de Spire est marquée par une église monumentale aux belles proportions : la Gedächtniskirche.

La Gedächtniskirche vue de la Landauerstrasse à Spire - par Immanuel Giel [Public Domain]

La Gedächtniskirche vue de la Landauerstrasse à Spire – par Immanuel Giel [Public Domain]

C’est un bijou d’art gothique. Ou devrais-je plutôt dire d’art néo-gothique.

Car, malgré les apparences, l’église ne date pas du moyen-âge. Elle fut construite en 1893 et 1904 par Julius Flügge et Carl Nordmann, architectes de la ville d’Essen.

Un souvenir de la diète de Spire (1529)

Le temple protestant commémore la diète du Saint-Empire de 1529 qui s’est tenue à Spire.

Pour comprendre, petite leçon d’histoire !

La plupart des princes-électeurs avaient choisi de suivre les thèses de Martin Luther. Jusqu’à là, elles étaient tolérées par Charles Quint, l’empereur élu par ces mêmes princes-électeurs.

En 1529, retournement de situation, l’empereur catholique change d’avis et ordonne le ralliement inconditionnel à l’Eglise catholique romaine.

Cette promulgation provoqua le refus de plusieurs princes et villes libres d’Allemagne.

Verbum Dei manet in aeternum” (la parole de Dieu demeurera éternellement) : tel était leur mot d’ordre. Ceux-ci “protestèrent” solennellement contre la tutelle de l’empereur dans les affaires de la foi.

Protestant tu es, protestant tu seras !

Dès lors, les adversaires de la Réforme utilisèrent le mot “protestant” pour désigner de façon péjorative ces adeptes de Martin Luther.

La ville de Spire au 16e siècle

La ville de Spire au 16e siècle

Ainsi, c’est dans la ville de Spire en Allemagne que le nom ‘protestant’ fut donné pour la première fois à cette nouvelle branche du christianisme.

C’est en quelque sorte à Spire que fut entérinée la séparation entre les églises catholique et protestante.

Ceci explique pourquoi l’église spiroise s’appelle Gedächtniskirche, c’est-à-dire l’église commémorative de la protestation.

A ne pas confondre avec la Gedächtniskirche de Berlin !

Il existe d’ailleurs à Berlin une autre Gedächtniskirche, qui est bien plus célèbre en Allemagne.

C’est la fameuse église du Souvenir (en allemand : Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche) construite entre 1891 et 1895 pour rendre hommage au premier empereur allemand, Guillaume Ier. L’église protestante fut détruite par la RAF en 1943 pendant le bombardement de Berlin.

La Gedächtniskirche de Berlin (avant et après la guerre) © GerardM - licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons

La Gedächtniskirche de Berlin (avant et après la guerre) © GerardM – licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons

La genèse du projet

Au 19e siècle, la communauté protestante envisagea d’ériger un temple pour commémorer l’événement historique de la diète de Spire de 1529. On souhaita élever une église qui représenterait le monde protestant. Mais cet objectif se révéla bien trop ambitieux. D’ailleurs, de nos jours, la Gedächtniskirche reste peu connue en Allemagne… et elle l’est encore moins à l’étranger.

Pour commencer, les partisans de l’église commémorative fondèrent une association ayant pour but la construction et lancèrent un appel aux dons.

De nombreux protestants y répondirent, d’Allemagne, du reste de l’Europe et même d’Amérique.

Un des plus grands sponsors était la famille royale de Prusse. Toutefois, le Kaiser Guillaume II aurait préféré le style roman, jugeant le style gothique trop “français”. C’est d’ailleurs le style roman qui prévalut lors de l’édification de la gare de Metz sous la période allemande.

Gare de Metz © French Moments

La Gare de Metz : l’empereur a souhaité mettre en valeur le style néo-roman © French Moments

Un projet qui traîne les pieds…

Toutefois, le projet d’église commémorative à Spire fut ralenti par un autre projet, celui d’un monument dédié à Martin Luther à Worms (achevé en 1868).

Le Lutherdenkmal, monument à Martin Luther de Worms

Le Lutherdenkmal, monument à Martin Luther de Worms

35 années se passèrent entre la genèse du projet et la pose de la première pierre. Car même au sein de la communauté protestante, le projet ne faisait pas l’unanimité et souleva des débats parfois houleux.

Deux événements allaient toutefois redonner élan au projet protestant :

  • la proclamation en 1870 du dogme de l’infaillibilité pontificale, selon lequel le pape ne se trompe jamais lorsqu’il s’exprime en matière de foi et de morale. Une aberration pour les protestants !
  • l’unification allemande en 1871, proclamée dans la galerie des glaces de Versailles, avec à sa tête un empereur prussien d’obédience protestante.

Quand le Kaiser ménage la chèvre et le chou !

Malgré son soutien au projet, l’empereur prussien de confession protestante ne souhaita pas participer à la cérémonie d’inauguration en 1904.

Soyons clair : le projet de Gedächtniskirche n’était pas en odeur de sainteté auprès des catholiques…

Le Kaiser jugea sage de ne pas offenser l’Eglise catholique (et le parti du Centre) par sa présence. Il se fit représenter par un prince de Prusse et ne découvrit la nouvelle église qu’en 1917, lors d’une visite à Spire.

C’est parti pour la construction !

Le premier coup de pioche fut donné le 24 août 1893.

Les fondations de la Gedächtniskirche © http://www.gedaechtniskirche.de/

Les fondations de la Gedächtniskirche en 1893 © http://www.gedaechtniskirche.de/

Il fallut 11 ans pour achever l’édifice.

Le clocher de la Gedächtniskirche en construction © http://www.gedaechtniskirche.de

Le clocher de la Gedächtniskirche en construction © http://www.gedaechtniskirche.de

L’inauguration eut lieu le 31 août 1904.

La Gedaechtniskirche de Spire en 1904

La Gedaechtniskirche de Spire en 1904

La Gedächtniskirche construite avec de la pierre française !

Pour sa construction, on ne voulait pas utiliser le grès rose des carrières du Palatinat. Il se serait assombri avec le temps, ce qui ne plaisait pas aux architectes. On préféra alors un matériau de construction plus clair. Le choix se porta sur le grès gris des Vosges. On fit venir la pierre des carrières de Bust, localité située en Alsace Bossue.

Enfin, relativisons un peu quand j’affirme “pierre française”. Car, à l’époque, rappelons-nous que l’Alsace-Moselle avaient été annexées par l’Allemagne.

Une toiture bourguignonne ?

La toiture a pour modèle une église de Vienne en Autriche (je la mentionne ci-dessous)… avec ses tuiles vernissées polychromes aux dessins losangés, elle évoque aussi les fameux toits de Bourgogne…

La toiture aux tuiles vernissées de l'église © Gerd Eichmann - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

La toiture aux tuiles vernissées polychromes © Gerd Eichmann – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons


Gedächtniskirche : pourquoi le style néo-gothique ?

Tout porte à croire que ce record, dépassant de plusieurs dizaines de mètres les tours de la cathédrale catholique, était délibéré… En tout cas, son architecture devait trancher avec celui – roman – de la cathédrale. D’où la construction d’un édifice de néo-gothique. Et tant pis si ça ne plaisait pas à l’empereur, un partisan d’art roman !

Les églises néo-gothiques de Vienne

Le style architectural de la Gedächtniskirche s’inspire directement de l’église votive de Vienne, édifiée au milieu du 19e siècle (1856-1879). Cette dernière fut édifiée selon les modèles d’églises gothiques construites en France au moyen-âge.

L'église votive de Vienne vers 1900

L’église votive de Vienne vers 1900

Les niveaux de la tour porche ne sont pas sans rappeler ceux de l’église catholique St. Othmar de Vienne en Autriche (1866-1873).

L’église catholique St. Othmar de Vienne © Bwag - licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons

L’église catholique St. Othmar de Vienne © Bwag – licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons

En tout état de cause, le site officiel de l’église n’y va pas par quatre chemins :

L’architecture est néo-gothique, dans le style d’une cathédrale française du 13e siècle.

Et si on tient compte de la pierre qui provient de carrières alsaciennes, elle a tout d’une belle française, cette église !

Gedaechtniskirche © Gerd Eichmann - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Avec un peu d’imagination, on pourrait se croire en France ! © Gerd Eichmann – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Le temple a traversé les deux guerres mondiales sans encombre. C’est la raison pour laquelle on considère l’église comme la meilleure représentation du style néo-gothique en Allemagne.

Des similitudes avec Mulhouse

On peut constater de nombreuses similitudes avec le Temple Saint-Etienne à Mulhouse. En effet, l’église protestante mulhousienne fut également construite dans le style néo-gothique au 19e siècle (1859-1866). Comme à Spire, le temple est dominé par une flèche élancée.

Place de la Réunion, Mulhouse © French Moments

Le Temple réformé Saint-Étienne à Mulhouse, Alsace © French Moments

Quel pied-de-nez à l’histoire ! Des protestants qui construisent des églises-cathédrales parmi les plus hautes de la région !


La Gedächtniskirche : le temple protestant des records

La tour porche de la Gedächtniskirche, de plan hexagonal, est admirable.

Tour porche et flèche de la Gedächtniskirche à Spire © AnRo0002 - licence [CC0] from Wikimedia Commons

Tour porche et flèche de la Gedächtniskirche à Spire © AnRo0002 – licence [CC0] from Wikimedia Commons

Sa flèche gracieuse culmine à 100 mètres, ce qui en fait l’église la plus haute de Spire et de toute la région du Palatinat. Elle est également la plus haute église de la rive gauche du Rhin, entre Cologne et Strasbourg.

Par comparaison, en France, le plus haut édifice protestant – le Temple Saint-Etienne à Mulhouse – s’élève à une hauteur de 97 mètres.

Un porche d’entrée monumental

Le porche d’entrée sert également de lieu de commémoration. Comme la tour, le hall adopte un plan hexagonal. Au centre se trouve la statue de Martin Luther, sur un socle élevé (par Hermann Hahn, 1904).

Statue de Martin Luther, Gedächtniskirche à Spire par Immanuel Giel [Public Domain]

Statue de Martin Luther, Gedächtniskirche à Spire par Immanuel Giel [Public Domain]

Adossés aux murs, les statues sur piédestal représentent les princes allemands qui ont protesté contre l’empereur lors de la diète de Spire en 1529 :

  • Jean Ier de Saxe (1468-1532), électeur de Saxe et landgrave de Thuringe, dit Jean le Constant
  • Ernest Ier de Brunswick-Lunebourg (1497-1546), duc de Brunswick-Lunebourg, dit Ernest le Confesseur
  • François de Brunswick-Lunebourg (1508-1549), duc de Brunswick-Lunebourg
  • Wolfgang d’Anhalt-Köthen (1492-1566), prince de la maison d’Ascanie
  • Georges de Brandebourg-Ansbach (1484-1543), margrave de Brandebourg-Anspach, dit Georges der Fromme (le pieux)
  • Philippe Ier de Hesse (1504-1567), landgrave de Hesse, dit Philippe le Magnanime.

Statue du Philippe Ier de Hesse [Public Domain]

Statue du Philippe Ier de Hesse [Public Domain]

Ernest le Confesseur Gedaechtniskirche Speyer - Immanuel Giel [Public Domain]

Ernest le Confesseur Gedaechtniskirche Speyer – Immanuel Giel [Public Domain]

Observez juste à l’extérieur du porche la frise verticale. Elle est représentée par des grappes de raisin, évoquant l’héritage viticole de la région du Palatinat.

Détail du portail - les grappes de raisin - par Immanuel Giel [Public Domain]

Détail du portail – les grappes de raisin – par Immanuel Giel [Public Domain]

Pour apprécier les belles proportions de l’église, il faut en faire le tour. On remarquera les belles rosaces du transept et le chevet.


A l’intérieur : de somptueux vitraux

La Gedächtniskirche adopte la forme d’une croix latine. C’est une église-halle à trois nefs et à voûtes sur croisées d’ogives.

L'orgue de l'église © Roman Eisele - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

L’orgue de l’église © Roman Eisele – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

La nef est majestueuse. Les voûtes s’élèvent à une hauteur de 24 mètres.

La croisée du transept © Roman Eisele - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

La croisée du transept © Roman Eisele – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Le temple dispose de 1500 places assises (bancs en chêne massif).

Ce sont les vitraux qu’il faut admirer.

Vitrail de la Gedächtniskirche représentant Moïse - par Immanuel Giel [Public Domain]

Vitrail de la Gedächtniskirche représentant Moïse – par Immanuel Giel [Public Domain]

Ils sont l’œuvre de plusieurs artistes et ont été financés par les dons de personnes privées ou d’institutions. Par exemple, les vitraux du chœur ont été offerts par le Kaiser Guillaume II (l’empereur allemand que j’ai mentionné dans cet article sur le quartier impérial allemand de Metz).

Le "chœur impérial" de la Gedächtniskirche © Roman Eisele - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Le “chœur impérial” de la Gedächtniskirche © Roman Eisele – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Le temple possède également deux belles rosaces dans chaque bras du transept. Celle de droite représente la mission de l’Eglise, celle de gauche des scènes de persécutions de protestants.

La rosace du transept à gauche © Jakob Bradl - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

La rosace du transept à gauche © Jakob Bradl – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

La rosace du transept à droite © Jakob Bradl - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

La rosace du transept à droite © Jakob Bradl – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Pour connaître la liste complète des vitraux, rendez-vous sur wikipedia.


L’église principale des protestants de Spire

Enfin, rappelons que, d’après un recensement de 2011, 29.9% de la population de Spire était protestante et 35.5% catholique.

La Gedächtniskirche est l’église principale de l’Eglise évangélique protestante du Palatinat dont le siège administratif est situé à côté de la cathédrale de Spire.

Il existe une autres église protestante remarquable à Spire. Il s’agit de la sublime église de la Trinité (en allemand : Dreifaltigkeitskirche) de style baroque.

La Dreifaltigkeitskirche à Spire © W. Bulach - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

La Dreifaltigkeitskirche à Spire © W. Bulach – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

L'intérieur de la Dreifaltigkeitskirche de Spire © TeKaBe- licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

L’intérieur de la Dreifaltigkeitskirche de Spire © TeKaBe- licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons


Séjourner à Spire en Allemagne

En période estivale, les hébergements à Spire peuvent afficher complet. Il est donc recommandé de réserver sa chambre le plus tôt possible ! Vous pouvez également préférer un gîte, une chambre d’hôte ou un camping.

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L’église Saint-Joseph : quand les cathos contre-attaquent !

Construire une église protestante monumentale dans une ville qui abrite une des plus grandes cathédrales d’Allemagne. Quel affront !

Avec un style gothique rappelant les belles cathédrales catholiques de France ? Si c’est pas de la provocation, ça !

Et de surcroît, une église qui s’élève au-dessus des tours de la cathédrale, ravissant le titre de plus haute église de Spire et du Palatinat. Là, il fallait faire quelque chose.

Et la réponse des catholiques ne se fit pas attendre.

Spire se dote d’une nouvelle église !

Elle se concrétisa avec la création d’une association catholique en 1887 pour l’édification d’une église à proximité, toute aussi monumentale.

Le financement fut difficile, ce qui explique que le lancement des travaux a été maintes fois reporté.

On confia le projet à l’architecte Ludwig Becker (1855-1940). C’est lui qui construisit une autre église néo-romane dédiée à Saint-Joseph, cette fois-ci à Montigny-lès-Metz. On lui doit aussi l’église Saint-Fridolin à Mulhouse, d’inspiration baroque.

Cité Ouvrière de Mulhouse © French Moments

Saint-Fridolin depuis la Cité ouvrière de Mulhouse © French Moments

Le premier coup de pioche fut donné le 9 juin 1912.

Deux ans plus tard, on acheva l’église qui fut placée sous le vocable de Saint-Joseph, saint patron du Palatinat du Rhin.

Saint-Joseph : une église éclectique

L’église Saint-Joseph détonne dans le paysage de Spire. En effet, elle assimile plusieurs styles : Jugendstil, gothique flamboyant, Renaissance et baroque. Oui, rien que ça !

L’église est dominée par d’énormes clochers à bulbes de 90 mètres de hauteur. C’est 10 m de moins que la Gedächtniskirche… oui, mais pour ses partisans, il y en a deux !

Le chevet de la Josephskirche à Spire - par Immanuel Giel [Public Domain]

Le chevet de la Josephskirche à Spire – par Immanuel Giel [Public Domain]

Ils s’inspirent de l’église du Saint-Esprit à Heidelberg (en allemand : Heiliggeistkirche).

La Heiliggeistkirche de Heidelberg © Tilman2007 - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

La Heiliggeistkirche de Heidelberg © Tilman2007 – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Une querelle de clochers

Ce titre illustre à merveille la rivalité qui prévalait au début du 20e siècle entre catholiques et protestants !

Qui avait la plus belle église ? La plus grande nef ? Le clocher le plus haut ?

A Spire, on rapportait que Saint-Joseph représentait “la diversité catholique contre l’austérité protestante” de la Gedächtniskirche.

Un comble alors que le style gothique de la Gedächtniskirche s’inspire justement des sanctuaires catholiques érigés au moyen-âge ! 

Une église issue d’une rivalité confessionnelle…

L’église Saint-Joseph (en allemand : Sankt-Josephs-Kirche) est donc issue de la rivalité confessionnelle entre catholiques et protestants.

Les deux églises "rivales" vues depuis la gare de Spire le 16 avril 1990 © Francis Guernier - French Moments

Depuis la voie ferrée, les deux églises “rivales” semblent n’en faire qu’une. Photo prise à Spire le 16 avril 1990 © Francis Guernier – French Moments

Mais soyons justes : aujourd’hui, cette rivalité a cédé la place à une entente de bon voisinage ! Ainsi, lorsque l’église Saint-Joseph était fermée pour travaux de rénovation, les paroissiens catholiques ont célébré leurs messes dans le temple protestant de la Gedächtniskirche.

J’imagine les cathos entrer par le porche principal, sous le regard de Martin Luther !

Parfois, l’Histoire nous joue des tours avec d’incroyables anecdotes !

La Gedächtniskirche et l'église Saint-Joseph vues du ciel © Rolf Kickuth - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

La Gedächtniskirche et l’église Saint-Joseph vues du ciel © Rolf Kickuth – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Le ciel de Spire

Ainsi, depuis 1914, le ciel de Spire est dominé par les tours de trois églises : le Kaiserdom (cathédrale), la Gedächtniskirche et l’église catholique Saint-Joseph.

La skyline de Spire vue depuis les bords du Rhin Stock Photos from Philmoto / Shutterstock

La skyline de Spire vue depuis les bords du Rhin Stock Photos from Philmoto / Shutterstock


Pour résumer, la “French Connexion” de la Gedächtniskirche !

Pour terminer cet article, petit résumé des liens historiques et architecturaux entre l’église commémorative de Spire et la France.

  • Spire est une ville située à 60 km de la frontière franco-allemande.
  • Le mot français “protestant” désignant les adeptes de la Réforme fut utilisé pour la première fois à Spire en 1529.
  • L’architecture de l’église s’inspire de celle des cathédrales françaises du 13e siècle.
  • L’empereur Guillaume II lui aurait préféré un style néo-roman, similaire à des édifices construits à Metz durant la période allemande : le Temple-Neuf ou la gare ferroviaire.
  • Les pierres de la Gedächtniskirche proviennent des carrières alsaciennes de Bust, aujourd’hui en France.
  • La toiture couverte de tuiles vernissées multicolores n’est pas sans rappeler celles – typiques – de Bourgogne.
  • La Gedächtniskirche de Spire partage 4 similarités avec le Temple Saint-Etienne de Mulhouse : un temple protestant + un clocher de 100 m environ + édifié au 19e siècle + de style néo-gothique.
  • L’architecte de l’église catholique rivale Saint-Joseph a également conçu deux églises en Alsace-Moselle : l’église néo-romane Saint-Joseph à Montigny-lès-Metz et l’église baroque Saint-Fridolin à Mulhouse.

Pour en savoir plus sur la Gedächtniskirche à Spire

La Gedächtniskirche et la Josephskirche vues de l'Altpörtel © Roman Eisele - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

La Gedächtniskirche et la Josephskirche vues de l’Altpörtel © Roman Eisele – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons


Un dernier point que je voulais préciser… j’ai vécu à Spire bien avant l’apparition des appareils photos numériques (ça ne rajeunit pas !!) et, même si ces paysages me sont familiers, je n’ai pas eu l’occasion d’y revenir dernièrement pour les immortaliser sur la pellicule… vous ne m’en voudrez donc pas d’avoir utilisé des photos libres de droit pour illustrer cet article ! 😊

Ah si, je vais quand même mettre ma touche personnelle avec cette illustration. Je l’ai dessinée et coloriée avec des crayons feutres lorsque j’étais enfant !

Mon dessin d'enfant de la Gedaechtnikirche de Spire © Pierre Guernier - French Moments

Mon dessin d’enfant de la Gedaechtnikirche de Spire © Pierre Guernier – French Moments

Voyez-vous, déjà à l’époque, je manifestais de l’intérêt pour les beaux monuments 😉


Inspiré ? Epinglez sur Pinterest !

Découvrez l'église de la Gedächtniskirche à Spire


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About Author

Pierre a grandi en Alsace, en Lorraine et en Allemagne avant de s’établir en Australie. Passionné de la France et de sa culture, il a fondé French Moments, une organisation initialement basée à Sydney qui promeut notre beau pays au public anglophone. En 2014, il est revenu s’installer en Europe avec son épouse Rachel et sa petite fille Aimée. Professeur d’économie et de management en BTS, Pierre est également formateur de français en langue étrangère et guide touristique. Après avoir résidé quelques années en Ile de France et en Savoie, il promeut aujourd'hui la France depuis l'East Sussex en Angleterre.

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