Le prestige du cristal Lalique à Wingen-sur-Moder

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Mon itinéraire de la Route du verre et du cristal s’enfonce dans les épaisses forêts des Vosges du Nord. En traversant le paisible village de Wingen-sur-Moder, il serait facile de passer à côté d’une merveille. C’est ici que se trouve le site de production d’une des plus prestigieuses maisons de luxe françaises ! Réputée pour ses vases emblématiques et sa collaboration avec des marques de luxe et des designers les plus en vue dans le monde, Lalique génère près de 130 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une belle réussite qui s’explique avant tout par une recherche artistique constante des matériaux utilisés pour produire des pièces de qualité. Allez, je vais vous convaincre de faire halte à Wingen-sur-Moder !


La prestigieuse cristallerie Lalique

René Lalique en 1906

René Lalique en 1906

En 2018, la Maison Lalique fête 130 ans de savoir-faire et d’excellence créative dans l’art de vivre à la française. De génération en génération, le savoir-faire du verre et du cristal a été transmis avec passion par ses artistes et artisans.

L’homme-clé de l’entreprise est son fondateur, René Jules Lalique (1860-1945). Ce Champenois de naissance, dessinateur, maître verrier de l’Art déco, bijoutier et joaillier de l’Art Nouveau, s’inspira de ces belles choses de la vie quotidienne pour créer des objets d’arts innovants. Ses sources d’inspiration ? La faune, la flore et le corps de la femme :

« Je regarde, j’observe la femme, l’enfant, l’envol d’un oiseau, un arbre, un poisson; soudain l’harmonie d’une forme, d’une attitude, d’un geste, d’un mouvement s’impose à mon esprit, ne le quitte plus, se combine avec d’autres éléments de composition antérieurement acquis … l’oeuvre est mûre, je n’ai plus qu’à la cueillir … » (René Lalique à Maximilien Gauthier, journaliste).

La création artistique selon René Lalique

Pour René Lalique, la création artistique se devait de faire entrer l’art dans la vie quotidienne :

« Lalique est un des artistes qui ont le mieux réussi à mettre de la beauté dans le cadre de la vie contemporaine. »  René Chavance, journaliste et critique d’art, 1928

Les objets, luminaires, mobilier, bijoux et flacons de parfums conçus dans la cristallerie de Wingen-sur-Moder depuis 1921 répondent tous à la même philosophie :

« En laissant libre cours à son imagination, où la femme, la faune, et la flore sont une source inépuisable d’inspiration, il a ainsi révolutionné la beauté des objets par le travail sur la lumière et créé un style unique avec le verre satiné. Le regard se laisse ainsi porter par la grâce et l’élégance de ses lignes ondoyantes. Ses arabesques florales, ses motifs géométriques qui se reflètent et s’interpénètrent dans des objets iconiques. » (source : Vessière Cristaux)

René Lalique, l’inventeur du bijou moderne

Pour Emile Gallé, fondateur de l’Ecole de Nancy, Lalique était beaucoup plus qu’un joaillier. Il était « l’inventeur du bijou moderne ». Colette le définissait comme étant le « Rodin des transparences ».

Ainsi, Lalique osa utiliser des matériaux peu courants dans la conception de bijou comme la corne, l’émail, la nacre. Il préféra employer les pierres semi-précieuses comme l’aigue-marine, le quartz, l’opale.

D’ailleurs, à la fin du 19e siècle, René Lalique expliqua ainsi à ses clients : 

« Le bijou, par la beauté du travail, par la recherche artistique de la forme et de la composition, prendra une valeur souvent supérieure à celle des matériaux précieux employés par la joaillerie. » 

Ainsi, comment ne pas s’émerveiller devant la juxtaposition des matériaux insolites et par l’extravagance plastique des modèles !


Le vase Bacchantes de Lalique

Vase Bacchante Lalique

Le fameux Vase Bacchante par Lalique

Il s’agit peut-être d’une des créations les plus emblématiques de René Lalique. Conçu en 1927, le vase Bacchantes figure toujours au catalogue de la cristallerie. A l’origine il était fabriqué en verre. C’est en 1947 qu’on l’adapte au cristal.

La description du vase relève presque de la poésie :

Cheveux épars, de belles femmes nues dansent nonchalamment pour célébrer Bacchus au milieu de la nature luxuriante. Avec cette œuvre iconique, René Lalique signe un bel hommage aux mystères de la féminité en apportant un relief unique à la courbe voluptueuse du corps de ces bacchantes et une douceur veloutée obtenue par le verre satiné. (Lalique Magazine, édition 2018).

Le site du musée Lalique nous apprend qu’il faut compter 30 heures de travail pour produire un vase Bacchantes !


Les bouchons de radiateur automobile

J’avoue que j’ai un faible pour ces bouchons de radiateur en cristal par Lalique.

Ces petits objets sculptés (aussi connus sous le nom de « mascotte ») étaient placés au sommet du radiateur pour enjoliver la proue des voitures. Aujourd’hui, ces radiateurs apparents ne sont plus… et il n’est pas rare que les capots de voitures de luxe en soient ornés… (on pense notamment à l’étoile à trois pointes de Mercedes-Benz – la marque de voiture allemande a notamment eu droit à son bouchon Lalique en forme de coq).

Pour admirer une collection de ces bouchons de radiateurs par Lalique, il faudra vous rendre au Toyota Automobile Museum à Nagakute au Japon.


Le musée Lalique à Wingen-sur-Moder

Des créations qui se retrouvent exposées aux quatre coins de l’Europe : au Victoria and Albert Museum de Londres, au Musée d’Orsay à Paris, au Rijksmuseum d’Amsterdam, au Museu Calouste Gulbenkian de Lisbonne, au musée de l’Ecole de Nancy à Nancy ou encore au Lalique Museum de Doesburg. Mais c’est à Wingen-sur-Moder que vous aurez la chance d’admirer certaines des plus belles collections : au musée Lalique.

Inauguré en juillet 2011, ce musée public abrite quelques 650 pièces issues des collections propres de René Lalique et de ses successeurs. Le musée est organisé de façon thématique et chronologique et permet de découvrir des collections variées du monde Lalique : bijoux, dessins, flacons de parfum, verre et cristal.


L’hôtel-restaurant de la Villa Lalique

Egalement à Wingen-sur-Moder se trouve l’ancienne demeure de la famille Lalique : la Villa René Lalique. Edifiée en 1920, elle est située à proximité de la cristallerie. La villa a été récemment rénovée et transformée en hôtel de luxe 5 étoiles. La décoration d’intérieur est l’œuvre du duo de designers Lady Green et Pietro Mingarelli. Le jardin de la villa abrite depuis peu un restaurant gastronomique sous la houlette du chef Jean-Georges Klein. Après seulement 3 mois d’activité, l’établissement a décroché 2 étoiles au guide Michelin !

Pour en savoir plus sur la villa


Le château Hochberg et son ancienne verrerie

Château du Hochberg © Peter 111 - licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons

Château du Hochberg © Peter 111 – licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons

Au début du 18e siècle, Wingen a vu s’installer deux verreries : Neuhütte (1708) et Hochberg (1715). Celle du Hochberg fut fondée par la volonté du comte de Hanau-Lichtenberg, assisté par Jean Adam Stenger, issu d’une vieille famille de verriers. C’est en 1816 que la verrerie entra en possession de la famille Teutsch à la suite d’un mariage. Les nouveaux propriétaires y lancèrent la fabrication du verre plat à vitre de couleur. 

L’influente famille édifia le château du Hochberg entre 1860 et 1866 pour y résider, à un moment où leur manufacture déclinait.

La verrerie du Hochberg ferma en 1868 suite à la réduction des droits forestiers. Les verriers sans travail trouvèrent de nouvelles positions dans les verreries voisines de Lorraine. Certains émigrèrent en Westphalie (Allemagne), en Espagne et même au Mexique.

Longtemps désaffecté, le château du Hochberg vient d’être restauré en hôtel-restaurant 4 étoiles par son nouveau propriétaire, Silvio Denz, PDG de la Maison Lalique.

Pour en savoir plus. 


Lalique et les grands de ce monde

Depuis plus de deux siècles, la manufacture fournit les princes, les rois et les empereurs. La liste de ses clients fastueux est plutôt longue :

  • la tragédienne Sarah Bernhardt
  • Madame Waldeck-Rousseau
  • Calouste Gulbenkian, magna du pétrole
  • la marquise Arconati-Visconti
  • la comtesse de Béarn
  • la princesse de Guermantes

Les autres sites à proximité de Wingen-sur-Moder

Sur les hauteurs du village, en direction de Meisenthal, deux monuments ont été dressés sur l’ancienne frontière délimitant le duché de Lorraine et le comté de Hanau-Lichtenberg (Alsace) :

  • La Colonne de Wingen. Elevée à l’époque napoléonienne, il s’agit d’une ancienne borne frontière. La base du vieux pilier serait d’origine gallo-romaine. Un peu plus loin, sur la gauche, superbe vue sur Meisenthal.
  • La Pierre des Douze Apôtres. Ce monolithe dont l’origine nous est inconnue est un bloc de grès rose haut de 4,40 m. Egalement appelé « Breitenstein », il est surmonté d’un calvaire depuis le 18e siècle.

De nombreux sites sont accessibles à moins d’une trentaine de minutes par la route. Voici quelques idées de sortie :

  • Le village historique de La Petite-Pierre
  • Les églises Sainte-Adelphe et Saints-Pierre-et-Paul de Neuwiller-lès-Saverne
  • Les châteaux-forts en ruine du Lichtenberg, de Wasenbourg, de Falkenstein et du Grand Wintersberg
  • La verrerie de Meisenthal
  • La cristallerie de Saint-Louis-lès-Bitche
  • La petite ville de Bitche et la citadelle Vauban
  • Les ouvrages de la Ligne Maginot : Fort Casso et Simsherhof
  • Le site pittoresque de l’étang de Hanau

Pour en savoir plus sur Lalique et les Vosges du Nord

Quelques sites web :


Petit glossaire des métiers du verre et du cristal


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Inspiré par la lecture de cet article sur les cristaux Lalique ? Quelques épingles pour Pinterest :

Découvrez la Route du verre et du cristal en Lorraine sur le blog Mon-Grand-Est.fr

Découvrez Lalique et Wingen-sur-Moder sur le blog Mon-Grand-Est.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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About Author

Pierre a grandi en Alsace, Lorraine et Allemagne avant de s’établir en Australie. Passionné de la France et de sa culture, il a fondé French Moments, une organisation initialement basée à Sydney qui promeut notre beau pays au public anglophone. En 2014, il est revenu s’installer en Île de France avec son épouse Rachel et sa petite fille Aimée. Professeur d’économie et de management en BTS, Pierre est également formateur de français en langue étrangère et guide touristique à Paris.

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