Découvrir le vignoble des Côtes-de-Toul en Lorraine

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Du vignoble en Lorraine ? Non, mais vous devez vous tromper de région ! Coincée entre deux régions viticoles, la Champagne et l’Alsace, la région n’est certes pas connue pour ses vignes… Et pourtant, saviez-vous que depuis 1988, les alentours de Toul produisent un vin typique, frais et fruité qui porte le nom de Gris de Toul. Je vous emmène en balade dans le Toulois dans le cadre du rendez-vous interblogueurs #EnFranceAussi initié par Sylvie du blog Le coin des Voyageurs. Ce mois-ci, le thème choisi par Boudou Reuzé du blog 1916 Kilomètres est « Côtes et coteaux ». Une bonne occasion pour découvrir les Côtes-de-Toul dans le département de la Meurthe-et-Moselle.


Mes souvenirs du Toulois

Village du Toulois en Lorraine © French Moments

Village du Toulois en Lorraine © French Moments

J’ai de la famille en Lorraine, et notamment dans un village du Toulois. Les paysages champêtres de la région, je les connais depuis tout petit. Ce sont des souvenirs de cueillettes de coucous (primevères sauvages) dans la forêt, de pêche dans un ruisseau avec mon grand-père, de dégustation de tartes aux mirabelles… Certains noms résonnent comme de doux souvenirs d’enfance : Ménil-la-Tour, Boucq, Sanzey, Royaumeix, la forêt de la Reine, la côte Barine et le mont Saint-Michel (non non, pas celui de Normandie !)…


La ville historique de Toul

Toul Lorraine

Les toits de la Vieille ville de Toul © French Moments

Le Toulois s’étend de part et d’autre de l’ancienne cité épiscopale de Toul. Située à une vingtaine de kilomètres de Nancy, l’ancienne Tullum Leucorum a été fondée dès l’époque romaine sur une boucle de la Moselle. Au Moyen-Âge, le puissant évêché de Toul, ainsi que ceux de Verdun et Metz faisaient partie du Saint-Empire romain germanique. Les Trois Évêchés devinrent de facto français en 1552.

Toul Lorraine

Chevet de la cathédrale de Toul © French Moments

Toul mérite que l’on s’y attarde le temps d’une visite. Vous y découvrirez l’admirable cathédrale gothique, un des plus beaux sanctuaires de Lorraine. Le centre historique abrite plusieurs belles demeures de la Renaissance. Quant aux fortifications construites par Vauban, elles ont la particularité d’être toujours en eau.


Le vignoble des Côtes-de-Toul

Côtes de Toul Toulois

Le vignoble des Côtes de Toul © Robert Jeantrelle

Le vignoble du Toulois comprend, au Sud de Toul, les communes de Bulligny, Blénod-lès-Toul, Mont-le-Vignoble, Charmes-la-Côte et Domgermain. Au Nord de Toul : Pagney-derrière-Barine, Bruley et Lucey.

Le vignoble s’étend sur les côtes de Meuse, les fameuses « cuestas », dernières limites du Bassin parisien. Les sols argileux et silico-argileux ont été favorables à la culture de la vigne depuis l’époque romaine. Car, comme en Alsace et en Champagne, ce sont les Romains qui introduisirent la vigne en Lorraine. Il semble que ce soit l’empereur Probus qui autorisa la plantation de la vigne en Lorraine en 283.

Un succès au Moyen-Âge

Côtes de Toul Toulois

Le vignoble des Côtes de Toul © Robert Jeantrelle

Au Moyen-Âge, le vin de Toul était réputé en Europe et était exporté vers les Pays-Bas et l’Angleterre. Il participait à la renommée de la région et le duc de Lorraine, Stanislas Leszczyński, n’était pas en reste pour en boire (certainement sans modération !) On estime qu’au 19e siècle, la Lorraine comptait plus de 50 000 hectares de vignes. D’ailleurs, les maisons de champagne Mercier et Roederer possédaient même des caves en Lorraine.

Le vignoble lorrain : un drôle de destin

Côtes de Toul Toulois

Le vignoble des Côtes de Toul © Robert Jeantrelle

Alors qu’en Champagne et en Alsace voisines, le vin est devenu indissociable à l’identité régionale, le destin n’en a pas voulu ainsi pour la Lorraine. Est-ce la faute au développement de l’industrie sidérurgique (les salaires des ouvriers dans l’industrie étaient plus élevés que ceux des travailleurs agricoles) ? Ou alors l’arrivée de vins bon marché du Sud de l’Europe facilement acheminés grâce à l’avènement du chemin de fer ? Ou encore est-ce à cause de la terrible crise du Phylloxéra ? En tout cas, la guerre franco-prussienne de 1870-71 puis la Grande Guerre de 14-18 ont sûrement sonné le glas du vignoble des Côtes-de-Toul.

La renaissance du vignoble

Côtes de Toul Toulois

Le vignoble des Côtes de Toul © Robert Jeantrelle

En 1951, on ne recensa plus que 30 hectares de vignoble dans les Côtes-de-Toul. Il fallait faire quelque chose pour faire revivre une tradition désormais à terre. C’est donc au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qu’un groupe de vignerons travailla à la replantation des vignes. Leur entreprise fut couronnée de succès lorsque le gris de Toul fut classé AOC en 1988. La consécration et surtout la reconnaissance nationale pour un vin que beaucoup de Français ignorent.

Le vignoble du Toulois aujourd’hui

Côtes de Toul Toulois

Le vignoble des Côtes de Toul © Robert Jeantrelle

Le vignoble du Toulois totalise aujourd’hui quelques 90 hectares de vignes exploités par une vingtaine d’exploitations viticoles. On est bien loin de l’âge d’or du vignoble en Lorraine mais force est de constater qu’aujourd’hui, celui-ci est en pleine croissance : entre 2 et 3 hectares de vigne sont replantés chaque année.

Gris de Toul Lorraine

Bouteilles de Côtes-de-Toul © French Moments

Près de 500 000 bouteilles d’AOC Côtes-de-Toul sont produites chaque année. Le gris de Toul, à la couleur saumonée chatoyante, s’associe délicieusement aux plats gastronomiques locaux (quiche lorraine, potée lorraine, tourte lorraine, pâté lorrain).

Gris de Toul

Bouchons du Gris de Toul © JB Communications


La découverte des Côtes-de-Toul

Itinéraires

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Que le visiteur soit un connaisseur en vin ou non, il pourra admirer les paysages bucoliques qu’offre le Toulois. De Colombey-les-Belles au sud à Boucq au nord, le terroir de Toul se laisse découvrir au détour de vues sur le vignoble et la plaine de Haye.

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Pour aller plus loin, vous pouvez poursuivre la découverte des Côtes de Meuse vers le Nord en direction du lac de Madine et du village perché de Hattonchâtel.


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About Author

Pierre a grandi en Alsace, Lorraine et Allemagne avant de s’établir en Australie. Passionné de la France et de sa culture, il a fondé French Moments, une organisation initialement basée à Sydney qui promeut notre beau pays au public anglophone. En 2014, il est revenu s’installer en Île de France avec son épouse Rachel et sa petite fille Aimée. Professeur d’économie et de management en BTS, Pierre est également formateur de français en langue étrangère et guide touristique à Paris.

29 commentaires

  1. Très belle balade. Il aurait été bien dommage de laisser perdre un tel patrimoine, qui n’a finalement rien à envier à ses voisins Alsaciens !!

    • Oui Lili, sauf peut-être dans le Nord ? 🙂 Ceci dit, avec le réchauffement climatique le vin de Calais ou de Dunkerque deviendra peut-être une réalité haha!!

  2. Jolie focus sur ces côtes mal-aimées … mais c’est toujours pareil, quand on est entre 2 rock-stars on a du mal à se faire une place 🙂

  3. Comme quoi rien n’est impossible. Un tel patrimoine qui reprend vie grâce à la mobilisation et la persévérance c’est juste magnifique et le résultat et là.
    Dégusterais bien un petit verre moi…

    • Merci Sabrina… pour déguster un p’tit verre, va falloir se rendre dans un bon resto en Lorraine. Pas sûr qu’on le trouve sur Paris ce Gris de Toul ! A bientôt ! 🙂

  4. Merci Pierre pour cette belle découverte dans cette région qu’on affectionne. Je ne suis jamais passée à Toul, mais ça donne envie. Très intéressant aussi l’histoire de ce vignoble. Ah, et puis la tarte aux mirabelles comme madeleine de Proust, je connais ça aussi 😉

    • Merci beaucoup Paule-Elise ! Ah oui, ces fameuses madeleines de Commercy (ce n’est pas loin du tout !). Moi aussi je me souviens des délicieuses tartes aux mirabelles (et la confiture !) confectionnées par mes tantes lorraines. A bientôt et bonne continuation ! 🙂

  5. Pingback: De Paris au Jura : les buttes témoin du bassin parisien - Experiences en famille

  6. Moi qui adore les vignes, je suis sous le charme de ces paysages champêtres ! Tes photos sont vraiment sublimes et me subjuguent… Je viens de mettre ton article dans ma To Do List car la Lorraine est une région que je ne connais absolument pas, et tu m’as donné là la très forte envie de la découvrir sous cet angle, à travers ces magnifiques paysages. Merci beaucoup pour ce superbe article !

    • Merci Sylvie ! Oui c’est vrai que cette région est méconnue… et trop souvent assimilée aux (anciennes) industries. Mais heureusement le parc naturel de Lorraine recèle de beaux paysages bien champêtres mais – il faut l’avouer – moins ‘glamour’ que ceux de l’Alsace voisine. Il faut juste prendre le temps de s’enfoncer dans les champs et forêts de la région et surtout sortir des sentiers battus. A bientôt ! 🙂

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  8. Que de belles couleurs! La cathédrale a l’air magnifique aussi! Je ne connaissais pas du tout ce village mais apparemment il faut l’ajouter à la liste des coins sympas où passer le weekend ! 🙂

    • Merci merci !! Une cathédrale qui a tout d’une grande … et pourtant très peu de Français la connaissent ! Toul est justement classé parmi les plus beaux détours de France, et comme tu le dis, c’est idéal pour un weekend !

  9. Je pense pour ma part que C’est suite à l’énorme épidémie de philloxera En effet suite à celle-ci, la Moselle s’est beaucoup concentré sur la production de Mirabelles.ou de fraises (de Woippy).
    Qu’en penses-tu?

    • Hello Plume ! C’est un sujet bien vaste. J’ai effectué des recherches sur l’histoire du vin en Lorraine et j’ai découvert avec étonnement que la région était aussi renommée que l’Alsace au Moyen-Âge. L’épidémie de phylloxera a effectivement laminé nos vignobles lorrains et alsaciens. Si l’Alsace s’est relevée au début du 20e siècle, la Lorraine a préféré suivre un autre chemin : le développement de l’industrie sidérurgique. À l’époque, les usines rapportaient bien plus d’argent que la production de vin. Maintenant que la vaste majorité des industries n’existe plus, peut-être la Lorraine reviendra peu à peu à sa tradition viticole. Les vignes et les vergers de mirabelliers sur un même coteau, c’est quand même magnifique non ? (et unique en France !). 🙂

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