Balade dans la cité ouvrière de Mulhouse

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Une fois n’est pas coutume, voici ma 2e participation du mois au rendez-vous interblogueurs #EnFranceAussi, une initiative de Sylvie du blog Le coin des Voyageurs. Pour rappel, le thème choisi par Mathylde du blog Mordue de Voyages est “Tourisme industriel”. Cet article fait suite à celui sur la Lorraine industrielle. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à un quartier de la Manchester française qui m’est bien familier : la Cité ouvrière de Mulhouse. Je vous emmène flâner dans les ruelles et passages étroits de ce quartier inattendu en ville.


Un quartier inattendu au nord-ouest de Mulhouse

Cité Ouvrière de Mulhouse © French Moments

La cheminée de l’ancienne usine Gluck © French Moments

Au début des années 2000, je me rendais deux fois par semaine au Parc Gluck à Mulhouse pour y dispenser des cours d’économie à des étudiants en BTS. Je savais qu’une manufacture (l’usine Gluck) exerçait ses activités avant que le site ne soit réhabilité pour accueillir des entreprises et centres de formation. Mais ce que j’ignorais, c’est que ce quartier faisait partie de la grande histoire industrielle de Mulhouse. Pendant mes pauses de midi, il m’arrivait de flâner dans un quartier pour le moins inattendu en ville. Il était composé de maisons à deux étages avec un joli jardin à l’avant bordant de petits passages aux noms poétiques : passage des Rossignols, passage de l’orme, passage des Lauriers, passage des Alouettes… (la liste est longue donc je ne vais pas tous vous les énumérer !)

Cité Ouvrière de Mulhouse © French Moments

Flânerie dans la Cité Ouvrière © French Moments

Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris l’importance historique de ce petit bout de ville à la campagne : il s’agissait de la cité ouvrière de Mulhouse.


L’histoire de la cité ouvrière de Mulhouse

Cité ouvrière de Mulhouse

La Cité ouvrière de Mulhouse vers 1855

Il s’agit d’un quartier inattendu, un témoignage de l’âge d’or que connut Mulhouse au 19e siècle. Avec ses usines et ses cheminées, la Manchester française s’était faite une réputation industrielle indéniable. Elle fut un de grands pôles du textile en Europe.

Cité ouvrière de Mulhouse

La Cité ouvrière de Mulhouse vue du ciel (Google Earth)

La cité ouvrière de Mulhouse s’étend dans un périmètre limité par l’avenue Aristide-Briand et les rues Madeleine, de Pfastatt et Lavoisier. Elle fut une des premières grandes cités construites au 19e siècle en Europe. C’est encore à ce jour un modèle d’habitat social.


Pourquoi a-t-on construit une Cité ouvrière à Mulhouse ?

Cité Ouvrière de Mulhouse © French Moments

Flânerie dans la Cité Ouvrière © French Moments

Le but était d’offrir aux ouvriers des manufactures voisines de meilleures conditions de vie. Les enquêtes sur les difficiles conditions de travail dans les manufactures de coton, de laine et de soie montrèrent que le problème du logement était une source de préoccupation majeure. En 1840, le docteur Louis-René Villermé décrit publiquement le sort des ouvriers :

« Partout où la population ouvrière est en grand nombre, il ne sera jamais possible de fournir des logements convenables à tous ; les ouvriers qui gagnent les moindres salaires seront toujours réduits à demeurer dans les logements les moins chers, c’est-à-dire dans les logements incommodes, insuffisants et peu salubres, dans les maisons délabrées ou mal tenues. Tel est le sort des pauvres de tous les pays ; la force des choses, la dure loi de la nécessité le veulent malheureusement ainsi. »

Toutefois, des industriels dont le jeune industriel mulhousien Jean Zuber souhaitaient trouver des solutions à ce désarroi. En 1851, la Société mulhousienne des cités ouvrières (SOMCO) fut fondée par douze fondateurs-actionnaires. On y recensa de grands noms d’industriels : Dollfus, Kœchlin, Zuber…). L’idée était assez révolutionnaire à l’époque : un système de location-vente permettait aux familles ouvrières de devenir propriétaires de leur maison après une période de 13 à 15 ans.

Les industriels du textile de Mulhouse, en bons paternalistes, ont marqué leur initiative de valeurs humanistes et protestantes.


Description du quartier

Le quartier fut bâti selon un plan en damier par l’architecte Emile Muller. Les premières maisons sortirent de terre en 1853. Jusqu’en 1897, on y édifia plus de 1240 maisonnettes. Elles bordent des ruelles et d’étroits passages (pas plus de 2,50 mètres de largeur).

Un exemple de Carré Mulhousien vers 1855

L’habitat est représenté par trois types de maisons :

  • celles en bandes contigües (dos à dos) avec jardin devant la maison,
  • les maisons en bandes entre cour et jardin et
  • les maisons carrées divisées en quatre unités avec entrées individuelles et jardins. On surnomme cette disposition le « carré mulhousien ».

La Cité devait être structurée autour d’une place centrale où les habitants auraient pu bénéficier de services collectifs (boulangerie, restaurant, garderie pour enfants, bibliothèque, bains et lavoirs). Cette place est aujourd’hui un espace vert.

Cité Ouvrière de Mulhouse © French Moments

Flânerie dans la Cité Ouvrière © French Moments

La cité ouvrière de Mulhouse s’avéra être une réussite sociale. A la fin du 19e siècle, elle regroupa plus de 10% des habitants de la commune de Mulhouse. Elle a inspiré d’autres cités ouvrières en France comme celle de la chocolaterie Menier à Noisiel en région parisienne.

Quant à la SOMCO, elle existe toujours ! Elle est devenue société anonyme en 1923 et gère un patrimoine immobilier conséquent (5 650 logements) dans toute l’Alsace.


Se balader dans la Cité ouvrière de Mulhouse

Cité Ouvrière de Mulhouse © French Moments

Flânerie dans la Cité Ouvrière © French Moments

Explorer chaque recoin de la Cité peut prendre beaucoup de temps. Souvenez-vous, il existe plus d’un millier de maisons ! Le mieux est de flâner dans les ruelles et passages étroits de la Cité sans but précis. Ma saison de l’année préférée est le printemps quand les jardins s’éveillent à la vie. Hêtres pourpres, bouleaux, ifs et autres conifères s’associent poétiquement aux prunus, magnolias, glycines et lilas en fleur.

La partie la plus typique du quartier s’étend entre la rue des oiseaux et le quai du Forst.


Pour en savoir plus sur la Cité ouvrière de Mulhouse


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Inspiré ? Quelques épingles pour Pinterest :

Découvrir la Cité Ouvrière de Mulhouse © French Moments Découvrir la Cité Ouvrière de Mulhouse © French Moments

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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About Author

Pierre a grandi en Alsace, Lorraine et Allemagne avant de s’établir en Australie. Passionné de la France et de sa culture, il a fondé French Moments, une organisation initialement basée à Sydney qui promeut notre beau pays au public anglophone. En 2014, il est revenu s’installer en Île de France avec son épouse Rachel et sa petite fille Aimée. Professeur d’économie et de management en BTS, Pierre est également formateur de français en langue étrangère et guide touristique à Paris.

8 commentaires

  1. Très bel article sur la cité ouvrière de Mulhouse. Les petites maisons colorées, ont un peu des airs de nos maisons multicolores de Provence. Ce projet permettra aux familles ouvrières d’avoir une meilleure qualité de vie et d’accéder à la propriété de leur maison. Un bel exemple à suivre et une vraie réussite sociale. Merci pour ce beau témoignage. Bonne soirée. Amitiés.
    Martine

    • Oh merci beaucoup Martine pour ton gentil commentaire ! Oui, c’est vrai qu’en Alsace, les couleurs des maisons sont souvent pimpantes même si l’architecture (ou le style !) y est très différent de la Provence. Ceci dit, en ajoutant des cyprès, de la lavande et des oliviers ici et là, et avec l’aide du réchauffement climatique, ça peut le faire 🙂

  2. Belle initiative ce projet à l’origine ! Découvrir un endroit en connaissant son histoire c’est vraiment un plus. Merci pour cet intéressant partage et bon week-end à toi !

    • Merci beaucoup Sylvie ! Comme quoi chaque petit coin de France possède une histoire à raconter, c’est ce que j’aime dans ce pays ! 🙂

  3. J’aime ce genre d’articles qui permettent de poser un regard différent sur des quartiers, villes ou bâtiments délaissés, oubliés, mal considérés. Ils sont pourtant le reflet d’une histoire, de vies, dont il est important de se souvenir.

  4. Merci pour cette découverte !
    Une question me titille à la lecture de ton article. Comment as-tu appris que le lieu de tes flâneries était une ancienne ville ouvrière ? A quelle occasion ?
    Tu n’es pas obligé de répondre 😉 mais je t’imagine l’apprenant au détour d’une conversation.

    • Hello Florence… pour être honnête je ne me souviens plus bien quand, mais je crois bien que c’était suite à la lecture d’un magazine publié par la ville de Mulhouse (ou était-ce un reportage TV sur l’Alsace ?) J’ai reconnu le quartier où je déambulais pendant mes pauses de midi. Du coup il a fallu qu’on y retourne bien plus tard pour prendre des photos ! 🙂

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