Les petits secrets de la cathédrale de Metz

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Ses portails, ses vitraux, sa voûte, ses stalles, ses orgues, sa crypte, son trésor. Elle a tout d’une grande la cathédrale de Metz ! Elle est pour moi la plus belle cathédrale de Lorraine. Et cela faisait longtemps que j’avais envie de vous la faire découvrir sur ce blog. Alors, lorsque le thème du RV #EnFranceAussi pour le mois de novembre a été révélé (“Gothique”), il m’a semblé évident de vous présenter la majestueuse cathédrale Saint-Etienne de Metz. C’est parti pour la visite !

[Il y a un cadeau à gagner dans le cadre du RV #EnFranceAussi. Pour en savoir plus, c’est tout en bas de l’article !]


Les petits secrets de la cathédrale de Metz

Elle domine la Moselle et les toits de la ville. On découvre le vaisseau de la haute cathédrale depuis l’autoroute.

Majestueuse, c’est un bijou d’architecture gothique.

Au moyen-âge, toute ville d’importance sentait la nécessité de posséder une grande cathédrale gothique. Un édifice majestueux et grandiose permettant de rivaliser avec les autres villes de la Chrétienté.

La cathédrale de Metz peinte par Gavard en 1826

La cathédrale de Metz peinte par Gavard en 1826

La cathédrale était l’orgueil d’une ville, la démonstration ardente de sa foi, mais aussi de sa prospérité matérielle. Et celle de Metz s’inscrit totalement dans cette affirmation…

Pourtant, ironie du sort, elle est encore assez méconnue des Français qui n’ont d’yeux que pour d’autres grandes cathédrales gothiques.

Elle ne fait pas (encore) l’objet d’une inscription au patrimoine mondial de l’Unesco.

Notre-Dame de Paris, Reims, Chartres, Strasbourg, Amiens… et Metz alors ?

Cet article va vous prouver que Saint-Etienne de Metz a toute sa place au palmarès des plus belles cathédrales gothiques de France.

La cathédrale de Metz vue du ciel © Philippe Gisselbrecht : Ville de Metz - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

La cathédrale de Metz vue du ciel © Philippe Gisselbrecht : Ville de Metz – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Demandez le programme !

Au programme de la découverte des petits secrets :

  • la cathédrale des records
  • les 800 ans de la cathédrale de Metz
  • l’architecte de la cathédrale et son pacte avec le diable
  • deux églises pour le prix d’une
  • une cathédrale couleur jaune d’or
  • pas de façade harmonique pour Metz !
  • la façade occidentale et son ignoble placage néo-classique
  • le portail de la Vierge retrouvé !
  • le grand incendie du 7 mai 1877
  • une Tour de la Mutte pour ameuter la population
  • une Tour du Chapitre privée de flèche
  • les deux tours cachées de la cathédrale
  • les vitraux de la Lanterne du Bon Dieu
  • Saint-Clément et la Terreur de Metz
  • la crypte : les entrailles de la cathédrale
  • les petits trésors de la cathédrale de Metz

Bonne lecture et surtout bonne (re)découverte de la cathédrale de Metz !


La cathédrale des records

Le chœur de la cathédrale de Metz © French Moments

Le chœur de la cathédrale de Metz © French Moments

Allez, prêt pour la section “Livre des Records” !

  • C’est la cathédrale de France qui présente la plus grande surface vitrée (6500 m2).
  • De plus, elle est éclairée par les plus grandes verrières gothiques d’Europe (les verrières du transept nord et sud : 420 m2 chacune).
  • La nef s’élève à 41,41 m. ce qui en fait la 3e cathédrale de France pour la hauteur des voûtes (derrière Beauvais et Amiens).
  • La hauteur des voûtes du transept atteint même 43,10 m.
  • La longueur de l’édifice est de 136 m, ce qui classe Saint-Etienne de Metz parmi les 10 plus longues cathédrales (Reims 149 m, Amiens 145 m, Notre-Dame de Paris 130 m).
  • Les tours sont relativement de faible hauteur par rapport à d’autres cathédrales de France (Rouen, Strasbourg, Chartres…). La flèche de la tour de Mutte culmine à 93 m.
  • La cathédrale de Metz est dépourvue de flèche à la croisée du transept, contrairement à Orléans ou à Amiens.
  • Il s’agit de l’édifice le plus visité de Lorraine avec plus de 700 000 visiteurs chaque année.

Les 800 ans de la cathédrale de Metz

La construction de la cathédrale de Metz s’est étendue sur trois siècles. 

Les travaux ont commencé à partir de 1240 et se sont terminés en 1552. Toutefois, des ajouts et modifications ont altéré la cathédrale jusqu’au début du 20e siècle. On y reviendra avec la découverte du portail occidental.

Mais alors, pourquoi célèbre-t-on les 800 ans de la cathédrale en 2020 alors que les travaux ont commencé en 1240 ?

Si j’étais mauvaise langue, je vous dirai qu’on ne pouvait pas attendre 2040 ! ?

Mais si on considère la genèse du projet d’édification du sanctuaire, il faut remonter à … 1220.

La cathédrale de Metz et la ville vers 1575

La cathédrale de Metz et la ville vers 1575

Merci au Pape !

Tout est parti de l’impulsion de l’évêque Conrad de Scharfenberg. Il sollicita le pape en personne pour la réalisation de son projet. Le 2 décembre 1220, la pape Honorius III publiait une bulle papale qui allait donner à Metz une des plus grandes cathédrales de la Chrétienté. Le pape autorisait ainsi l’évêque de Metz à lever des fonds pendant dix ans pour des travaux nécessitant de « lourdes dépenses ».

800 ans plus tard, Metz célèbre sa merveilleuse cathédrale pendant 15 mois, de novembre 2019 à février 2021.

Au programme de ce huitième jubilé : vidéomapping, spectacle aérien, concerts de musique sacrée, plusieurs expositions, des visites, des animations numériques et bien plus encore !

Cathédrale de Metz © French Moments

La cathédrale de Metz illuminée © French Moments


L’architecte de la cathédrale et son pacte avec le diable

Le début des travaux de construction de la cathédrale de Metz est contemporain à celui de Reims (1207), Toul (1210), du Mans (1217) et d’Amiens (1221).

Mais qui a construit la cathédrale de Metz ?

Il a fallu attendre la seconde moitié du 14e siècle pour que les travaux les plus spectaculaires furent lancés, avec l’édification des voûtes à 42 mètres du sol.

Pour réaliser un projet si audacieux, il fallait un esprit de génie.

Et à Metz, un nom résonne encore aujourd’hui : l’architecte lorrain Pierre Perrat (1340-1400).

Comment a-t-il pu édifier des voûtes si élevées ?

Les voûtes de la cathédrale de Metz © French Moments

Les voûtes de la cathédrale © French Moments

C’est ici que la légende prend le pas

Laissez-moi vous la raconter…

Il était une fois un architecte brillant à qui on avait confié la construction d’une cathédrale gothique monumentale à Metz.

Pierre Perrat avait de quoi être fier. Flatté d’avoir été choisi pour une tâche si remarquable, cette construction devait être la consécration de son génie.

Des idées plein la tête, il se mit au travail.

Malheureusement, une fois à son étude, Perrat était victime du syndrome de la page blanche.

Etrangement, il n’arrivait pas à esquisser sur papier les plans de ses pensées.

L’inspiration lui manquait cruellement… et l’architecte désespéra pendant plusieurs jours.

La visite d’un mystérieux inconnu

Un beau matin, alors que Perrat était assis devant sa feuille blanche près de la fenêtre, un inconnu se présenta à lui :

« Eh bien, maître Perrat, vous voilà bien soucieux, aujourd’hui ! »

Et l’architecte de lui raconter tout son malheur.

« Quoi ? C’est pour une raison aussi simple que vous vous lamentez ! C’est pour bien peu de chose ! »

Puis, l’étranger prit le fusain et en quelques traits dessina le plan des voûtes tel que Perrat en rêvait.

L’architecte regarda stupéfait et émerveillé.

Puis, quand il eut fini, le dessinateur inconnu effaça tout, d’un revers de la main.

Perrat aurait pu en mourir de désespoir… et supplia l’étranger de lui venir en aide.

La voûte de la cathédrale © French Moments

Les voûtes de la cathédrale © French Moments

Un pacte pour achever les voûtes de la cathédrale de Metz

« Très volontiers, mais à une simple condition. Après votre mort, quand vous aurez été mis en terre, votre corps devra m’être livré, pour que je puisse en disposer comme il me plaira ».

L’architecte fut d’abord surpris par cette demande incongrue. Assurément, l’étranger devait être un peu dérangé du ciboulot.

Mais bon, que vaut une promesse bidon quand on a une prestigieuse cathédrale à construire ?

Perrat signa le parchemin. Marché conclu !

Jour après jour, l’inconnu revint rendre visite à l’architecte pour lui promulguer aide et conseils.

Puis, une fois les travaux achevés, il disparut des radars.

La cathédrale : fierté de Pierre Perrat et de Metz

La cathédrale, sublime et gigantesque, était devenue l’orgueil de Metz. Elle rivalisait avec les autres villes de France et de la vallée du Rhin. Pierre Perrat fut comblé d’honneurs.

cathédrale Saint-Etienne de Metz

La façade de la cathédrale de Metz donnant sur la place d’Armes © French Moments

Parfois, l’architecte se demandait qu’était devenu le mystérieux personnage qui l’avait tant aidé.

Les années passèrent. Pierre Perrat mourut en l’an 1400.

Honneur ultime, le chapitre de la cathédrale décida d’ensevelir l’illustre architecte à l’intérieur même du sanctuaire, sous l’un des autels latéraux.

On scella son cercueil dans la pierre, au cours de grandioses funérailles.

Une inscription à sa mémoire fut gravée sur son tombeau (que l’on peut encore lire aujourd’hui, voir ci-dessous).

La réapparition du mystérieux inconnu !

Peu après, le mystérieux inconnu réapparut un soir à l’entrée de la cathédrale. Il accosta le sacristain, qui allait fermer les portes de la cathédrale, en ces termes étranges :

« Voulez-vous me remettre, s’il vous plaît, le corps de l’architecte Pierre Perrat ? »

Le sacristain, surpris, lui demanda son identité.

Esquivant la réponse, l’étranger présenta le fameux parchemin jauni qui avait été signé par Pierre Perrat :

Pierre Perrat, architecte, autorise le porteur dudit parchemin, à se saisir de son corps, après que celui-ci, défunt et enseveli, aura été mis en terre.

Le sacristain compris à qui il avait affaire !

Il lui répondit :

« Messire, votre réclamation est tout à fait justifiée. Cependant, pour vous donner satisfaction, il  y a un hic. Les termes du parchemin que vous me présentez disent “mis en terre”. Or, le corps de Pierre Perrat repose sous l’autel, là-bas, à gauche. Il est donc emmuré, dans la pierre… »

Déjà, le sacristain entrait dans la cathédrale. Il trempait sa main dans le bénitier et s’apprêtait à offrir de l’eau bénite à l’inconnu, quand celui-ci, furieux, poussa un effroyable blasphème et s’enfuit dans une rage folle.

Il claqua la porte de la cathédrale derrière lui avec une telle force que l’édifice tout entier en fut ébranlé. La cloche de la cathédrale, la célèbre Mutte, sonna même quelques coups !

Le sacristain avait reconnu en ce mystérieux dessinateur le diable lui-même.

Quid du corps de Pierre Perrat ?

La cathédrale de Metz conserve toujours l’épitaphe biographique de Pierre Perrat (à gauche, en haut de la nef) :

Sous cet autel gît Maître Pierre Perrat
Le maçon Maître de l’ouvrage de l’église
De céans et Maître de l’ouvrage de la Cité
De Metz et de l’église de Toul et de Verdun
Qui mourût le vingt-cinquième jour du mois de juillet de l’an
De grâce de Notre Seigneur 1400.

Toutefois, ce n’est pas ici que l’architecte a été emmuré. 

Il est sûr et certain que le corps est quelque part dans la cathédrale, mais personne ne sait où il se trouve…

D’ailleurs, le diable lui-même ne le sait pas. On raconte qu’il continue de rôder autour de la cathédrale en espérant trouver le corps de l’architecte. C’est ce qui expliquerait la présence du courant d’air qui tourne autour de la cathédrale à l’étonnement des visiteurs…

? Retrouvez cette légende dans le livre Contes et légendes de Lorraine par Louis Pitz. Un livre de poche édité en 1966 aux éditions Fernand Nathan qui est cependant de plus en plus difficile à se procurer.


Deux églises pour le prix d’une ! 

Bon là, va falloir s’accrocher ! Car il y a de quoi se perdre dans les méandres de l’histoire de la cathédrale de Metz…

A l’origine, il y avait deux églises : la basilique (la plus ancienne, du 10e siècle) et la collégiale Notre-Dame-la-Ronde (1186). 

Vers 1186, la basilique fut flanquée à l’ouest par un autre sanctuaire, la collégiale Notre-Dame. On la surnommait Notre-Dame-la-Ronde en raison de sa forme de demi-rotonde. Son portail correspond aujourd’hui à celui de la Vierge.

A partir du 13e siècle, la basilique ottonienne fut progressivement démolie pour être englobée dans le vaisseau gothique de l’actuelle cathédrale.

Quand deux églises n’en font plus qu’une !

On souhaita également inclure la collégiale Notre-Dame-la-Ronde dans la vaste cathédrale. Pour cela, il fallut percer la cloison qui séparait les deux sanctuaires.

L’architecte se retrouva en face d’un problème de taille : le sol des deux églises n’était pas au même niveau !

Le sol de Saint-Etienne était inférieur à celui de Notre-Dame. Que faire ?

On abaissa simplement le sol de Notre-Dame d’environ 80 cm, ce qui nécessita de retailler les piliers. Ceci explique pourquoi ils sont différents. Observez leurs bases : on les a élargies par des ressauts épousant le contour du socle des colonnes. Comme si on avait voulu créer des bancs circulaires sur lesquels s’asseoir !

Cathédrale de Metz © French Moments

Le déchaussement des premiers piliers © French Moments


Une cathédrale couleur jaune d’or

Vous avez remarqué que chaque cathédrale de France a une couleur particulière ?

  • Le calcaire blanchâtre pour Notre-Dame de Paris et les cathédrales d’Île de France.
  • Le grès rose des Vosges à Strasbourg.
  • La couleur sombre de la pierre de Volvic à Clermont-Ferrand.
  • La couleur rouge-brique à Sainte-Cécile d’Albi.
  • Et la pierre de Jaumont à Metz.

Oui, c’est cette pierre extraite de carrières au nord de la ville qui lui confère cette couleur jaune d’or si particulière.

Place de Chambre Metz © French Moments

La cathédrale de Metz vue de la place de Chambre © French Moments

Par ailleurs, la cathédrale de Metz n’est pas le seul édifice en pierre de Jaumont. A Metz, de nombreux bâtiments ont été construits en l’utilisant : l’habitat de la vieille-ville, le Palais de Justice, l’Opéra-théâtre, le Palais du Gouverneur, la Porte des Allemands… et plus loin, la gare de Nancy et la place ducale de Charleville-Mézières.


Pas de façade harmonique pour Metz !

Observez le profil des cathédrales de Paris, Reims, Clermont-Ferrand, Laon, Toul et Tours. Elles partagent un même attribut : leur « façade harmonique ». C’est-à-dire deux tours symétriques encadrant trois portails. La symétrie comme l’aiment les architectes de l’époque gothique.

Notre-Dame de Paris © French Moments

La façade harmonique de Notre-Dame © French Moments

Il faut avouer que la « façade harmonique » parfaite est plutôt rare. Très souvent, les tours n’ont pas été achevées. Ceci par manque d’argent… et/ou à cause de l’instabilité constatée des sols. Les exemples sont donc nombreux : Auxerre, Sens, Strasbourg, Troyes…

Cathédrale de Strasbourg © French Moments

Et si la cathédrale de Strasbourg avait une façade harmonique parfaite, ce ne serait plus la cathédrale de Strasbourg ! © French Moments

D’ailleurs, ce sont ces asymétries qui confèrent aux cathédrales leur silhouette si caractéristique.

Le cas unique de Metz !

Mais à Metz, les tours ne dominent pas la façade occidentale. Elles s’élèvent en retrait de trois travées. Pourquoi ? Parce qu’il s’agissait de la limite occidentale de la cathédrale. Une autre église, la collégiale Notre-Dame-la-Ronde, occupait les 3 premières travées.

cathédrale Saint-Etienne de Metz © French Moments

Maquette de la cathédrale de Metz qui montre bien le décalage des tours par rapport à la façade occidentale © French Moments

Donc pas de tours sur la façade occidentale… en revanche, cela a rendu possible la création de la grande verrière en 1384. Une œuvre de 350 m2 attribuée à Hermann de Münster qui occupe les deux tiers supérieurs de la façade.


La façade occidentale et son “ignoble placage” néo-classique

Lorsque j’étais enfant et que nous passions à côté du portail occidental, j’étais fasciné.

Fasciné par la décoration flamboyante et les personnages en pierre si nombreux. Quelle merveille cette façade du moyen-âge !

Cathédrale de Metz © French Moments

Le portail occidental de la cathédrale de Metz © French Moments

Ce n’est que bien plus tard que j’appris que ce portail n’avait rien d’ancien. Il avait été grandement remanié au 18e et au 20e siècle. Des transformations impressionnantes, vous allez voir !

La façade occidentale est, comme on l’a dit, dépourvue de tours. En son centre se trouve une magnifique et imposante verrière du 14e siècle.

La mode du classicisme au 18e siècle emballe Metz !

En 1764, le goût de l’époque est au classicisme. Les abords de la cathédrale furent dégagés pour laisser place à une place d’armes. Les travaux, conduits par Jacques-François Blondel s’étalèrent de 1754 à 1788. Afin d’harmoniser la cathédrale gothique aux nouveaux aménagements néo-classiques, l’architecte choisit de transformer la façade occidentale. En 1764, celle-ci fut transformée en un portail sobre et majestueux à la sauce classique.

La façade occidentale et le portail classique de Blondel en 1877

La façade occidentale et le portail classique de Blondel en 1877

Au 19e siècle, tout le monde – ou presque – fait beurk !

Au cours du siècle suivant, l’engouement populaire pour l’art gothique suscita un certain rejet des ajouts de Blondel. On l’accusa d’avoir porté atteinte à la « pureté stylistique » héritée du moyen-âge.

Ainsi, dès 1840, Emile Bégin, membre de l’académie de Metz, désigna le portail de Blondel d’ignoble placage.

Puis, en 1847, Charles-Paul du Coëtlosquet, député de la Moselle, écrivit : « Espérons qu’un jour viendra où nous verrons l’absurde portail de Blondel disparaître et faire place à une œuvre conçue dans le style du Moyen Âge »

En 1859, l’évêque de Metz commanda à l’architecte diocésain de la Moselle une étude pour la reconstruction de la façade occidentale.

Parce que reconstruire sur des ruines médiévales, on aimait ça !

En France, Napoléon III fit restaurer le château de Pierrefonds. Viollet-le-Duc s’attaqua à la reconstruction de Carcassonne et l’embellissement de Notre-Dame de Paris.

Les vœux se sont réalisés grâce aux… Allemands !

Alors que Metz fut annexée à l’Empire allemand en 1871, la mode était au gothique et à tout ce qui évoquait le moyen-âge.

Sur les terres d’Alsace-Lorraine annexées par l’Allemagne en 1871, ce sont les Allemands qui vont réaliser les espoirs de voir disparaître l’ignoble placage néo-classique. Grâce à la passion du Kaiser Guillaume II pour le médiévisme. L’exemple le plus frappant de cet attachement impérial aux choses du moyen-âge est la reconstruction du château du Haut-Kœnigsbourg en Alsace. Ou bien la construction à neuf de la gare de Metz, mi-église, mi-palais, et fierté de Guillaume II.

En la cathédrale de Metz, la façade néo-classique de Blondel en fit les frais. Pour donner à la cathédrale une plus grande unité de style, l’architecte prussien Paul Tornow s’attela à son remplacement par une façade flambant neuve… de style gothique.

La façade occidentale de la cathédrale de Metz selon les époques (photomontage par French Moments)

Un Kaiser sur la façade !

Les mauvaises langues diront qu’il y avait bien là des arrière-pensées politiques. Pensez donc, oser supprimer le décor de Blondel, symbole d’un « style français », et de surcroît édifié à la mémoire de Louis XV ! Pour le remplacer par un portail de facture GOTHique !

Car on raconte que le Kaiser s’était pris d’intérêt pour la cathédrale de Metz. A tel point qu’il souhaitait y laisser son empreinte.

Observez attentivement la statue à droite du portail. Celle qui représente Daniel, le prophète de l’Ancien Testament.

La statue du Kaiser Guillaume II © French Moments

La statue du Kaiser Guillaume II (sans les moustaches !) © French Moments

Il reprend les traits de Guillaume II, sans sa célèbre moustache prussienne. Non pas que le Kaiser ne voulait plus de moustache… Lorsque Metz est redevenue française en 1918, les Français se sont empressés de la raser à coup de burin ! Nicht Schnurrbart. Zu sehr Preußen. Trop prussienne la moustache !

Une reconstruction allemande d’inspiration… française !

Mais revenons à Tornow ! On constate que l’architecte, natif du Brandebourg, s’est notamment inspiré du style propre à l’école champenoise. Il a également fait appel à un sculpteur français pour concevoir les statues du portail, Auguste Dujardin.

Le portail occidental © French Moments

Le portail occidental © French Moments

En 1891 et 1895, les deux compères ont ainsi réalisé deux voyages en France afin d’étudier les édifices gothiques. Cathédrales, églises, ils ont fait la tournée des ducs en Bourgogne.

Ainsi, l’architecte allemand assuma s’être inspiré des portails des églises Notre-Dame de Dijon, de Semur-en-Auxois et de Saint-Père-sous-Vézelay.

Il ajouta au pignon de la façade occidentale des pinacles et divers ornements néo-gothiques.

Quant au portail, son tympan représente le jugement dernier. Un thème de prédilection des cathédrales d’Amiens, de Bourges et de Paris.

La nouvelle façade occidentale de la cathédrale de Metz fut inaugurée en 1903 en présence du Kaiser Guillaume II.

L’inscription en latin pour s’en souvenir !

Une inscription latine gravée sur le mur du portail commémore l’inauguration.

Portail occidental © Sol Octobris - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Plaque commémorative de l’inauguration du nouveau portail occidental © Sol Octobris – licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Traduction :

Sous la plus haute souveraineté tutélaire de Guillaume II, auguste empereur des Germains,
alors que le prince Hermann de Hohenlohe-Langenburg était gouverneur impérial en Alsace et Lorraine,
alors que Willibrord Benzler de l’ordre de Saint Benoît était évêque de Metz,
après la démolition de l’ancien portail que le chapitre de cette église a fait construire en 1764 à la mémoire du roi Louis XV,
ce nouveau portail conforme au style de la cathédrale a été inauguré solennellement en l’an 1903,
dans la quinzième année du règne de l’empereur Guillaume II,
dans la vingt-sixième année du pontificat du pape Léon XIII.
Il a été réalisé par Paul Tornow, maître d’œuvre.


Le portail de la Vierge retrouvé !

Vous cherchez l’entrée de la cathédrale de Metz ? Vous ne la trouverez pas au portail occidental décrit ci-dessus ! Il faut se diriger sur la place d’Armes, à quelques mètres de là…

Le portail de la Vierge (à gauche) © French Moments

Le portail de la Vierge (à gauche) © French Moments

Il s’agit d’un portail qui donnait auparavant accès à la collégiale Notre-Dame-la-Ronde, vous savez, l’église qui s’élevait perpendiculairement à l’ancienne cathédrale.

Lorsque la cathédrale a englobé la collégiale au 14e siècle, on a gardé le portail d’accès.

Un portail inaccessible

Au 18e siècle, il fut obstrué et abîmé par l’édification de maisons à arcades le long de la place d’Armes.

Le portail de la Vierge en 1877 et en 2019 (photomontage par French Moments)

Le portail de la Vierge en 1877 et en 2019 (photomontage par French Moments)

En 1854, l’évêque de Metz racheta une à une ces maisons… pour les démolir. Le portail de la Vierge refit ainsi surface. 

Il fut restauré à partir de 1880 par notre équipe de choc : l’architecte allemand Paul Tornow et le sculpteur français Auguste Dujardin.

On leur doit la plupart des sculptures du portail, mis à part celles du tympan, plus anciennes.

L’ensemble est surprenant de beauté !


Le grand incendie du 7 mai 1877

Tout est parti d’un feu d’artifice… qui a mal tourné.

Le dimanche 6 mai 1877, le Kaiser Guillaume Ier était en visite à Metz. En l’honneur de cette première visite impériale depuis l’annexion de l’Alsace-Moselle, un feu d’artifice fut lancé depuis le toit de la cathédrale à 21h.

Le 7 mai, à 4h du matin, le guetteur qui logeait dans la tour de la Mutte s’aperçut que le toit avait pris feu. Certainement suite à une fusée qui avait fait défaut. 

Le grand incendie de mai 1877

Le grand incendie de mai 1877

Le guetteur averti réussit à sauver la tour de la Mutte.

Fort heureusement, le feu ne se propagea pas à l’intérieur de l’édifice grâce aux voûtes en moellons de 30 cm d’épaisseur.

L’ancienne charpente en bois de chêne qui datait de 1468 disparut en fumée…

Le toit de la cathédrale de Metz en 1877 au lendemain de l'incendie

Le toit de la cathédrale de Metz en 1877 au lendemain de l’incendie

Le toit de la cathédrale de Metz en 1877 au lendemain de l'incendie

Le toit de la cathédrale de Metz en 1877 au lendemain de l’incendie

Pauvre cathédrale, pauvre Guillaume !

Un sinistre pour lequel Guillaume Ier aurait culpabilisé. Le Kaiser s’engagea à payer de sa poche la totalité des travaux de reconstruction. Mais voilà, l’empereur mourut à Berlin le 9 mars 1888. Et son fils Frédéric III, déjà malade, rendit l’âme trois mois plus tard… C’est donc Guillaume II qui respecta l’engagement pris par son grand-père.

Les travaux durèrent près de trente ans. Car on profita du sinistre pour lancer une grande campagne de rénovation. Enfin était venu le temps de se débarrasser de l’ignoble portail occidental de Blondel.

Une nouvelle toiture plus élevée

En ce qui concerne la toiture, on la remplaça dans les années 1880 par des fermes métalliques selon la méthode développée par Polonceau. La couverture en plaques de cuivre a depuis verdi, tout comme celles des cathédrales de Chartres ou Spire (Allemagne).

La nouvelle toiture modifia totalement l’aspect de la cathédrale. Avant l’incendie, la couverture était beaucoup moins inclinée. A l’issue des travaux, la toiture avait gagné 4,5 mètres de hauteur. Elle eut pour conséquence directe de réduire l’effet d’élancement des tours, particulièrement celui de la tour du chapitre.

La cathédrale de Metz en 1860 et en 2019 by French Moments

La cathédrale de Metz en 1860 et en 2019 (photomontage par French Moments)

Sur la photo ci-dessous, on peut facilement jouer au jeu des 3 erreurs 🙂

  • la toiture rehaussée de 4,5 m,
  • le pignon du transept qui a du être relevé et orné avec des éléments gothiques,
  • les tours qui paraissent moins élancées qu’avant.

?? En savoir plus !

Le lendemain du triste incendie de Notre-Dame de Paris, je visitais précisément la cathédrale de Metz. L’émotion était palpable, tant les deux catastrophes étaient similaires.


Une Tour de la Mutte pour ameuter la population

La tour de la Mutte © French Moments

La tour de la Mutte © French Moments

Le clocher de la cathédrale s’appelle la tour de la Mutte.

Pourquoi ce nom singulier ? Il faut remonter au moyen-âge…

Depuis 1381, la cloche municipale se trouvait à l’église Saint-Eucaire. Elle s’appelait Bancloche. Mais aussi – et surtout – Mutte car elle servait à ameuter la population messine en diverses occasions.

En 1412, elle fut installée sur la tour sud de la cathédrale en construction. Initialement abritée dans un clocher de bois adossé à la cathédrale, la Mutte trouva sa place définitive une fois la nouvelle tour en pierre achevée en octobre 1481. Naturellement, cette tour prit le nom de Tour de la Mutte.

Une cloche pour sonner les grands moments messins

Fidèle à sa raison d’être, la Mutte sonnait à l’occasion des grands moments de la vie civile de Metz et de l’histoire de France. Evénements, heureux ou tragiques : attaques d’ennemis, grandes célébrations… Pour la petite anecdote, on la frappait d’un coup tous les quarts d’heure les jours d’élections. Il fallait en effet rappeler aux Messins leur devoir de citoyen ! 

Elle sonna à la volée pour la dernière fois au 20e siècle à l’occasion du Traité de Versailles le 28 juin 1919.

Pour la dernière fois? Oui, car les vibrations de la cloche étaient telles qu’elles menaçaient de provoquer l’écroulement du clocher ! 

Suite à des travaux de rénovation du beffroi et de sa cloche entrepris de 2009 à 2015, la Mutte résonne à nouveau depuis juin 2015 pour le plus grand bonheur des Messins.

Une cloche aux dimensions impressionnantes

La cloche subit une succession de refontes suite à des fêlures. La cloche actuelle fut fondue en 1605 sous le règne d’Henri IV. Elle pèse 11 tonnes et des poussières et est haute de 2,64 mètres.

La tour de la Mutte abrite la Mutte (cloche) © French Moments

La tour de la Mutte qui renferme les cloches dont la fameuse Mutte © French Moments

La Mutte est entourée par deux copines : la cloche de Turmel (50 kg) et le Tocsin (1500 kg). Pour en savoir plus sur les petites histoires de ces cloches, cliquez ici !

La flèche élégante de la Tour de la Mutte

La Tour de la Mutte a donc servi de beffroi municipal et de clocher. La plate-forme se trouve à 88 mètres de hauteur.

Une flèche porte la hauteur totale à 93 mètres. Fine et élégante, c’est un chef d’œuvre d’art gothique flamboyant avec ces pinacles, des gâbles à crochet, des choux frisés et des arcatures à redents.

Détail de la cathédrale de Metz vue depuis la grande roue de Noël © French Moments

La tour de la Mutte (cathédrale de Metz) © French Moments

L’épi de la flèche arbore une girouette orné du drapeau de la Ville de Metz, héritage de la République messine.

Le sommet de la Tour de Mutte et le petit drapeau de la République messine © French Moments

Le sommet de la Tour de Mutte et la girouette © French Moments

Je n’ai pas (encore) eu l’occasion de monter sur la tour, aujourd’hui fermée au public. Je sais toutefois qu’il faut gravir 450 marches dans un couloir parfois très étroit et vertigineux pour atteindre le sommet.

A défaut de ne pouvoir y monter, attendez la saison de Noël à Metz. Une grande roue est dressée sur la place d’Armes et permet de découvrir la cathédrale de Metz d’un angle de vue impressionnant.


Une Tour du Chapitre privée de flèche

La tour du Chapitre est le nom donné au clocher qui se situe à l’opposé de la tour de la Mutte, adossée à la façade nord.

Tour du Chapitre © French Moments

Le sommet de la Tour du Chapitre © French Moments

Si la Tour de la Mutte fait office de beffroi municipal, la Tour du Chapitre sert de clocher à la cathédrale.

La partie inférieure de la tour date du 13e siècle et la partie haute de 1843.

La tour abrite cinq cloches répondant aux doux noms de la grosse Marie (17e siècle), la Catherine, Clément, Marie-Immaculée et Étienne.

Le clocher s’élève à une hauteur de 69 mètres. En 1905, l’architecte prussien Paul Tornow, en charge de la rénovation de la cathédrale, souhaita surélever la tour par une flèche. Ce qui aurait permis de retrouver une symétrie à la Tour de la Mutte. Mais sa proposition ne fut pas retenue.


Les deux tours cachées de la cathédrale

La plupart des Messins savent que la cathédrale de Metz possède deux tours : la Tour de la Mutte et la Tour du Chapitre. Mais peu de gens savent qu’il en existe deux autres !

Elles sont si discrètes qu’il faut bien observer l’édifice pour les trouver.

Leur nom ?

La Tour Charlemagne et la Tour de la Boule d’Or.

Partons à leur recherche…

Vous les trouverez contre la base de chaque côté du déambulatoire. Les tourelles octogonales servent en effet de contreforts.

Voici la Tour Charlemagne (face sud) :

La tour Charlemagne © French Moments

La tour Charlemagne © French Moments

Et la Tour de la Boule d’Or, surnommée ainsi parce qu’à la Renaissance, elle était coiffée d’un petit dôme doré, à la mode de l’époque. Depuis, celui-ci a été remplacé par une flèche de style gothique :

La tour de la Boule d'Or © French Moments

La tour de la Boule d’Or © French Moments

Pourquoi les a-t-on édifiées ?

Le gothique lorrain est une variante régionale de l’architecture gothique qui a pour tradition de présenter un « chevet lorrain ». C’est-à-dire deux tours encadrant un chevet sans déambulatoire, comme à Saint-Vincent de Metz, Saint-Etienne de Toul ou Notre-Dame de Verdun. Cette caractéristique a été influencée par le style roman rhénan (voyez les cathédrales de Spire, Worms ou Mayence), lui-même inspiré par l’architecture ottonienne. 

Mais voilà, à Metz on a toujours voulu faire différent !

Déjà, le sanctuaire précédant l’actuelle cathédrale comportait deux tours selon la tradition rhénane. Celles-ci disparurent au début du 16e siècle lors de la reconstruction du chevet. Et comme on réalisa un chevet avec déambulatoire à la manière des grandes cathédrales d’Île de France. Exit le chevet lorrain !

Cependant, l’arrivée de la Renaissance dans nos contrées lorraines allait changer les états d’esprit. C’était le retour aux styles antiques. Ainsi, on décida de reconstruire les tours… mais avec beaucoup plus de discrétion… on parle d’ailleurs de tourelles !


Les vitraux de la Lanterne du Bon Dieu

Parlons à présent des verrières. Le surnom de Lanterne du Bon Dieu a été donné à la cathédrale de Metz pour une raison toute justifiée !

Le chœur de la cathédrale © French Moments

Les vitraux du chœur © French Moments

De toutes les cathédrales de la Chrétienté, celle de Metz totalise la plus grande surface vitrée (6500 m2). Seule la basilique Notre-Dame de la Paix à Yamoussoukro fait mieux (8400 m2).

Les verrières du transept nord et sud sont les plus grandes de toutes les cathédrales. Chacune a une surface de 420 m2.

A titre de comparaison, la cathédrale de Rouen en totalise 3000 m2, Chartres 2600 m2 et Strasbourg 1500 m2 !

J’ai déjà mentionné la verrière occidentale, composée d’une grande rosace de 11 m de diamètre et de baies lancéolées.

Cathédrale de Metz © French Moments

La verrière occidentale de Hermann de Münster © French Moments

La cathédrale de Metz abrite également d’autres beaux vitraux :

Les vitraux du 13e siècle

Vous les trouverez dans le transept sud, dans la baie inférieure, à gauche du grand orgue. Ce sont de petits vitraux bleus qui sont les plus anciens de la cathédrale. Ils illustrent des épisodes de la vie de Saint Paul.

Vitraux de la cathédrale de Metz © Ggreb - licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons

Les plus vieux vitraux de la cathédrale dans le transept sud © Ggreb – licence [CC BY-SA 3.0] from Wikimedia Commons

De plus, les petites roses qui ornent les dernières travées des bas-côtés sud et nord de la nef remontent également au 13e siècle.

Les vitraux de Théobald de Lixheim (16e siècle)

Dirigez-vous vers le croisillon nord du transept. La magnifique verrière fut offerte par l’évêque Henri de Lorraine.

Verrière de Théobald de Lixheim (Transept Nord) © French Moments

Verrière de Théobald de Lixheim (Transept Nord) © French Moments

Elle fut achevée en 1504 par Théobald de Lixheim (du nom d’une localité du pays de Sarrebourg).

Les vitraux de Valentin Bousch (16e siècle)

Retournez-vous et, en face de vous, sur le croisillon sud du transept, se trouve une autre verrière tout aussi belle.

Verrière de Valentin Bousch (Transept Sud) © French Moments

Verrière de Valentin Bousch (Transept Sud) © French Moments

Elle est due au maître verrier lorrain Valentin Bousch et date de 1521-1527.

Les vitraux contemporains (20e siècle)

La cathédrale de Metz est réputée pour ses vitraux contemporains, exécutés par Jacques Villon, Roger Bissière et Marc Chagall.

Vous voulez les voir en photo ? Sachez que ces œuvres sont protégées par les droits d’auteur (eh oui !) et qu’on ne peut donc les publier sans le consentement des ayants-droits… Mais bon, bizarrement il semblerait que cela ne s’applique pas à Wikipedia où vous n’aurez aucun mal à retrouver ces photos ?


Saint-Clément et la Terreur de Metz

Les légendes foisonnent dans la cathédrale. L’une d’elles implique un super-héros de Metz : Saint-Clément.

Le trône de Saint-Clément

Voyez-vous dans le chœur de la cathédrale la vieille chaise épiscopale en pierre ?

Cathédrale de Metz © French Moments

Le siège de Clément © French Moments

Il s’agit du siège de Saint-Clément, taillé dans un fût de colonne romaine. Sa présence est attestée pour la première fois dans une mention écrite de 1090.

Qui est Saint-Clément ?

On raconte qu’il est arrivé de Rome vers 280 à Metz – ou plutôt Divodurum comme on appelait encore la ville.

Clément de Metz serait donc le premier évêque de Metz. Mais pour beaucoup de Messins, le personnage de Saint-Clément est associé à la Terreur de Metz.

A l’évocation de son nom, tout le monde se cache… chut ! taisons-nous, voici venir le Graoully !

(voici au passage l’origine de la rue Taison au centre-ville de Metz… En arpentant la rue, en route pour trucider le monstre, Saint-Clément aurait demandé aux habitants de se taire pour ne pas le réveiller !).

C’est qu’il était fort notre Clément. Et il n’avait pas froid aux yeux. Il se rendit à la rencontre du monstre, dans sa tanière située dans les ruines de l’amphithéâtre romain. Il saisit le dragon et l’enveloppa dans son étole. Après l’avoir traîné jusqu’au bord de la Seille, il noya la bête pour de bon. Les Messins furent enfin débarrassés du monstre buveur de sang et avide de chair humaine.

St Clément anéantissant le Graoully de Metz

St Clément anéantissant le Graoully de Metz

Charmante légende. Marvel n’aurait pas fait mieux !

D’ailleurs, la trame de l’histoire contient quelques similitudes avec la Gargouille de Rouen et la Tarasque de Tarascon. On n’avait pas besoin d’internet à l’époque pour partager les plus belles histoires !

Le Graoully : la Terreur de Metz

A présent, dirigeons-nous dans la crypte (accès payant).

A peine avons-nous descendu les marches de la crypte que nous sommes accueillis par la Bêêête. Une maquette monstrueuse suspendue au-dessus de nos têtes.

Le Graoully de la cathédrale © French Moments

Le Graoully de la cathédrale © French Moments

Il s’agit du Graoully, la Terreur de Metz.

Et pour revenir à la maquette de la crypte, c’est la plus vieille représentation du dragon, la tête date du 15e siècle.

Si vous visitez l’intérieur du château du Haut-Kœnigsbourg en Alsace, vous retrouverez une copie du Graoully… également suspendu au plafond. Vous serez prévenus !

Château du Haut-Kœnigsbourg © French Moments

Le Graoully suspendu au plafond de la chambre lorraine au Haut-Kœnigsbourg © French Moments


La crypte : les entrailles de la cathédrale

Située sous le chœur, la crypte était le lieu de sépulture des évêques de Metz et des principaux dignitaires du chapitre de la cathédrale.

Crypte de la cathédrale © French Moments

La salle la plus ancienne de la crypte © French Moments

Pendant la Révolution française, la cathédrale a été vendue 1 franc pour servir de hall de dépôt de foin. L’espace souterrain fut quant à lui loué à un marchand de vin et à un imprimeur.

Une fois passé sous le regard terrifiant du Graoully, vous découvrirez dans les salles voûtées :

Des maquettes de cathédrales françaises (dont Notre-Dame de Paris, Amiens, Chartres, Strasbourg…). 

Une reconstitution du quartier de la cathédrale vers 1700.

Metz © French Moments

Maquette de la cathédrale de Metz côté place de Chambre (1700) © French Moments

Des éléments romans, vestiges de la basilique romane et des statues dont une vierge polychrome du 15e siècle.

Crypte de la cathédrale © French Moments

Vierge à l’enfant polychrome du 15e siècle © French Moments

La superbe sculpture Renaissance de la mise en tombeau provient de l’église de Xivry-Circourt (auj. Meurthe-et-Moselle). Datant du 16e siècle, elle a été installée dans la crypte de la cathédrale en 1841.

La mise en tombeau de l’église de Xivry-Circourt © French Moments

La mise en tombeau de l’église de Xivry-Circourt © French Moments

Un autel carolingien en marbre du 9e siècle qui a été trouvé en haut de la Tour Charlemagne après l’incendie de 1877.

Crypte de la cathédrale © French Moments

L’autel carolingien dans la crypte © French Moments

La sépulture de six évêques de Metz (devant l’autel carolingien)

Crypte de la cathédrale © French Moments

Les six tombes des évêques de Metz © French Moments


Les petits trésors de la cathédrale de Metz

Pour terminer notre visite de la cathédrale de Metz, voici une liste (non-exhaustive !) de petits trésors à découvrir lors de votre prochaine visite…

Une baignoire égyptienne dans la cathédrale !

Le bain de Cléopâtre dans la cathédrale ? Ce n’est pas une farce… (même si Cléo n’a rien à voir là-dedans !)

Lorsqu’on pénètre dans la cathédrale, juste en face se trouve une grande cuve.

La cuve de porphyre dans la cathédrale de Metz © French Moments

La cuve de porphyre dans la cathédrale de Metz © French Moments

Mais tatatata… c’est bien plus qu’une baignoire banale.

C’est un trésor archéologique qui a été conservé, à la vue de tous, dans la nef de la cathédrale de Metz. Mais combien d’entre nous la remarquons ?

Il s’agit d’une cuve de porphyre. De quoi ?

La porphyre est une roche magmatique. C’est-à-dire une roche volcanique rouge foncé à grands cristaux de feldspath. La couleur explique l’origine du mot qui vient du grec ancien πορφύρα, porphýra (« pourpre »).

La cuve de porphyre dans la cathédrale de Metz © French Moments

La cuve de porphyre dans la cathédrale de Metz © French Moments

La roche est utilisée depuis l’Antiquité comme pierre ornementale pour des sculptures, colonnes, vasques, plaques d’ornements… et donc notre cuve à la cathédrale de Metz.

Lorsque les Romains ont conquis l’Egypte en l’an 30 avant notre ère, ils ont eu accès aux seuls gisements de porphyre connus de l’Antiquité : les Mons Porphyrites (djebel Dokhan). En plein désert oriental égyptien.

Une cuve égyptienne du 4e siècle

Il est raisonnable de penser que la cuve de la cathédrale de Metz ait été produite en Egypte au 4e siècle. La première mention de baptêmes dans la cuve date de 840. Celle-ci est dessinée sur la plaque d’ivoire de Drogon (801-855), fils illégitime de Charlemagne et évêque de Metz. L’impératrice Joséphine convoitait tant la cuve qu’elle souhaita l’acquérir en 1807 pour agrémenter ses jardins. L’évêque de Metz refusa niet et l’impératrice se consola avec l’acquisition de la cuve de la collection Borghese, aujourd’hui au Louvre.

Dans la France médiévale, il n’existait que peu de cuves similaires : outre celle de Metz, il y avait celle de Dagobert, aujourd’hui exposée au Louvre avec la cuve Borghese.

?? Pour en savoir plus

La grande chaire à prêcher

Monumentale, la chaire à prêcher de la cathédrale de Metz a été montée en 1820 par le menuisier Jean-Louis Daga.

La chaire à prêcher © French Moments

La chaire à prêcher © French Moments

De style néo-classique, l’ouvrage a été décoré sobrement, mais noblement par le sculpteur Francois-Placide Soret. La chaire s’accroche à l’un des piliers de la nef, autour duquel s’enroule en hélice la double rampe d’accès.

La chaire à prêcher © French Moments

La chaire à prêcher © French Moments

La chaire a fait l’objet d’une inscription au monument historique par arrêté du 13 juillet 1973.

L’orgue Renaissance du triforium

Il faut lever les yeux pour l’apercevoir suspendu à mi-hauteur dans la nef, près du transept sud. Le petit orgue Renaissance en nid d’hirondelle est un petit trésor, restitué en 1981.

Cathédrale de Metz © French Moments

Le petit orgue Renaissance du triforium et le vitrail du transept sud © French Moments

Le chapitre de la cathédrale commanda le 26 août 1536 un orgue à un facteur de Trèves (Allemagne) : Johannes von Pronsfeldt, dit Jehan de Trèves. Quant à la jolie tribune en nid d’hirondelle, elle fut commandée à un autre ‘Jean‘ : Jehan de Verdun.

Cathédrale de Metz © French Moments

Le petit orgue Renaissance © French Moments

L’orgue présente deux claviers manuels et un pédalier, ainsi que 11 jeux.

Le Gueulard des grandes orgues

Jusqu’à la Révolution française, les grandes orgues surplombaient la nef d’environ 4 mètres. Son buffet était magnifiquement décoré et se terminait inférieurement en nid d’hirondelle. A la pointe de l’immense boiserie se trouvait une tête fantastique appelée communément le Gueulard. Cette tête en bois polychrome du moyen-âge ouvrait la bouche quand l’organiste touchait la note la plus basse du clavier. Ses horribles grimaces attiraient une foule de badauds.

L’orgue fut démonté en 1806 car, en piteux était, il menaçait de tomber sur les fidèles ! Il ne fut jamais reconstruit…

Mais la tête du Gueulard, en bois de chêne, fut retrouvée dans les années 1830 dans un grenier de la ville puis conservée par le chapitre de la cathédrale.

Le Gueulard © French Moments

Le Gueulard © French Moments

Vous pouvez aujourd’hui l’admirer dans la pièce du trésor de la cathédrale de Metz.

La salle du trésor

La salle du trésor de la cathédrale de Metz (accès payant) renferme quelques pièces remarquables.

On y découvre des crosses d’évêques en ivoire fort anciennes qui datent des 12e et 13e siècles.

Les crosses des évêques de Metz © French Moments

Les crosses des évêques de Metz © French Moments

Mais aussi l’anneau épiscopal de saint Arnoul (c.582-640), 29e évêque de Metz et un des ancêtres de la dynastie carolingienne. Cet anneau, en or fin massif, est orné d’une agate onyx. Sur la pierre précieuse est gravée une nasse dans laquelle s’est engagé un poisson et vers laquelle se dirigent deux autres poissons. Les poissons symbolisent les chrétiens qui naissent à la vie de la grâce dans les eaux du baptême.

L’anneau épiscopal de saint Arnoul © French Moments

L’anneau épiscopal de saint Arnoul © French Moments

La légende raconte que Saint Arnoult, s’estimant indigne de sa fonction, aurait jeté son anneau épiscopal dans la Moselle. Il le retrouva finalement dans les entrailles d’un poisson servi à sa table.

Le trésor est complété par des pièces d’orfèvrerie des 12e au 14e siècles.


La cathédrale de Metz : pour en savoir plus


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Les petits secrets de la cathédrale de Metz © French Moments


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About Author

Pierre a grandi en Alsace, Lorraine et Allemagne avant de s’établir en Australie. Passionné de la France et de sa culture, il a fondé French Moments, une organisation initialement basée à Sydney qui promeut notre beau pays au public anglophone. En 2014, il est revenu s’installer en Île de France avec son épouse Rachel et sa petite fille Aimée. Professeur d’économie et de management en BTS, Pierre est également formateur de français en langue étrangère et guide touristique à Paris.

4 commentaires

  1. Quelle épopée ! La légende avec le diable m’a fait sourire, tout comme le portail classique de Blondel – en bonne férue d’architecture gothique, je ne suis que très moyennement emballée. Au vu de toutes les informations que tu donnes, il est incompréhensible que la cathédrale de Metz ne soit pas plus connue !

    • Merci pour ton gentil commentaire ! Oui, elle mérite d’être plus connue, voire même d’être inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco (en complément avec la vieille-ville !). Encore merci pour ce superbe thème 🙂

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