Le Ballon d’Alsace fait partie de ces lieux qui portent bien plus qu’un simple nom sur une carte.
C’est un sommet, bien sûr. C’est aussi un col, une station de montagne, un lieu de randonnée, un passage historique du Tour de France… et surtout un point de rencontre entre plusieurs mondes.
Ici, les Vosges ne regardent pas seulement vers l’Alsace. Elles touchent aussi la Lorraine et la Franche-Comté.
Le Ballon d’Alsace symbolise cette frontière-rencontre entre trois provinces, trois paysages, trois ambiances. Et c’est peut-être ce qui le rend si attachant.
Avec ses 1 247 mètres d’altitude, le Ballon d’Alsace n’est pas le plus haut sommet des Vosges. Le Grand Ballon le dépasse largement. Mais en matière de réputation, d’histoire et d’imaginaire, il joue dans la cour des grands.
Un sommet entre Alsace, Lorraine et Franche-Comté
Le Ballon d’Alsace se situe dans les Vosges du Sud, à la rencontre du Haut-Rhin, des Vosges et du Territoire de Belfort.
Géographiquement, il occupe une position remarquable.
Vers l’est, on descend vers la vallée de la Doller et l’Alsace.
Vers le nord, on rejoint la haute vallée de la Moselle, côté lorrain.
Vers le sud, on bascule vers Giromagny, Belfort et la Franche-Comté.
C’est ce qui fait du Ballon d’Alsace un vrai carrefour de montagne. On n’y monte pas seulement pour la vue. On y monte aussi pour comprendre, presque physiquement, comment les régions se rencontrent sur les crêtes.
Pour moi, c’est l’un des grands charmes du lieu. Le Ballon d’Alsace n’est pas un sommet isolé. C’est un passage, une articulation, une sorte de balcon entre plusieurs provinces.
Ballon d’Alsace ou col du Ballon d’Alsace ?
Il faut distinguer le sommet du Ballon d’Alsace et le col du Ballon d’Alsace.
Le sommet atteint 1 247 mètres. Il se découvre à pied, en suivant les sentiers qui parcourent les chaumes et les pentes arrondies.
Le col, lui, se situe un peu plus bas, autour de 1 173 mètres d’altitude. C’est là que passent les routes, les voitures, les motos, les cyclistes et, parfois, les coureurs du Tour de France.

Chalet-restaurant au col du Ballon d'Alsace © French Moments
Dans le langage courant, on dit souvent “monter au Ballon d’Alsace” pour parler de l’ensemble du site. Et franchement, personne ne va vous reprendre au détour d’un virage, sauf peut-être un géographe très motivé.
Mais pour comprendre le lieu, la distinction est utile : le col est le passage routier ; le sommet est le point culminant du site.
Une montagne de passage… et d’histoire
Bien avant les voitures, les motos et les cyclistes, le Ballon d’Alsace était déjà un lieu stratégique.
Le massif formait longtemps une barrière naturelle difficile à franchir entre la Lorraine, la Franche-Comté et l’Alsace.
Pour passer d’un monde à l’autre, il fallait composer avec les pentes, les forêts, la neige, les chemins incertains et, sans doute, une bonne dose de patience.

Vue panoramique sur la vallée de la Doller, Ballon d'Alsace © French Moments
La Jumenterie : les chevaux du duc de Lorraine
Au début du 17e siècle, le site connaît même une expérience assez étonnante.
En 1618, Henri II de Lorraine, duc de Lorraine, installe au Ballon d’Alsace une jumenterie ducale destinée à améliorer la race chevaline lorraine.
L’expérience ne dure que quelques années, mais elle a laissé un nom dans le paysage : la Jumenterie.
Aujourd’hui encore, ce secteur rappelle ce curieux épisode où les hauteurs vosgiennes furent associées à l’élevage des chevaux du duché de Lorraine.
La route de Louis XV : franchir la barrière des Vosges
Puis, au 18e siècle, le Ballon d’Alsace devient un enjeu de communication.
À l’époque, le massif reste un obstacle important entre la vallée de la Moselle, la vallée de la Savoureuse et la vallée de la Doller.
Pour rejoindre plus directement la Franche-Comté et la Suisse depuis la Lorraine, il faut améliorer les passages.
L’ancienne route par le col de Bussang existe, bien sûr, mais elle rallonge considérablement les trajets.

La Haute Vallée de la Moselle vue du Ballon d'Alsace © French Moments
Sous le règne de Louis XV, on envisage donc une route passant par le Ballon d’Alsace. En 1751, l’administration envoie un ingénieur des Ponts et Chaussées étudier la faisabilité du projet.
L’objectif est très concret : faciliter le commerce, notamment celui des grains et du sel de Lorraine vers la Suisse, tout en desservant les fermes et les marcairies du massif.
Les travaux commencent en 1753 et la route est achevée quelques années plus tard. Elle sera encore améliorée à la fin du 18e siècle pour corriger certains virages et adoucir les pentes.
Aujourd’hui, quand on monte tranquillement au sommet en voiture, on oublie facilement cette histoire.
Pourtant, la route que l’on emprunte n’est pas seulement une jolie route de montagne. Elle est l’héritière d’un ancien projet de désenclavement, pensé pour relier des vallées, des provinces et des économies.
Le Ballon d’Alsace n’a donc jamais été un simple sommet isolé. Il a toujours été un lieu de passage. Et c’est précisément ce qui fait sa richesse.
Trois routes pour monter au Ballon d’Alsace
L’une des particularités du Ballon d’Alsace est qu’on peut l’atteindre par trois grands versants routiers.

L'arrivée au col du Ballon d'Alsace © French Moments
La première route monte par la vallée de la Moselle, depuis Saint-Maurice-sur-Moselle. C’est le versant lorrain, et aussi l’un des plus liés à l’histoire du Tour de France. La montée est régulière, sérieuse, avec cette ambiance vosgienne faite de forêt, de lacets et d’effort bien dosé.
La deuxième arrive par la vallée de la Doller, côté Alsace, depuis Sewen. C’est l’accès que je connais le mieux, car il était le plus naturel lorsque nous habitions dans le sud de l’Alsace. On passe par cette vallée profonde, avec le lac de Sewen puis le secteur du lac d’Alfeld, avant de rejoindre les hauteurs. Le décor est magnifique, plus sauvage par endroits, et très attachant.
La troisième route vient de Giromagny, par la vallée de la Savoureuse, côté Territoire de Belfort. Elle donne au Ballon d’Alsace son ouverture franc-comtoise. Là encore, le paysage change : on n’a pas tout à fait la même lumière, ni la même sensation d’approche.
Ces trois routes racontent à elles seules l’identité du Ballon d’Alsace. Chaque versant apporte sa couleur : Lorraine, Alsace, Franche-Comté.
Trois façons de monter, trois manières de découvrir le même sommet.
Que voir au sommet du Ballon d’Alsace ?
Au sommet, le Ballon d’Alsace offre d’abord un paysage de chaumes, de prairies d’altitude et de vues dégagées.
Par temps clair, le regard porte loin : vers les Vosges, la plaine d’Alsace, la Trouée de Belfort, le Jura, la Forêt-Noire et parfois les Alpes.

Vue sur les Alpes depuis le sommet © French Moments
Comme souvent dans les Vosges, la météo décide du spectacle. Un jour, vous avez une vue immense ; le lendemain, vous êtes dans le brouillard avec l’impression de marcher à l’intérieur d’un nuage très déterminé.
Mais le Ballon d’Alsace ne se résume pas à son panorama. Le sommet possède aussi plusieurs repères historiques et symboliques.
Statues et monuments du sommet
Le sommet possède aussi plusieurs monuments qui rappellent son importance historique et symbolique.
On y trouve notamment une Vierge en bronze polychrome, installée comme ex-voto en 1860.

La statue de la Vierge, Ballon d'Alsace © French Moments
Ce détail peut surprendre au détour d’une promenade, mais il rappelle que les sommets vosgiens ont souvent été associés à une forme de spiritualité populaire, entre protection, reconnaissance et attachement au lieu.
Un autre monument attire davantage le regard : la statue de Jeanne d’Arc, inaugurée le 19 septembre 1909.

La statue équestre de Jeanne d'Arc, Ballon d'Alsace © French Moments
Réalisée par Mathurin Moreau et Pierre Le Nordez, elle prend ici une dimension très particulière. À cette époque, l’Alsace est encore annexée à l’Empire allemand depuis 1871.
Placer Jeanne d’Arc au Ballon d’Alsace, tout près de l’ancienne frontière, n’avait donc rien d’anodin. La statue symbolisait clairement l’attachement de la France à l’Alsace.
On trouve enfin le monument des Démineurs, érigé en 1950 à la mémoire des démineurs morts pour la France.

Le monument aux démineurs, Ballon d'Alsace © French Moments
Là encore, le paysage paisible du sommet contraste avec une mémoire plus grave, liée aux conflits du 20e siècle et à leurs traces laissées dans les territoires frontaliers.
Ainsi, au Ballon d’Alsace, les monuments ne sont pas de simples éléments décoratifs. Ils racontent chacun, à leur manière, une partie de l’histoire du massif : la foi populaire, l’attachement national, la guerre, la reconstruction et la mémoire.
À la découverte des anciennes bornes frontières
C’est l’un des aspects les plus intéressants du Ballon d’Alsace.
Après la guerre de 1870 et le traité de Francfort de 1871, l’Alsace et une partie de la Lorraine sont annexées par l’Empire allemand. Le sommet se retrouve alors au voisinage direct de la nouvelle frontière entre la France et l’Allemagne.
Cette frontière a laissé des traces dans le paysage. Des bornes en pierre, encore visibles aujourd’hui, matérialisaient autrefois la séparation entre les deux États.
![Bornes au Ballon d'Alsace © Rémih - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons Bornes au Ballon d'Alsace © Rémih - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons](https://mon-grand-est.fr/wp-content/uploads/2026/07/Bornes-au-Ballon-dAlsace-©-Remih-licence-CC-BY-SA-4.0-from-Wikimedia-Commons.jpg)
Bornes au Ballon d'Alsace © Rémih - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons
Certaines portaient un “F” côté français et un “D” côté allemand, pour Deutschland. Il arrive que la lettre allemande ait été martelée ou effacée après le retour de l’Alsace-Lorraine à la France.
Aujourd’hui, ces bornes ne séparent plus deux pays. Elles marquent plutôt des limites départementales ou rappellent une frontière disparue. Mais elles donnent au sommet une profondeur particulière.
On vient au Ballon d’Alsace pour admirer le paysage, et l’on découvre que les pierres elles-mêmes racontent l’histoire. C’est ce que j’aime dans ce lieu : la géographie et la mémoire s’y croisent presque à chaque pas.
Randonnées autour du Ballon d’Alsace
Le Ballon d’Alsace est un excellent point de départ pour la randonnée.
On peut se contenter d’une promenade autour du sommet, parfaite pour une sortie familiale ou une découverte tranquille. Les sentiers permettent de profiter des chaumes, des vues et des différents monuments sans forcément partir pour une grande expédition.

Au sommet du Ballon d'Alsace © French Moments
Mais on peut aussi explorer plus largement le massif. Personnellement, je connais bien le Ballon d’Alsace pour y avoir randonné à son sommet, mais aussi autour, notamment depuis le lac d’Alfeld dans la vallée de la Doller.
Ce secteur est magnifique. Le lac d’Alfeld, encaissé sous les pentes vosgiennes, offre une ambiance plus montagnarde, plus secrète.

La vallée de la Doller © French Moments
De là, les randonnées vers les hauteurs du Ballon d’Alsace donnent une vraie impression d’ascension. On quitte la vallée, on traverse la forêt, puis on rejoint peu à peu les espaces ouverts des crêtes.
C’est l’un des grands plaisirs des Vosges du Sud : les distances restent raisonnables, mais l’impression de montagne est bien réelle.

Carte pour randonnée au Ballon d'Alsace © French Moments
Le Ballon d’Alsace et le Tour de France
Le Ballon d’Alsace occupe une place à part dans l’histoire du Tour de France.
En 1905, il devient le premier grand col franchi par les coureurs de la Grande Boucle. René Pottier y passe en tête, entrant ainsi dans la légende du Tour.
Depuis, le Ballon d’Alsace est régulièrement revenu sur le parcours, au point de devenir l’un des cols mythiques de la course.
Entre 1905 et 2026, le col du Ballon d’Alsace aura été franchi 28 fois par le Tour de France.
Ce chiffre dit bien l’importance du lieu dans l’histoire cycliste française. Certes, d’autres cols alpins ou pyrénéens sont devenus plus célèbres par la suite, mais le Ballon d’Alsace garde ce privilège rare : celui d’avoir ouvert la grande histoire de la montagne dans le Tour.
En 2026, le Tour de France y passe de nouveau lors de l’étape entre Mulhouse et Le Markstein Fellering. Sur le profil officiel, le Ballon d’Alsace est classé en première catégorie, avec une montée de 8,9 km à 6,9 %.
Pour les téléspectateurs, ce sera peut-être l’occasion de redécouvrir un nom connu. Pour les coureurs, ce sera une difficulté sérieuse dans une étape vosgienne déjà bien chargée.
Le Ballon d’Alsace n’a pas l’altitude des grands cols alpins. Mais il a l’histoire, la pente, la forêt, les lacets et ce petit supplément d’âme qui fait les lieux mythiques.

Col du Ballon d'Alsace © French Moments
Le Ballon d’Alsace à vélo
À vélo, le Ballon d’Alsace se mérite.
Les trois versants permettent des ascensions très différentes.
Depuis Saint-Maurice-sur-Moselle, on suit la montée historique, régulière et classique.
Depuis Sewen, côté vallée de la Doller, l’ascension est plus longue, plus variée, avec un cadre très séduisant autour des lacs et de la montagne alsacienne.
Depuis Giromagny, on arrive par le versant franc-comtois, avec une autre ambiance encore.
Ce qui rend le Ballon d’Alsace intéressant pour les cyclistes, c’est justement cette diversité. On peut choisir son versant, comparer les pentes, varier les paysages et, si l’on est vraiment motivé, revenir par un autre côté.
Mais attention : comme souvent dans les Vosges, les chiffres ne disent pas tout. Une pente moyenne peut sembler raisonnable sur le papier, puis soudain, dans un virage, les jambes vous rappellent qu’elles n’ont pas signé pour une promenade digestive.

Vue du Ballon sur Les Charbonniers, Saint-Maurice-sur-Moselle © French Moments
Mon regard sur le Ballon d’Alsace
Le Ballon d’Alsace est un lieu que je connais bien.
Nous avions l’habitude d’y randonner, soit au sommet, soit dans le massif alentour. Le secteur du lac d’Alfeld, dans la vallée de la Doller, faisait partie de nos accès les plus familiers, car il était facilement accessible depuis le sud de l’Alsace.
Pour moi, le Ballon d’Alsace reste profondément lié à cette idée de rencontre. Rencontre entre l’Alsace, la Lorraine et la Franche-Comté. Rencontre entre la nature et l’histoire. Rencontre entre les promeneurs, les randonneurs, les cyclistes, les familles, les skieurs et les simples curieux venus prendre l’air.
Ce n’est pas seulement un sommet où l’on monte pour cocher une case. C’est un lieu que l’on ressent. Un endroit où les paysages semblent raconter plusieurs histoires à la fois.
Et c’est peut-être pour cela que le Ballon d’Alsace mérite son titre de sommet mythique des Vosges.
Il n’est pas le plus haut. Mais il a ce que beaucoup de sommets plus élevés n’ont pas toujours : une âme.

